‹ Sur la vieChapitre 23 sur 56 · AUX PORTES DE THLBES · texte numérisé non relu

AUX PORTES DE THLBES

cules de la peste humaine. Moltke, la vieille sauterelle, décharné et blême, mène son commerce à l'enseigne de la mort. Et la momie Rhamsès, tête osseuse en forme de coin, irait pour trait semble la sœur amée du grand Frédéric, cet homme si méchant qu'on ne prend plus garde à sa méchanceté. Ce sont deux clous terribles que le marteau du destin a enfoncés dans la chair molle des peuples sur la croix. Ils font la paire. Et pour troisième aux pieds, ils sont plus de cent qui en briguent la gloire. DAlbe le Castillan au Khan des Mongols, qui fit un obélisque de trois cent mille têtes coupées.

Ce n'est pas assez d'être barbare : il faut être savant. Le barbare savant a les deux forces : celle [de l'inslinct sans cœur et celle de la pensée. La science est plus cruelle encore que la nature; car la natiu'e, qui ignore sa cruauté, peut aussi la coimaître ; la nature a ses limites, qui sont celles de l'appétit. La science n'en a point ; la cruauté n'a pas de sens pour elle. Elle se moque de la vie : par là elle est la cruauté même.

Le barbare savant est l'enfant ou 1(3 tigre à qui l'on a remis les armes de la force. Il n'a pas besoin d'y prétendre pour être méchant : il n'a qu'à jouer. La guerre 38t son jouet de |)rédilection. Jl a le mépris de la mort, jîarce qu'il ne la connaît pas. Et son mépris de la mort, 'est d'abord qu'il méprise la vie des autres. Ces paures gamins, assis autour d'un arbre, comme ils ignont la mort, s'écrient à grands rires : Viens voir mour la pie, que nous avons i)rise. Et ils s'amusent à la umer vivante, à lui casser les pattes et à lui arracher ailes. Viens voir mourir la pie, répètent-ils en riant.

Les traits de la mort leur semblent bouffons ; ils suivent la grimace jusqu'à la palpitation dernière. Ainsi les Barbares se plaisent au jeu de la guerre, et s'en donnent la sanglante farce. Bien plus que cruels, à la guerre, les Barbares savants dépiautent la poupée humaine ; et ils rient de voir qu'elle est pleine de sang.

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