AU SOLEIL LEVANT
En vérité, je t'admire, chat tigre.
Il est grand comme un homme, le magnifique chat. Il semble de soie, de velours noir, d'or en écailles et d'ivoire. Les griffes de fer sont du plus beau métal trempé : courbes comme l'arc de la lune, et de la même lueur qu'elle, quand elle tire son sabre du fourreau laqué de la nuit nuageuse. Il fait le gros dos, tout hérissé de voluptueuse rage. Il se cabre de désirs, hume le sang qu'il va verser, de son nez en gousse ; et ses narines creuses palpitent. L'échiné bandée, le coup de dent mortel sera la flèche de cet arc velouté. Il t'étranglera de ses fines pattes, victime. Il t'ouvrira le ventre de ses ongles mitres, tiares rouges ; et ses lèvres sans bord, comme deux lames accolées, boiront ta vie à même ta gorge, interrompant le texte sacré de ton aorte par l'hiatus de la mort. Artiste, il rit déjà de l'efFe brusque au milieu de l'hémistische ; et il prévoit I' spasme sur ta figure. Par les fentes des yeux bridés qu font dans la muraille ronde de sa face deux meurtrière de moquerie, un chevron d'ironie à deux branches