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FUNÉRAILLES DE SOI-MÊME

Par cette calme nuit, qui offre une tête si patiente au couteau de la lune, je sors de Thèbes où je règne.

Toute la ville dort. Je passe entre deux plates-bandes de dormeurs allongés sous l'air tiède. Les hommes, dans le sommeil, ressemblent à des morts ({ui murmurent : « Je suis mort. »

J'entends souffler les dormeurs. Je ne les regarde pas. e sais que les mains et les visages font du blanc dans 'ombre, et du noir dans la clarté lunaire. Et blancs ou neirs, ils font peur.

Chassé par la compassion, je suis le Roi qui sort de a ville où il règne. Et je veux être seul, pour avoir un

peu pitié de moi. Ha, cette ville rpii dort, quel champ de carnage : et couchés comme ils sont tous, c'est un champ de repos, qui ne diffère pas de l'autre, sinon qu'il est posé deux ou trois pieds plus haut. J'entends ces souffles qui pourraient être, cliacun, le dernier souffle.

Il est bien temps que je laisse celte ville à son repos, et que mon insomnie trouve le sien.

Je suis sorti de Thèbes. Sur le billot du noir espace, la tête impassible de la nuit est plus près du couteau.

Me voici sur la place, où j'ai vaincu l'anliquo monstre. Que ne m'est-il donné de le revoir, et d'être dévoré par lui? — Ce désert, sous la lune, est si triste. Les caillots de sang séché ne sont plus ces digitales du soleil, qui me parlèrent d'une voie triomphale.

Aux portes de la ville, il ne me souvenait plus de cette morne campagne. 0 portes de Thèbes, quelle tristesse ici m'accueille ! J'ai quitté la mélancolie pour unej immense douleur.

Hélas, hélas. Voici donc le tertre où mon amour morP repose 1 C'est ici que je l'ai descendu. Je vois sa forme sous le sable. J'entends la chair quitter ses os. Elles sont sèches aussi, les belles digitales, les fleurs portées par les rameaux de ses veines chéries.

Que m'importe à présent, roi mendiant, tout ce que j'ai conquis et tout ce que j'ai laissé? — Six pieds de terre à côté de six pieds, c'est ce qui m'attend et tout ce que je brigue. Moi-même, je ne croyais pas si profonde

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