‹ Sur le chemin de la vie (souvenirs). Portrait de l'auteurChapitre 31 sur 47 · LES LAMENTATIONS DE JUNIUS · texte numérisé non relu

LES LAMENTATIONS DE JUNIUS

L'élection de l'Académie et la victoire de Marcel Prévost ont soulevé un vif émoi dans le monde des conservateurs, qui ne s'occupent pas exclusivement de courses. On a compris ce que cette élection signifiait.

Junius a écrit là-dessus une page éloquente qu'il a arrosée de larmes. En réalité, c'est une citadelle intellectuelle prise, un des établissements archiséculaires qui représentaient les traditions françaises conquis par les cosmopolites et les Juifs. Les Juifs avaient déjà détruit l'armée, la marine, déshonoré et réduit en esclavage la Cour de Cassation, les voilà maintenant installés en maîtres à l'Académie.

Bien entendu, Junius ne parlait pas des Juifs.

Il y a eu une campagne formidable et monstrueuse organisée par les Juifs, un complot international ourdi par eux pour sauver un officier juif du nom de Drej'fus, qui avait trahi notre pays. Ce complot avait mis en mouvement le monde entier; il avait bouleversé la France et l'avait désagrégée complètement. Les Dreyfusards vainqueurs ont confisqué les biens religieux, mis les catholiques hors la loi. Aujourd'hui, les vainqueurs poursuivent méthodiquement leur victoire; ils traquent les catholiques dans les derniers établissements où ils avaienj encore trouvé un asile; ils placent des hommes à eux dans tous les postes importants.

Avec ces indications et la collection de La

Libre Parole, un historien qui, dans mille ou quinze cents ans, voudrait retracer le tableau de la décadence de la France et de l'agonie d'une grande nation, comme Ferrero a reconstitué la décadence romaine, pourrait faire un travail utile.

Malgré tous les dons d'évocation et de reconstitution qu'il pourrait avoir, cet homme ne pourrait rien tirer des articles de Junius.

Il dirait: « Quels sont les gens mystérieux dont parle Junius, et qui accomplissaient cette besogne de destruction? A quel mobile obéissaient-ils? Quel motif particulier, quelle haine de religion les poussaient? »

S'il a la chance de tomber sur mon article, le voyageur futur à travers l'histoire de notre temps, aura un guide et pourra lire Junius avec fruit, car il le comprendra.

Qui de nous, errant au hasard à travers les ruines des civilisations écroulées, n'a été heureux de rencontrer parmi les témoins du Passé les ombres obligeantes qui nous expliquaient ce que nous ne comprenions pas?

En fixant certains points d'une façon précise, je paye à des historiens, qui n'existeront que dans un lointain avenir, ce que j'ai reçu d'historiens perdus dans un très lointain passé.

Ceux qui s'arrêteront à cette dépossession de l'Académie du magistère intellectuel et moral qu'elle exerçait depuis des siècles, devront bien considérer ceci: la prise de cette forteresse n'est qu'un chapitre de plus d'une longue suite de dépossessions de tout ce qui résumait l'autorité politique et sociale.

Il y a quarante ans, les conservateurs et les catholiques avaient tout; ils se sont laissés tout prendre, non à la suite d'attaques violentes, mais à la suite de capitulations successives auxquelles rien ne les obligeait. Ils se sont laissé réduire à l'état d'outlaws sans presque s'en apercevoir.

La vérité c'est que ce sont des classes usées, finies, incapables non seulement d'aucun effort

matériel, mais même du moindre eflfort pour prévoir, pour penser, pour envisager le résultat de ce qu'ils font.

Ils étaient inexpugnables à l'Académie; ils ont ouvert la porte eux-mêmes à leurs adversaires par forfanterie de libéralisme et d'impartialité, par bénévolence, par bon garçonnisme, par veulerie.

Paul Hervieu, le Dreyfusard ardent, le chef du parti dreyfusard à l'Académie, n'a passé qu'à une voix et cette voix a été la voix d'un nationaliste, Henri Houssaye. Je dînais chez Mme Alphonse Daudet lorsque Coppée nous racontait cela. Ce bon Coppée, si plein de mansuétude et d'indulgence d'ordinaire, était exaspéré ce jour-là.

Un peu plus tard, Coppée mourant, Coppée malade à un point qui ne se peut décrire, faisait un suprême effort. Il se traînait à l'Académie pour voter.

Pour qui Coppée accomplissait-il cette dernière sortie? Pour l'auteur des Blasphèmes, pour Richepin. Notre confrère Mathiex, que je suis heureux d'avoir l'occasion de remercier de tant et de si aimables procédés envers moi, vous rappelait le fait l'autre jour dans la Patrie.

Ceci, d'ailleurs, n'a rien de mystérieux. Coppée me l'avait dit lui-même. Richepin me le rappelait encore récemment.

Le cardinal Mathieu a voté pour Richepin, l'auteur des Blasphèmes. De Mun a voté pour Richepin, certainement pour faire plaisir à Coppée. De Mun a voté pour Brieux; il l'a fait pour un motif louable. Aux cantharides de la littérature contemporaine, il a préféré le copahu hurnanitaire et sentimental de Brieux; il a su gré à Brieux de s'être intéressé aux maux de l'humanité.

De Mun reconnaîtra, cependant, qu'autrefois ces travaux un peu spéciaux semblaient plutôt destinés à l'Académie de médecine qu'à l'Académie française.

Brieux fait partie avec Raymond Poincaré du dernier bateau, celui qui va aborder. Vous pouvez être bien sûr, mon pauvre Junius, que ceux-là ne débarqueront pas pour donner de grands évêques pour successeurs aux Bossuet, aux Fénelon et aux Lacordaire.

.- Tout ce monde dreyfusard a pour lui une 'discipline, un fanatisme souriant parfois, mais inexorable qui contraste avec le laisser-aller, l'affection de dilettantisme de ces bons catholiques qui paraissent réellement n'avoir de haine que contre ceux qui défendent le Christ.

Sous ce rapport, ceux qui dirigent le parti catholique ne gardent même pas assez les apparences.

Cette carte de félicitations envo5'ée par 'e Père Du Lac à Marcel Prévost n'a pas produit bon effet. •

J'ai constamment pris la défense de nos malheureux religieux. Fils de l'Université, j'ai combattu plus que personne pour la liberté d'enseignement; j'ai été l'ami du Père Du Lac; j'ai été invectivé à cause de lui comme jamais homme ne l'a jamais été et je me suis vu sur les affiches électorales et sur les murs avec un chapeau de Basile.

Il est démontré maintenant, démontré par l'affirmation même du Père Du Lac, démontré jusqu'à la satiété que j'ai agi d'une façon désintéressée, que le Père Du Lac ne m'a jamais donné qu'un volume de 3 fr. 50.

Il eut été tout naturel, dans ces conditions, que le Père Du Lac, qui écrit très bien les lettres, m'écrivit une jolie lettre- pour me dire: « J'ai été désolé de votre échec. Je n'oublie pas que vous avez toujours défendu nos maîtres et nos élèves. Dieu se chargera de vous récompenser w. ■ ^

Ce sont là de ces lettres qui ne coûtent pas beaucoup, mais franchement c'est une drôle d'idée d'adresser une lettre de félicitations à Marcel Prévost.

L ACADEMIE

Elève des Jésuites, Marcel Prévost a écrit son premier livre, le Scorpion, pour attaquer ceux qui l'avaient élevé: il a contribué à salir les imaginations et à corrompre les âmes par des romans d'une pornographie plus ou moins parfumée. Il a été un des plus passionnés et des plus perfides dans cette abominable campagne Dreyfus qui a brisé la carrière de tant d'officiers qui sortaient des établissements religieux.

Moi, cela m'est ésal et n'a même pas diminué mon affection pour le Père Du Lac, qui était un homme aimable et charmant et que je connaissais comme si je l'avais fait, avec son mélange de candeur, son désir presque enfantin d'être bien avec les riches et les puissants et en même temps ses très belles et très no-bles qualités.

J'ai été organisé pour la lutte. J'ai un fond gai, un certain don d'artiste indépendant, d'observateur amusé de l'étude de l'homme qui me fait trouver de l'agrément dans tous les spectacles, de la distraction dans les évolutions et les contradictions des êtres.

J'ai eu la lutte, j'ai eu aussi le succès en oe qu'il a de plus éclatant. J'ai eu des monceaux d'injures, j'ai eu des montagnes de louanges. Je compte par milliers les amis de ma cause et de mon œuvre qui, en toute occasion, m'encouragent et me soutiennent de leur affection et de leur sympathie. Je ne puis donc pas me plaindre de la Destinée.

Je songe seulement devant certains égoïsmes trop peu dissimulés, devant certaines ingratitudes maladroites, à quelques-uns de nos confrères de province qui ont fait preuve, pendant des années, d'un incontestable talent et d'un admirable dévouement, et qui parfois doivent être envahis par de mélancoliques réflexions en voyant combien leurs efforts sont peu appréciés.

Les privilégiés de la Fortune s'amusent, achètent des automobiles, donnent des fêtes, vont au théâtre.

Les chefs religieux voudraient bien faire la ipaix avec le Pouvoir, ou du moins ne rien dire qui blessât trop le Pouvoir; ils voient bien que la France meurt du Juif, mais ils n'osent le dire.

En attendant, voilà nos Dreyfusards maîtres à l'Académie et ceux qui, dans leurs œuvres, parleront trop de nos croyances et de nos gloires, savent l'accueil qui les attend...

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