‹ Sur la vieChapitre 17 sur 56 · livre de la France, sont-elles classiques au sens du dix · texte numérisé non relu

livre de la France, sont-elles classiques au sens du dix

eptième siècle et de Versailles? En rien. L'audace, la

'iolence, les raccourcis brusques, les images libres, et

nême l'îjpparent désordre, le « Moi » partout présent,

voilà le contraire de l'imitation. Parce qu'il est au ton de la passion et de la puissance, le livre de Pascal est classique : style et âme, la beauté du dessein et la grandeur de la réussite opèrent toujours le fidèle miracle.

On a l'air de croire que la forme d'une œuvre fait passer sur le fond, et qu'un petit manteau classique fera prendre un petit homme pour un grand. C'est n'avoir aucune idée de la forme, et qu'elle est l'esprit même : c'est par la forme que tout vit.

Victor Hugo périt par la forme, quoi qu'il semble. Son théâtre est bouffon, en voulant être tragique : tout s'écroule par la disconvenance. Voici des pantins qui parlent en Titans : le ridicule suit. Pour le dire en passant, on reproche parfois à Victor Hugo de n'avoir pas la grande intelligence. Boutade, soit; mais d'où vientelle? Si vaste fut l'intelligence de Victor Hugo, elle était^ trop au-dessous de son verbe, trop inégale à l'éloquence de son imagination.

On ne manque pas de mesure parce qu'on est démesuré, mais par où l'on manque à sa propre mesure.

Le classique d'imitation est une idée de critique. Cette espèce est pleine de poison. Comme leur métier est d'écrire sur ce qu'on a écrit de ceux qui écrivent, ils proposent à l'art d'imiter ceux qui imitent. Le clas sique du Grand Siècle est une discipline pour les éco liers. Le vrai talent, d'ailleurs, n'imite qu'en accorc avec soi-même. Combien plus le génie. Il y avait har monie entre Racine et les formes de la tragédie antique

L'imitation des formes est ruineuse de toute vérité. Pour un Racine, cent poètes exsangues et dix mille tragédies mort-nées. Il fiiut d'abord être soi. Que chacun soit un homme, et qu'il exprime ce qu'il est.

Il n'y a de véritable Renaissance que le retour à la nature. Il n'y a d'école que la nature. La nature est le livre classique, et la Bible de tous les livres. L'ordre se fait (oujours, quand on est capable d'harmonie : par ce que l'homme n'est pas seulement un miroir à copier. L'œuvre belle est une imitation de la nature par l'esprit.

AVEC GALIBAN

CORIOLAN

Viens ici, viens, ivrogne. Viens que je te flatte. C'est moi, Coriolan. Mon vieil ami ^ïénonius t'a fait boire du vin fort. Tu ris, en cuvant Ion Pomard; tu es mûr pour le gouvernement. Tout à l'heure, sans doute, tu fronceras le sourcil et tu montreras le poing : tu seras roi, et un roi redoutable, car tu as l'ivresse mauvaise. Pour le moment, tu n'as encore que mauvaise haleine. Tu digères, pêle-mèlc, ton ail et le saumon, tes oignons et Ips trutfes. Tu peux mentendre. Tu me donneras peut- 'Hre tii voix, (pie je méprise, et dont on veut me faire ' loire que j'ai besoin.

Je n'ai pourtant d'autre besoin, brute, que de te lier lu pi([uet, bien serré par le licol, et de t'entraver les pattes, ces chastes pattes qui n'ont jamais foulé les tapis

•rrompus d un |)alais.

l'ai dégoût de te voir, dégoût du te loucher. En sa

qualité de femme, et toujours un peu ta cousine, que Tilania caresse ta tête d'âne ! Tu es membru, animal ; tu t'appelles peut-être Samson; tu es le jacquemart des ménages. Tu procrées, môme en ronflant; et même en vomissant ton cidre et ta piquette, tu fais des enfants qui te ressemblent à maritorne et à la fée, à la fillette ou à la vieil larde.

Viens çà, tête d'âne, avec tes vertus. Je veux te les tirer, tes belles oreilles : tu n'as rien de si doux que ces feuilles velues, si ce n'est le velours de ton nez. Allons, fais-nous entendre ta musique, poète, et comme tu sais braire : en morale et en politique, tu as une si bonne voix.

CALIBAN

On sait, à présent, qui tu es. Insulte-moi, bats-moi, si tu l'oses : tu n'es qu'un traître. Tu es un émigré.

CO Rio LAN.

Il n'y en a pas tant. Nous sommes tous des émigrés, dès que nous sommes nobles, et que nous avons résolu de ne jamais étouffer en nous la voie de la conscience. Le cri du plus haut honneur, qui est de rester fidèle à soi-même et à sa vraie beauté, tu ne saurais jamais l'en^ tendre. Et jamais tu ne sauras de quelles douleurs il e fait, et combien de cruautés contre nous-mêmes entrent. *

CALlBAN. S

Ton crime est capital. Tu n'as pas rougi de crier £ mes frères : « Il est un monde ailleurs! » comme s'il j avait deux Galibans, et deux Rome I

Page 1