‹ Sur la vieChapitre 41 sur 56 · IM · texte numérisé non relu

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mil le siècles. La race des maîtres retourne à la race des esclaves cent fois plus vite que la race des esclaves ne s'élève à celle des maîtres. Le sang de Sycorax corrompt pour longtemps le sang plus subtil et j)lus fragile du noble magicien. Et voilà le péché originel.

Ne pouvant l'aire que tout le monde ait une culture classique, on veut donc que personne ne Tait : telle est la politi([ue de Caliban. S'il fallait en conclure que le latin et la démocratie ne vont pas ensemble, quelle sentence capitale portée contre la démocratie! Mais il ne faut pas conclure. Le rêve de Jupiter est riche de toutes les formes possibles.

FVAAX VOULOT, SCULPTEIJK

Une douceur chantante, un don bien rare de l'amour paisible et de l'hannonie amoureuse, une fine simplicité, une élégance obstinée, qui est de choix et qui est pourtant naturelle, une discrétion innée, tant démesure qu'il préfère peut-être la tristesse à l'éloquence, l'art de Voulot est un lythme de la bonne grâce.

Ses figures sont animées du bonheur qu'elles espèrent, qui est toujours tendre. Sans doute, elles croient à la vie, et que ce monde est bon; mais elles font surtout croire à leur bonté. Et leur réserve n'est qu'une exquise invitation à les éprouver. Tant la délicatesse est la force d'un art scrupuleux et achevé, qu'elle est la vertu de ces caressantes créatures.

En général, je ne sépare pas l'art de la vie. Mais, ici, je le puis moins encore. J'aime l'artiste dans l'homme, et l'homme dans l'artiste. Voulot m'explique ses œuvrer,

et c'est en lui que j'en surprends la rareté. Il n'a rien des faiseurs à la mode qui, du plus grand au plus petit, enflent la voix pour dire tout ce qu'ils pensent ou ne pensent pas, et le plus souvent pour ne rien dire. Il a horreur de l'emphase et de la vulgarité.

.J'entre dans son cahiie et sage atelier. Là, tout est simplicité et silence. Point de cour, ni de femmes à genoux, ni laquais de plume. Le blond sculpteur, à la barbe de cuivre, ne fait pas voler le marbre en éclats sublimes. En brave enfant d'Apollon modeleur, il pétrit la matière et laisse en paix le discours. Il me parle de la main et des yeux, comme il convient à son état. Cet homme muet s'anime : dès qu'il modèle, il est vif, il est vite. La terre a chaud et froid entre ses doigts, elle frissonne, elle s'étend, elle se resserre. Le bloc se débrouille. La forme paraît, et l'humble miracle s'accomplit. D'un regard droit, parfois avec rigueur et parfois avec malice, le sculpteur saisit le mystère de la ligne et du plan. Et, plein d'un feu secret, il le réalise : il l'offre à la lumière.

Entre tous les artistes, le vrai poète et le sculpteur moderne sont le plus sûrs de n'être pas compris. Car l'un et l'autre sont les hommes du style. L'immense troupe des gens qui écrivent fait son affreux métier dans les journaux. Le bataillon des statuaires gâche le plâtre, le marbre et le bronze sur les places publiques, qui sont le journal des journaux. Là, il n'y a presque jamais ni un grand écrivain, ni un artiste. Le peuple sans yeux, qui va et vient par les rues, ne regarde que les faits divers de la sculpture, les birbes hideux qu'on

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