‹ Sur la vieChapitre 37 sur 56 · LATIN ET SO «BONNE · texte numérisé non relu

LATIN ET SO «BONNE

noire. Elles n'avaient pas atteint ce haut degré de leur perfection, où elles sont toutes plumes. Car nous touchons d'hier à l'ère nouvelle : l'âge de la fiche et de la ])lume taillée. La femme pense et fait des vers, pêlemêle, avec des œufs. L'homme sait, et il compile des fiches. Le beau couple I Ils portent lunettes, tous les deux.

La Sorbonne est cou Ire le latin, comme les maîtres d'école. Quand elle est contre le latin, la Sorbonne est pour les liclies. L'électeur de Cléon a passé par là. Pataud passe partout. Tirez, lirez.

C'est la haine de l'art et le culte de l'arithmétique. L'art n'est bon qu'aux femmes. Ce qui n'est bon qu'aux femmes n'est bon à rien du tout. Il n'y a pas de mensonge plus insolent que ce partage. La réalité est toute contraire : pas une femme, en art, n'eut jamais l'ombre de génie. Leur génie est dans la vie. Elles peuvent réussir en science, parce qu'on y réussit toujours avec du soin, de la patience, de l'amour-propre et un certain aveuglement: ne rien voir de la vie et du monde que trois ou (juatre marmites dans une cuisine, où l'on a mis à bouillir trois ou quatre questions.

La haine de lart, c'est la haine de la forme et l'oubli de la vie. Ces malheureux porte-fiches de Sorbonne en sont toujours à distinguer la forme de l'idée, et le fond du style. Us nient le style, pour plus de sûreté. Et ils se croient avancés dans l'étude de la naturel Comme si la forme n'était pas la vie même, cl la vie de l'idée!

Les méthodes de Sorbonne tendent à faire des hommes registres. Voilà pour satisfaire les maîtres d'école, et l'Etat socialiste. Car, où suffit un registre, à quoi bon un poème ? et où c'est bien assez de l'instituteur, comment l'homme de goût ne serait-il pas de trop? Prenez garde de donner aucun scandale au plus petit de ces petits, les innocents qui votent. La réforme de l'orthographe procède ingénument de la même morale: sainte, sainte, trois fois sainte la platitude universelle ! Et si un mot sent encore son terroir d'Athènes, qu'il se lave de cette odeur dans la boue des journaux.

Latin, nouvelle Sorbonne, orthographe éculée, épisodes de la guerre de la raison contre le cœur, de la science contre l'art, de la matière enfin contre l'esprit.

Les érudits et les savants sans latin sont aux penseurs et aux artistes ce que l'ouvrier de machine est à l'ancien artisan.

Qui n'a point fait de latin, ne saura jamais le français que de rencontre. Et n'ayant pas acquis la langue par lui-même, sa pensée sera toujours un peu servile. Il sera contremaître à la machine ; il ne sera pas maître de l'outil.

Les mots ne sont des mots, comme on dit, du vent et plus vain que le soufïle d'un fou dans un trou de serrure, les mots ne sont vides que pour les gens sans latin.

Les mots vivants font le poète et l'écrivain. Ils font aussi l'homme qui pense. Poésie, ce n'est pas de chercher des rimes sous la lune ; mais le don de sentir la vie par soi-même, et d'exprimer ce que Ton sent. Il n'|

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u pas d'iirliste ou de poêle véritable qui u'ait plus de peusée que tous les sergents de laboratoire ensemble.

Les mots pleins, l'os avec toute sa moelle de sens, de nature et d'image, les mots ne sont pas un chiffre abstrait pour l'homme véritable, qui est le poète. L'absurdité des langues artificielles, elles sont des chiffres. Les mots ne sont une monnoie sans effigie et sans aloi, ce vil billon de change, que pour les serfs de la pensée et tous les automates de Sorbonne. Les mots rendent la nature à Tartisle. Les mots ont le suc et le goût de la terre; ils contiennent l«* sol du pays, et le ciel, et les eaux.

Le latin porte la raison de France : il l'ait raisonner juste, parce qu'il fait vivre les termes du raisonnement.

Qu'il fasse parler purement, c'est le plus évident de ses crimes : car pourquoi parler purement? pourquoi écrire avec génie ou avec grâce? Est-ce que le génie, le style, la beauté du discours s'enseignent en deux ans comme la table de Pythagore? Ce qu'on ne peut partager à tous, il faut le détruire.

Pas un grand écrivain de France, pas un hoinuKV d'ordre, qui n'ait eu plus ou moins la culture latine. Il len est de ces éléments, comme du lait sucé à même la 1 nourri ce : ils s'incorporent à l'enfant; ils le fortifient; ion ne les discerne plus. Les langues barbares feront |des barbares en français. Le lai in seul fiiit des Français sn France.

jgfl Le latin ne sert cpi'à funner le goût, et il aiguise le

sens du style : il ne sert donc à rien. Et voilà le second crime qu'il faut punir.

On se moque J)ien du goût, à la Sorbonne ! Qu'est-ce que le goût? fait Pieu, d'un air su]);''rieur. Et Fractionnai l'approuve. Le goût, le sens des proportions, l'exacte mesure des moyens de l'artiste à l'objet d'art qu'il veut créer, le goût a toujours été le vrai roi de la France : il a réglé l'ordre de la prose et des cathédrales.

11 n'y a point d'utilité marchande à savoir le latin; encore moins à l'apprendre, pour ne pas le savoir, comme il arrivait à la plupart des lioinmes. Sans doute, à trente ans, ils n'étaient plus capables de lire une page de Tite-Live; mais sans savoir le latin, ils l'avaient un peu su. Une goutte de cette essence, chacpae année, à l'âge où l'esprit se forme, avait parfumé la raison pour toujours.

11 en est du latin pour Tesprit français, comme d'une enfance pure, dans une province sérieuse, pour le caractère d'un enfant. Si profonde est Timpression, qu'elle ne semble plus visible: elle est dans le tissu ; elle en dirige le sens ; elle ne s'efface jamais. Une beauté désintéressée, une recherche de la forme vivante, le latin y exerce l'esprit français, comme le grec faisait les Ro- | mains de la grande Rome.

Le français sans le latin est une langue de hasard, i comme les autres, abandonnée à la charité publique, i Dans le latin, le français est noble ; il vit selon son rang, qui est le plus élevé; il a ses titres de famille et d'héritier, sa maison, son foyer millénaire, son père et sa mère authentiques : enfin, il est né.

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