‹ Sur le chemin de la vie (souvenirs). Portrait de l'auteurChapitre 14 sur 47 · L HOMME ET L ŒUVRE · texte numérisé non relu

L HOMME ET L ŒUVRE

La pensée que j'allais serrer pour la première fois la main de Victor Hugo ne m'a certainement pas fait l'effet que m'aurait produit une révolution... Je ne vous cache pas néanmoins que j'éprouvais une sincère émotion en sonnant à la porte de l'appartement de la rue Pigalle.

Je crois que c'est moi qui ai dîné le dernier rue Pigalle... Tout était emballé déjà et le poète était au milieu des malles...

J'avais publié sur Victor Hugo un article signé d'un pseudonyme et le poète, qui tenait à me remercier personnellement, ce qui était très gentil de sa part, m'avait fait chercher partout par Lesclide, qui était alors son secrétaire dévoué. Il me dit cela de ce ton à la fois paternel et reconnaissant dans lequel il excellait.

Je me rappelle même, non sans gaîté, qu'Yves Guyot, étant venu ce soir-là, nous étions partis ensemble et que nous avions pris un bock dans un café autour de l'Opéra.

Victor Hugo m'aimait un peu parce que j'étais bien élevé comme lui, que je ne lui cassais pas l'encensoir sur le nez, que je le contredisais poliment, mais fermement, et que je lui disais des choses aimables et vraies sur son

»i SUR LE CHEMIN DE LA VIE

œuvre, qui lui prouvaient que je l'avais lu et que j'avais pour lui une réelle admiration.

Il y avait entre lui et moi une espèce de télépathie... Il sentait que j'étais content quand il exprimait, ce qui lui arrivait souvent, une belle idée sous une forme saisissante et lapidaire... Il sentait que je souffrais pour lui quand on lui adressait une louange stupide à laquelle, d'ailleurs, il répondait généralement par une phrase aussi stupide. Nul homme moins que Victor Hugo n'a su se soustraire à la t^'rannie des imbéciles. Il avait, à l'occasion, de l'esprit et du plus fin ; il ripostait très bien à ceux qui, sans être ses égaux, étaient au même niveau intellectuel que lui. Contre les imbéciles, il était sans force et sans réplique.

Il me disait souvent : « Quand vous passez dans le quartier, montez donc, venez dîner sans être invité... Seulement... »

Seulement... c'était le chiffre 13. Il n'aimait pas le chiffre 13. Il avait dans sa vie assisté à des diners où l'on était 13 et dont tous les convives étaient morts dans l'année... Il croyait à la vertu des nombres comme Pythagore.

C'était bien son droit, après tout, d'avoir ces idées-là, comme c'était son droit de penser que, dans le café, c'était le sucre seul qui empêchait de dormir. Lorsque j'ai dit cela à mes amis qui sont médecins, ils m'ont regardé avec mépris. C'est peut-être vrai tout de même.

Le Victor Hugo du premier volume de la Correspondance est bien l'homme dont ceux qui ont pu l'approcher ont subi le charme sans chercher à s'en défendre. Le Victor Hugo réel, en effet, était bien différent du palingénésique et fameux auteur de la Pitié suprême, de VAne et d'autres productions séniles si complètement oubliées que le titre même n'en revient pas à l'esprit.

Le soir, à table, libre de soucis, Victor Hugo était l'homme de l'intimité, poli comme Louis XIV avec les femmes, accueillant, bienveillant envers les plus humbles, respectueux

de l'opinion de chacun. Convive de belle humeur et de bon appétit, présidant gaiement une table où nul n'était gêné, ce n'était pas un pontife, mais bien plutôt un aïeul, un témoin.

Quand les visiteurs du salon étaient partis, les intimes restaient et revenaient dans la salle à manger qu'on avait transformée en buffet, c'est-à-dire qu'on avait enlevé la nappe et remis la toile cirée.

Des oranges, des pommes, des fraises dans la saison, du bordeaux d'excellente qualité, de quoi faire un grog, c'était tout. Ce n'était pas même une collation dans une maison bourgeoise du dix-huitième siècle, car, dans ce caslà, il y aurait eu du Champagne ; c'était une collation dans une sévère demeure du dixseptième siècle, dans une maison qui aurait été teintée de jansénisme.

Personne, même parmi ceux de nos confrères qui allument volontiers une cigarette à table avant le dessert, n'a fumé devant Victor Hugo.

J'ai fumé une ou deux fois un cigare dans les appartements du haut, en compagnie de quelques familiers de la maison, en regardant le buste de David d'Angers où Victor Hugo, le front ceint du vert laurier, ressemble à Virgile, mais on avait la sensation tout de même que l'on était dans un de ces intérieurs d'autrefois, où le tabac n'était pas bien vu.

Parfois, à la veille de quelque publication, on insistait et Victor Hugo se décidait à nous lire une pièce ou deux du nouveau volume. C'était un spectacle très intéressant. On voyait un homme presque timide, les yeux baissés sur son papier, qui disait d'une voix sourde des vers parfois admirables et d'une envolée superbe.

Le décor, vous pouvez le constater, n'avait rien de féerique ; cela n'était ni le rastaquouérisme, ni l'interlopie juive, ni le high life.

Quand on était assis près de Mme Drouet, on sentait bien quelquefois trembloter les jambes maigres de cette femme excellente et résignée...

Songez que depuis près de quarante ans, elle avait tous les jours entendu raconter le Deux- Décembre. Elle aspirait au dodo de toutes les forces de son être. Mais dans cette atmosphère de bonne éducation, la triomphante princesse Negroni, de la Porte-Saint-Martin, était si bien devenue Mme de Maintenon que, jusqu'au bout, elle avait une parole vague ou une inclination de tête majestueuse et souriante, malgré l'envie de dormir, pour ceux qui lui parlaient... Cela a dû certainement se passer comme cela dans des cours de vieux rois détrônés.

Des surprises exquises étaient réservées aux invités quand Victor Hugo, remontant le cours des temps, se reportait vers ses premières années, vers les spectacles qu'il avait observés lui-même avec cette intensité de vision réaliste qui frappe dans ce chef-d'œuvre trop peu connu: Choses vues.

Autrefois, l'historien ou l'écrivain, avant de parler des événements accomplis, recherchait certains salons afin de consulter les vieillards qui personnifiaient la tradition et semblaient comme la représentation vivante des générations éteintes. Que de trésors de ce genre offrait la conversation de Victor Hugo!

Enfant de troupe dans la garde impériale, fils de général, le poète avait touché de près ces soldats épiques dont il a célébré l'héroïsme. Devant l'adolescent que Chateaubriand avait baptisé « un enfant sublime », s'étaient ouvertes toutes les portes de ce monde de la Restauration où l'ancienne société coudoyait volontiers la nouvelle. Il avait eu le général Lahorie pour parrain et la Maréchale Moreau pour protectrice; il avait causé de la vieille cour avec les duchesses, demandé aux Conventionnels devenus pairs de France la physionomie exacte de ces orageuses séances où chacun combattait pour sa tête.

Le poète excellait à faire revivre, avec une parole, avec un geste, ce passé déjà si loin de nous. Il nous souvient, à propos d'une pince à

sucre, d'un portrait saisissant et sinistre de Talleyrand, dont Victor Hugo avait été l'Iiôte à Valençay.

Pour une minute le Talleyrand réel se dressait devant nous, enfoncé dans sa haute cravate du Directoire, imposant un respect profond par son attitude à ceux mêmes qui le méprisaient le plus, forçant à s'incliner devant la dignité du grand seigneur ceux que révoltaient les vilenies du politique, absolument triste, ne souriant jamais et restant impassible et immobile au moment où, de sa voix au timbre étrangement vibrant, il lançait un de ses mots célèbres.

Quoiqu'il fût Gaulois à ses heures, nul ne savait mieux que Victor Hugo guider une conversation, lui communiquer une allure élevée en jetant dans l'entretien une lueur inattendue, en mêlant les problèmes éternels de l'âme humaine aux propos capricieux du repas. On songeait involontairement à Apollon chez Admète; les banalités, comme il arrive entre gens qui, parfois, ne se connaissaient pas, trottinaient doucement; tout à coup, le poète touchait ces sujets vulgaires de son aiguillon d'or, et voici qu'à l'instant il leur poussait des ailes, et que, commencée dans la plaine, la conversation se terminait dans l'Empyrée.

Un coup de sonnette brisait l'enchantement de ces heures, qui semblaient brèves tant elles étaient pleines de délicats plaisirs. Les visiteurs du dehors arrivaient dans le salon d'attente: des femmes de tous les pays, des étrangers, des curieux venaient contempler le Maître.

Comme par une métamorphose soudaine, Victor Hugo changeait; le visage lui-même se transformait. Cet homme, qui était tout à l'heure d'une bonhomie si sincère et d'une si patriarcale simplicité, se mettait tout à coup à tenir d'une façon sentencieuse des propos qui n'avaient ni queue ni tête, qui, avec les répliques qu'on lui envoyait, ressemblaient souvent à des coq-à-l'àne.

« Les Etats-Unis d'Europe », « Il faut tuer la mort, » les déclamations contre le parti prêtre revenaient à chaque instant dans la conversation. Le poète n'était plus lui, il devenait un acteur devant le public!

Cette efTroyable oppression exercée d'en bas sur le génie, qui saura la décrire comme il faudrait ? Qui saura dire les faiblesses auxquelles un homme de la taille de Victor Hugo peut descendre pour avoir l'approbation de gens qu'il méprise sans doute profondément!

Un jour, je m'en souviens, un imbécile qui rédigeait, je crois, un journal de province, déclara qu'il fallait mettre en location toutes les églises, où l'on établirait des théâtres ou des bals publics selon l'occasion.

— Cher maître, vous rappelez-vous, demandai-je au grand poète, la parole charmante que vous adressa la duchesse d'Orléans, qui vous disait en revenant de Notre-Dame : « Monsieur Victor Hugo, je viens de visiter votre église ? » Etes-vous d'avis qu'on établisse un bastringue ou un café-concert dans l'auguste basilique que A'ous avez célébrée ?

Victor Hugo hésita. Puis, comme l'imbécile le regardait, il répondit : « Certainement », mais très bas, je dois le reconnaître.

Voilà où l'amour de la plus basse popularité peut conduire un privilégié entre tous les enfants des hommes, un Victor Hugo !

Tout cela pour arriver à être nommé le qiiatrième sur la liste des sénateurs de Paris. Ce fut une douleur pour Victor Hugo que cette élection. Il avait vu cela en poète.

Paris, soleil vivant, ruisselle sur le monde.

Paris, cité-reine, nomme le poète-roi. Cette élection, faite dans une acclamation, avait les airs d'un petit plébiscite.

Très probablement un monarque de droit divin n'aurait pas cherché à empêcher la réalisation de ce rêve assez légitime. Gambetta se

mit à la traverse. Je ne sais comment cela se fit, car il paraissait fort ami du poète.

Ce fut à la table du poète que je vis pour la première fois le tribun de près; par parenthèse, il fit ce jour-là un chaleureux éloge du duc de Broglie, auquel il reconnaissait la faculté niaitresse des hommes d'Etat, selon lui, la faculté de ne jamais se laisser décourager, de toujours recommencer. Tout en admirant les secrets desseins de la Providence qui m'avait fait venir chez Victor Hugo pour y entendre le panégyrique du duc de Broglie par Gambetta, j'étais convaincu, étant naïf, que l'élection ne souffrirait pas de difficultés.

Victor Hugo était de cet avis sans doute, cai il ignorait les dessous des scrutins; il croyait aux irrésistibles courants populaires.

Gambetta, qui savait manier la matière électorale, joua Olympio comme un enfant, et le poète eut un cuisant chagrin d'avoir vu son roman électoral brisé. Il revenait souvent làdessus et toujours avec un accent d'amertume.

Quant à l'œuvre de Victor Hugo, qu'en pourrions-nous dire ?

Pour la nouvelle école Victor Hugo n'existe pas. C'est un simple montreur de marionnettes, un remueur d'adjectifs et d'images ne voyant que les mots, les décors, les costumes. Parlezmoi de Concourt par exemple! En voilà un dont la gloire ne périra jamais! Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est qu'il existe des hommes très intelligents qui écrivent ces choses-là sans rire.

C'est une niaiserie, d'ailleurs, de prétendre que Victor Hugo n'a agité que des oripeaux pailletés d'or. Il a dépeint des êtres en ce sens qu'il a raconté les âmes des hommes de son temps, les âmes de ces romantiques qui, ne pouvant agir, s'éprenaient en imagination de toutes les violences, de toutes les exagérations, de toutes les évocations pittoresques ou dramatiques du Passé.

C'était une autre génération que la généra-

tion actuelle, et la meilleure preuve c'est, qu'au fond, le Victor Hugo éblouissant, prodigieux, gigantesque, qui fait sourire les blasés d'aujourd'hui est encore vivant pour nous.

La génération à laquelle j'appartiens a été pétrie, modelée littérairement, formée par Victor Hugo. Il a été le premier éveilleur de notre âme, la première admiration de notre jeunesse, et c'est par le souvenir que nous avons de ces enthousiasmes d'autrefois, que nous nous sentons encore jeunes et que notre présent se rattache à un passé déjà lointain.

Ses vers admirables sont encore dans nos mémoires, et il suffit d'en citer un pour que les autres se mettent à chanter comme les oiseaux qui partent tous ensemble dès que l'un d'eux a donné le signal.

Un été, à Soisy, on parlait de Victor Hugo, et Coppée et moi nous nous mîmes soudain à réciter au hasard des vers épars de l'œuvre du poète, qui étaient restés gravés en nous par la sonorité ou par l'image qu'ils représentaient.

Puisque mon front n'est plus au niveau de ton

[glaive Puisqu'il faut être grand pour mourir, je me lève. Dieu qui donna le sceptre et qui te le donna M'a fait duc de Segorme et duc de Cardona, Marquis de Monroj-, comte Albatera, vicomte De Gor, seigneur de lieux dont j'ignore le compte.

Je suis Jean d'Aragon, grand-maître d'Avis, né Dans l'exil, fils proscrit d'un père assassiné Par sentence du tien, roi Carlos de Castille ! Le meurtre est entre nous affaire de famille : Vous avez l'échafaud, nous avons le poignard...

Othon de Wittelsbach haïssait Barberousse,

Mais quand il vit son prince à la merci des flots

Et que les Turcs sur lui jetaient des javelots

Othon de Wittelsbach, Palatin de Bavière

Poussa son cheval noir jusque dans la rivière

Et s'offrant seul aux coups pleuvant avec fureur

Il cria: <( Commençons par sauver l'Empereur. »

Quand nous buvions, chantant plus haut que vous

[encor Autour d'un bœuf entier posé sur un plat d'or.

Un jour Ali passait. Les tètes les plus hautes S'inclinaient au niveau du pied de ses Arnautes, Tout le peuple criait : Allah !

Nos amis nous écoutaient ahuris, et si la cloche du dîner n'avait pas sonné, nous nous serions encore renvoyé des vers pendant une heure. Nous étions contents tout de même de savoir encore tant de vers du poète merveilleux que nous avions appris à admirer en entrant dans la vie.

N'est-ce pas un saisissant exemple de l'empreinte laissée à toute une génération par l'incomparable lyrique qui fut le maître tout-puissant des mots? C'est très significatif, je vous assure, ce réveil spontané de la mémoire, chez des écrivains qui avaient alors dépassé largement la cinquantaine, qui ont vu beaucoup d'hommes et beaucoup de choses.

C'est dire que je me suis uni de tout cœur à l'hommage que la France a rendu au grand poète à l'occasion de son centenaire. Un pays s'honore lui-même en honorant ceux qui, comme Victor Hugo, ont augmenté notre patrimoine de gloire.

Sous ce rapport, il ne peut pas y avoir de discussion. Après cette épreuve de quelques années, à laquelle ne résistent pas les renommées usurpées, Hugo reste définitivement, Hugo reste pour toujours, parmi les génies qui sont l'orgueil de l'Humanité, les Eschyle, les Dante, les Shakespeare.

Il semble bien que Dante et Shakespeare aient été des penseurs plus originaux, qu'ils aient remué plus profondément l'âme humaine. Victor Hugo a été supérieur à tous par la maîtrise du Verbe, par ce don, véritablement prodigieux, d'évoquer des images, de donner un

relief particulier à tout ce qui avait forme, couleur ou mouvement.

A quoi bon, d'ailleurs, s'attarder à d'inutiles comparaisons? Ce poète fut de la taille des plus grands: il est parmi ces cinq ou six privilégiés parmi les enfants des hommes, dont le nom est impérissable, dont le nom survivra au Temps.

Il nous paraît, à nous, que l'on peut dire ceci sans s'abandonner à l'espèce de frénésie idolâtrique, à ces transports de crisiaques que le désir de surpasser leurs camarades excitait chez ceux qui parlaient des cérémonies du centenaire. Cette rivalité dans l'hyperbole, cette sorte de surenchère dans l'emphase sont des symptômes de décadence, et, par l'exagération même des expressions, rappellent la platitude prétentieuse de Renan: « Les autres hommes ont été créés par décret collectif, mais Victor Hugo a été créé par un décret nominatif de la Providence. »

Ce paroxysme dans l'adoration fait sourire ceux qui connaissent bien l'œuvre de Victor Hugo.

Victor Hugo est infiniment moins moderne que Diderot, pour ne citer que celui-là dans l'avant dernier siècle. Le romantisme, dont il fut le Pape et même le Dieu, représente comme une amende honorable faite par la bourgeoisie artiste à ce passé, à cette aristocratie surtout que la bourgeoisie politicienne avait détruite pour s'emparer de ses dépouilles. Les pères s'étaient mis dans les biens des nobles, les fils de la bourgeoisie se mirent, en quelque façon, dans les sentiments, dans les impressions, dans les conceptions de vie de la noblesse disparue.

Toute l'œuvre vraiment originale et personnelle de Victor Hugo est une espèce de résurrection, une résurrection parfois très idéaliset des mœurs des ancêtres. Cette œuvre est pleine de cathédrales, de vieux burgs, de paladins, de chevaliers, de grands seigneurs donnant des coups d'épée, d'armures, d'écussons, de bannières flottant au Aent. La vie de l'humanité appa-

raît à "Victor Hugo comme une immense épopée qui commence à l'origine du monde et qui va jusqu'à Waterloo.

Les fêtes du centenaire nous ont procuré plus d'un sujet de philosophique réflexion.

Nous avons vu les représentants d'une nation démocratique tout récemment vaincue, foulée aux pieds, reléguée au second plan par les descendants des Chevaliers teutoniqucs, choisir pour célébrer Victor Hugo, ces Burgraves qui sont la glorification de l'Allemagne personnifiée dans Barberousse:

Elu roi des Romains, empereur couronné, Porte-glaive de Dieu, roi de Bourgogne et d'Arles.

C'était absolument idiot, mais personne ne s'en est aperçu. Ce n'est pas plus étonnant, d'ailleurs, que de voir l'Etat verser huit cent mille francs de subvention à l'Opéra pour jouer constamment du Wagner, alors que nos musiciens français meurent de faim.

Nous avons entendu ensuite les représentants de la fausse République, de la République juive, s'abandonner à une exaltation factice pour célébrer, à grand renfort de phrases sonnant creux, l'homme du dix-neuvième siècle qui a peut-être été le plus hostile, par tempérament et par essence, aux idées qui triomphent aujourd'hui, le spiritualiste déterminé et convaincu, le chantre de nos gloires militaires, l'auteur de la Prière pour tous, et le thuriféraire passionné, éloquent et toujours fervent de Napoléon.

Napoléon, soleil dont je suis le Memnon !

Ce sont des spectacles qu'il faut savoir regarder sans en trop souligner le ridicule par une ironie qui enlèverait quelque chose à notre admiration. Cette admiration restera toujours profonde pour l'homme marqué du signe du génie qui a porté notre âme dans des régions si hautes, qui nous a donné des jouissances si nobles et des enthousiasmes si durables que l'âge n'a pu les affaiblir...

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