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LE JEU DE LA GUERRE

Pour le vainqueur aussi, l'heure de la défaite viendra, fût-il le dieu Bottom dans son Olympe de Chicago. La pensée sait cela et le cœur désespéré s'y précipite du poids, dont l'accablent les tombes pleines de tout ce qu'il a aimé. La pensée connaît ce dénoùment et que tout l'univers y gravite. Mais la force est aveugle ; elle va sans voir où. C'est son bonheur d'aller ainsi : c'est celui de l'action; c'est la joie des enfants. Ils parlent de la mort en riant aux poupées qu'ils éventrcnt, aux mouches qu'ils supplicient, et même à leur mère mourante. Ils ont peur un moment; puis, ils n'y pensent plus. Ils n'ont presque pas d'âme : de là qu'ils sont tout action, et que la mort n'est rien pour eux.

Les peuples forts sont des enfants redoutables. Les guerres, disais-je, sont leurs plus beaux jouets. Les enfants de quatre ans ne jouent-ils pas tous au soldat? Et presque tous ceux de quinze à se gourmer? Et même à trente, quand ils ont bu, tous les marins du Nord, qui sont les plus forts enfants de la terre, ferment le poing, ou tirent le couteau. Puis, il y a la passion du jeu, qui est de tenter la chance, et de faire fortune en un moment. Moins les gendarmes, il n'y aurait aux tables de jeu (jue des escrocs et des assassins. Qui veut voir, sans aller au Japon, les passions de la guerre, qu'il aille aux courses, sur la pelouse, au cercle, ou dans la maison de Monte-Carlo : il y verra tous les traits des armées dans

la bataille, la morne figure des généraux qui dissimulent la perte du pays, la peur convulsive des blessés, le désespoir sanglant des morts, le hideux regard des filous, qui guettent l'instant de la trahison, la triomphante, l'impure joie du gain, le délire riant des enfants vainqueurs, battant des mains à la vie, sortis sains et saufs de la mort, au milieu de ceux qui y restèrent. Toute l'impudeur de la force, et ses suprêmes lâchetés. Enfin, tout son droit.

BOTTOM IlOl

Pour vaincre, il faut être un peu vil entre ceux qui sont forts. Vil, pour la nature, c'est ne pas être rare. Avoir peu de prix, pour être fort. Comme la nature, quand une espèce doit vaincre, il faut être prodigue de matière. Les peuples nés pour ce destin, font plus de fils que les autres. La matière vivante est la moins précieuse de toutes, hormis lorsque le cœur la pèse. Les Barbares aiment peut être leurs enfants comme nous mais ils n'y mettent pas la même passion. Chacun se j préfère, d'abord, à tous les autres, et de si loin qu'il ne place pas dans ce qu'il aime le plus un intérêt supé rieur à la vie; car ce qu'il aime le plus ne vient tout de même qu'ai)rès lui. De la sorte, les fils peuvent quitter les mères, et les pères se séparent de leurs filles. La première invasion du peuple fort dans le beau royaume qu'ils désirent, est un flot pacifique de bonnes gens, qui viennent gagner leur vie. Ils vont d'abord servir le peu-

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