‹ Sur le chemin de la vie (souvenirs). Portrait de l'auteurChapitre 19 sur 47 · ETABLISSEMENT DE PROPRIETE · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENT DE PROPRIETE

Ces immeubles appartiennent conjointement et indivisément aux vendeurs, comme leur provenant de la succession de M. Adolphe-Amand-Joseph Drumont, leur père, ancien sous-chef de bureau à la Préfecture de la Seine, décédé à Saint-Maurice (Seine), le dix-neuf novembre mil huit cent soixante-dix, dont ils étaient seuls héritiers chacun par moitié, ainsi que le constate un acte de notoriété reçu par M' Deschars, notaire à Paris, le dixsept juillet mil huit cent soixante et onze, enregistré.

M. Adolphe-Amand-Joseph Drumont avait luimême recueilli ledit immeuble dans la succession

de son père, M. Maximilien-Joseph-Albin Drumont, décédé à Lille, le vingt-cinq juillet mil huit cent soixante-cinq, dont il était seul héritier, ainsi que les comparants le déclarèrent, et M. Maximilien- Joseph-Albin Drumont avait lui-même recueilli ces immeubles dans la succession de son père, M. Jacques-Joseph Drumont, décédé à Lille, le vingt octobre mil huit cent vingt et dont il était seul héritier ainsi que les comparants le déclarent.

Ledit sieur Jacques-Joseph Drumont en avait fait l'acquisition de la dame Anne-Françoise Pollet, veuve de Jacques-Joseph Gogué, aux termes d'un acte reçu par M' Laurent, notaire à Lille, le vingt-trois Prairial An quatrième de la République Française, et il avait payé le prix de ladite vente, ainsi qu'il résulte d'une quittance reçue en brevet par le même notaire, le vingt et un Germinal An sixième de la République.

Après une démonstration aussi topique, mais qui est forcément un peu longue, vous me permettrez de ne pas insister sur ce que vous dites de M. Wiallard et des Oppentieim, car ce sont des points qui n'ont aucun rapport avec mon origine.

M. Wiallard m'a toujours fourni les preuves (preuves simplement verbales et écrites, je vous prie de le croire) qu'il n'était pas Juif. Il a été enterré à l'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Colombes, sa paroisse.

Sur la lettre de faire-part figure le nom de sa sœur, mademoiselle Wiallard, en religion Marie-Valérie. C'était cette religieuse qui conduisit le deuil.

Que voulez-vous que j'ajoute de plus? Après tout, comme on dit, « c'est pas mon père ».

Quant à l'histoire des Oppenheim, qui auraient été, dites-vous, « un de mes plus forts actionnaires », elle n'a rien de compliqué.

M. Constantin Maréchal, avocat, 4, rue Gliick, avait dix parts de La Libre Parole; il en vendit trois à M. Oppenheim.

Quand je fus prévenu par l'Administration du transfert de ces parts, je priai M. Constantin Maréchal, avec lequel j'ai toujours eu les

rapports les plus cordiaux, de venir causer quelques instants avec moi.

Je ne lui cachai pas la contrariété que me causait cette vente.

M. Constantin Maréchal me fit remarquer que les Oppenheim étaient catholiques, que celui auquel il avait cédé ces parts avait toujours agi en catholique, qu'il avait même fait un don important à Notre-Dame-des-Victoires.

Voyant que je gardais mon impression, M, Constantin, qui est un homme aimable et charmant, pria M. Oppenheim de lui rétrocéder ces trois parts...

C'est ainsi que celui que vous appelez « un de mes plus forts actionnaires » a été propriétaire de trois parts de la Libre Parole, sur huit cents parts, et qu'il a été seulement propriétaire de ces trois parts pendant quelques jours.

Ceci n'a pas la moindre importance. C'est un peu ce que j'appelle les « sous-légendes » qui se greffent sur la légende de tout homme connu. Il arrive à tout homme qui a occupé l'opinion ce qui arrive aux navires qui, après avoir beaucoup navigué à travers les Océans, traînent avec eux des coraux, des madrépores, des végétations marines de toutes les zones et de tous les climats, qui se sont attachés à leur coque.

La question d'origine est seule intéressante, car il s'agit de mon œuvre. Mon œuvre, c'est moi, et mon œuvre c'est ma race, ma race c'est mon origine.

Devant ces généalogies paternelle et maternelle, on a la vision d'êtres simples qui ont vécu chrétiennement, honnêtement, silencieusement, dignement, sans se plaindre du sort. Rien n'y manque, pas même la modeste fileuse, qui est. avec la bergère, la poésie de l'unique labeur féminin que connut le passé, qui aurait eu honte d'assujettir les femmes aux pénibles et épuisantes corvées d'aujourd'hui.

Filez, femmes de la Bretagne, Filez vos quenouilles de lin Pour rendre à la France, à l'Espagne, Messire Bertrand Du Guesclin.

Comme je vous le disais précédemment, la France Juive est la confirmation de toutes les pages admirables qu'ont écrites Barrés et Vogué sur le geste impératif des Morts, sur la survivance des Ancêtres en nous, sur les morts qui parlent en nous.

C'est la confirmation aussi de tout ce qu'a écrit un penseur de génie, que vous ne connaissez probablement pas. Blanc de Saint-Bonnet:

« Les pères ont des enfants qui ressemblent au fond de leurs pensées, » Et encore de cette parole profonde de lui: « Un grand homme est un produit mérité par les aïeux. »

Quand une famille d'autrefois avait vécu pendant des siècles dans l'ordre, le devoir et la vertu, elle produisait un être supérieur aux autres, qui était comme l'épanouissement de l'arbre familial.

Les Buchon ont produit Alexandre Buchon: un grand historien national qui a fouillé toutes les archives d'Europe et évoqué dans le domaine de l'érudition, avec toute sa beauté épique, le ffeste français au Moyen-Age. C'est lui qui a reconstitué les chevauchées presque fabuleuses de ces petits châtelains de l'Ile de France qui devinrent duc d'Athènes ou marquis de Sparte et rattachèrent le cycle héroïque français au cycle homérique.

Sur Buchon, je vous recommande un chapitre exquis de Barrés, dans leVoyage à Sparte.

Les Drumont-Buchon ont produit l'auteur de la France Juive.

Vous avez parfaitement le droit de vous livrer à d'interminables blagues à propos de ce que je viens d'écrire.

Il n'en est pas moins vrai qu'il fut un jour où Paris tout entier, le Paris des ouvriers et le Paris des bourgeois, le Paris révolutionnaire et le Paris patriote criait: « A bas les Juifs! »

Il n'en est pas moins vrai que si ce jour-là il s'était trouvé parmi nos chefs militaires un de ces beaux audacieux d'autrefois, un de ces risqiie-toiit superbes et prêts à tous les dévouements, comme il y en a à chaque pas dans l'histoire de la vieille France, la Juiverie était par terre.

Ces hommes de cœur auraient occupé les banques et les palais des Juifs, ce qui aurait été infiniment plus honorable pour des militaires français que de donner l'assaut à des couvents et d'expulser brutalement de saintes femmes en prière, afin d'enrichir des politiciens voleurs. Ils auraient distribué les millions au pauvre peuple; tout le monde aurait été content et, au lieu de rire des officiers, comme on le fait aujourd'hui, on les saluerait affectueusement comme des vaillants, chers à tous.

Qu'est-ce qui vous dit que cette situation ne se représentera pas sous une autre forme? Qu'est-ce qui vous dit que moi, une fois mort, un socialiste pour de vrai, un plébéien d'ancienne famille française comme moi, ne reprendra pas mon œuvre et ne la fera pas triompher?

Vous êtes né à Cuba, monsieur. Vous êtes très excusable de ne pas comprendre ce qu'a été l'âme française et les invisibles ramifications qui nous relient à de lointaines lignées, nourries et pétries de l'idéal chrétien. Il est bien certain que je serais incapable de me mettre dans le cerveau d'un Japonais fidèle au culte des Ancêtres.

Où vous auriez tort, et tous vos amis seront de mon avis, c'est de vous obstiner à nier l'évidence. Vous avez le choix; vous pouvez donc, avec le plus ou moins d'aménité de votre caractère, qui me parait plutôt désagréable, dire soit:

« Drumont est un scélérat et un monstre »,

Soit:

<< Drumont est un être anachronique qui a traduit les états d'âme du passé, ce qui explique que son œuvre ait trouvé tant d'écho chez ceux qui pensent comme lui. »

En tout cas, vous devez dire:

« Puisqu'on fait appel à ma loyauté et qu'on me met sous les yeux des preuves irrécusables, je reconnais que je me suis trompé et que Drumont n'a pas une gouttelette, même infinitésimale, de sang juif dans les veines... »

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