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SUR LA GUERRE

L'or et le mépris de la vie humaine : le muscle et le nerf de la guerre . L'or a tout le mépris du mêlai pour la chair. Il dure. L'or est le soleil solide, qui dort dans les entrailles compactes de la terre. 11 tombe de tout son poids sur cette petite flaque d'eau salée, où fermente la vie humaine ni plus ni moins que toute autre, comme l'Himalaya s'écroulerait sur une pièce d'eau.

L'or paie toul mépris, et le mesure. Il est la valeu: que la vie n'a pas. Le mépris de l'homme pour l'homme,' voilà une arme affilée pour la guerre. L'or la manie, lui qui est le dieu solaire du mépris, toujours prêt à dire : « Combien ?» et à répondre, si on lui fait un prix : « Tu ne le vaux pas ; mais je t'en donne tant : Obéis. »

Qui tient peu à sa vie, est bien près de ne plus faire le moindre cas de la vie des autres. C'est la vertu du barbare : pour une raison ou pour une autre, il fait fi

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d'une vie qui fait fi de lui ; car la plus forte raison de son dédain est encore que sa vie n'a guère de prix. Qui vaut le moins, vaut le plus pour ôter toute valeur à qui vaut davantage : toute valeur, c'est-à-dire la vie.

Riche de vie pour soi, riche de vie pour les autres. Une vie pauvre est plus apte qu'une autre à prodiguer la mort.

Les peuples pauvres sont les loups aux portes des riches. Les maigres font bien la guerre : les gras se la font faire. L'or est le dur rempart des peuples riches. Mais la graisse attire les loups ; et enfin, l'or n'a pas d'âme : pour les maigres qui s'engraissent, il quitte les gras qui maigrissent. Puis l'or aime à trahir, parce que les trahis l'adorent comme les traîtres.

Les Anglais ont l'or et le mépris de la nature humaine. L'empire est à eux. Les autres peuples qui s'indignent, voudraient faire comme eux, et s'irritent de ne le pouvoir pas.

Sur la guerre et sur la paix, il ne se dit pas un mot qui ne mente : comme, dans les familles, on ne parle jamais d'argent, sans mentir. Pour éprouver les sentiments, il n'est rien qui vaille la barre d'or; la plupart des haines sont à base d'or. Et, entre gens du même sang, comme l'envie de l'or divise, ceux-là mentent le plus qui en feignent le plus grand mépris. La plupart, quand ils s'indignent contre un plus riche, c'est qu'ils sont prêts au crime pour l'être autant que lui, et qu'ils n'osent pa*^ en convenir.

Les pires lâches, ceux qui envient la fortune et rougissent de le dire.

Les vrais héros, ceux qui s'en passent et conviennent qu'il est dur de le faire. Ici comme ailleurs, le héros est l'homme qui a trop de cœur pour mentir.

Les peuples héroïques font la guerre, sans dire qu'ils aiment la paix. Je suis d'accord que ce genre de héros s'apparente fort aux tigres. Il y a des tigres austères, purs de toute faiblesse, et justement sans pitié pour la chair : afin d'en juger, on n'a qu'à les mettre sur l'article du sang.

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