LATIN ET SORBONNE
Je n'ai rien contre la Nouvelle Sorbonne. Grâce au ciel, je n'y vais pas ; et le jour n'est pas encore venu qu'on y devra fréquenter par force. Je n'y ai jamais mis les pieds. Je n'entrerai pas non plus dans la Nouvelle Noire-Dame, quand ils en auront fait une Bourse du Travail, ni à Saint-Séverin le Neuf, lorsqu'ils y auront installé un laboratoire. Les absides conviennent si bien à l'établissement des fours ! Quand un gueulard s'ouvrira au pied de chaque clocher, les flèches seront enfin utiles : elles cracheront de la fumée, au ^ré des bons esprits, qui sont tous chimiques.
Toute Sorbonne est une prison, un lieu où Ton met à la torture une âme forte et libre : c'est ce qu'ils appellent l'enseigner. Pour former un esprit, les bonnets carrés le déforment. La Sorbonne, comme on le sait dans les faubourgs, n'est la tête de la ville que pour ceux fjui n'ont point de tétp, et à peine un corps,
Quand j'étudiais parmi les affreux camarades, qui m'ont tant donné d'orgueil à force de me faire sentir notre différence, on était en train de démolir l'antique maison. Il n'en restait plus qu'un vieux bâtiment autour d'une vieille cour. L'après-midi, en décembre, le long de la noire façade, je voyais passer, à travers la pluie, Dante et Boccace, Duns Scot et Pierre d'Ailly, Rabelais et Ronsard, Gondi, Molière et les autres. Comme je n'ai jamais vu que ce que je veux voir — du moins, je le dis — je n'ai pas regardé, depuis, la large face, le visage stupide du monument neuf, qui est le temple de la Science — à genoux, bonnes gens! — à genoux devant l'idole qui piétine tous les dieux ! Et d'ailleurs, rien n'est si facile à contenter que ce monstre : ainsi, il suffit de l'appeler Vergilius, pour ôter à Virgile tout son venin de poésie, pour l'arracher à l'art, et le restituer sur une pelle allemande à la gueule du iMolocli fumant.
En ce temps-là, où il est presque honteux d'avoir grandi, les illustres docteurs Pieu, Pied bot, Cornebœuf et Fractionnai dit le Juste commençaient à peine de réduire toute la vie aux méthodes âo la physique, et tous les sentiments mêmes à cette loi universelle de la pierre brute et du cristal. Ils essayaient seulement leur outil d'abrutissement, et le tranchant de leur ignoble certitude. Le doctissime Catoblépas n'était pas encore l'ange de l'école, Catoblépas qui ne se lasse pas de lécher ses deux pieds, l'un de solidarité et l'autre de statistique, comme il appelle ses deux soles usées.
En ce temps-là, les femmes ftiisaient encore semblant de fder. Pas une ne prêtait ses clartés à la lumière