‹ Sur le Diagnostic de la SubmersionChapitre 28 sur 29 · AVES · texte numérisé non relu

AVES

A la coupe, on constate la présence de nombreux cristaux de glace, les uns incolores, les autres légèrement teintés de rose. Ces cristaux sont répartis inégalement sur toute la surface de la coupe.

La partie centrale du tissu pulmonaire est de consistance “molle et contient des cristaux très petits et peu abondants. A la partie périphérique du parenchyme, on constate, au contraire, de nombreux cristaux de taille variable, certains étant de la grosseur d’un pois. Ces glaçons forment une couche plus ou moins homogène, mais particulièrement dense dans la partie du tissu pulmonaire située immédiatement sous la plèvre.

Si l'on suit le trajet des bronches en les ouvrant avec des ciseaux depuis le hile jusqu’à leur terminaison, on constate, près du hile, la présence de cristaux assez volumineux parfois, mais peu abondants. Les petites bronches sont au contraire entièrement occupées par des glaçons qui, par places, dessinent leur trajet.

Les vaisseaux sont, eux aussi, occupés par de petits cristaux de coloration rougeûtre.

Dans les cavités pleurales, on trouve des cristaux volumi- - neux et assez abondants, donnant 400 cc. de liquide.

Le péricarde contient quelques petits blocs de glaçons provenant de liquide d'hypostase. Le cœur ouvert est entièment vide de sang.

Dans l'estomac, on trouve près du cardia, un gros glaçon, légèrement teinté de rose, n'englobant pas de particules alimentaires que l’on retrouve au-dessous formant de nombreux petits glaçons séparés les uns des autres. Ce glaçon donne environ 60 cc. de liquide.

Cadavre n° 2. — Nous pratiquons l'’autopsie du cadavre d'un homme noyé.

Le cadavre a séjourné 10 jours dans la glacière à 5°,

On ouvre en enlevant le plastron sterno-costal avec assez de difficulté.

Les organes sont très durs, gelés.

Les poumons sont affaissés, peu volumineux ; à la palpation on a toujours l'impression d'une masse dure, non homogène, granitée.

À la coupe, aprés avoir ressenti une certaine résistance sous le couteau, on trouve encore nettement deux parties ; la partie centrale, avec quelques cristaux de consistance moins ferme, et la partie périphérique, avec de nombreux cristaux de taille variable, certains étant assez volumineux, en particulier dans la couche assez dense située immédiate: ment sous là plèvre.

En suivant les bronches avec les ciseaux, on trouve quelques gros cristaux près du hile. Mais les petites bronches sont entièrement occupées par des glaçons qui sont assez longs, en particulier sous la plèvre.

Les vaisseaux sont aussi occupés par de nombreux petits cristaux rosés.

Les cavités pleurales sont comblées par un gros bloc de glace qui, retiré après être cassé, donne en fondant 400 cc. de liquide à‘droite et 500 cc. à gauche.Ce liquide est teinté de rose.

Le péricarde contient quelques cristaux.

Le cœur est vide, il contient, seulement quelques rares cristaux rougeâtres.

L'estomac montre la présence d’un bloc de glace homogène situé au-dessus de débris alimentaires et donnant 50 cc.

d'eau.

Cadavre n° 3. — Nous pratiquons l’autopsie d’un cadavre de noyé trouvé dans le canal St-Martin. Ce cadavre est, resté 4 jours à la glacière à — 5°.

Nous sommes ainsi en présence d'un cadavre congelé, très dur, en état de putréfaction avancée,

Après ablation du plastron sterno-costal, on trouve des poumons de petit volume qui donnent à la palpation une sensation particulière semblable à celle que donne une poignée de pelils cristaux d’un névé.

À la coupe, on trouve toujours la couche de glaçons située sous la plèvre. Dans la partie centrale, on voit beaucoup moins de cristaux. Cette partie est d'ailleurs moins dure que l'autre.

Dans les bronches, on note toujours la présence de cristaux, surtout à la partie terminale

Dans les vaisseaux, on trouve toujours des cristaux rosés.

La cavité pleurale est comblée de chaque côté par un gros glaçon qui donne en fondant 500 ce. de liquide.

Le péricarde contient quelques glaçons. Le cœur est absolument vide.

Dans l'estomac, on trouve toujours quelques glaçons du côté du cardia, donnant 40 cc. d'eau. Le reste de l'estomac est absolument vide, sans débris alimentaires.

Cadavre n° 4. — Nous avons pratiqué l’autopsie d'un individu mort par suicide par arme à feu, après avoir laissé le cadavre pendant 4 jours dans la glacière à — 5°.

Au moment de l'ouverture du corps, le cadavre était congelé.

Après ablation avec difficulté du plastron sterno-costal, nous sommes en présence de poumons d'aspect normal. Ces poumons sont de consistance ferme ; à la palpation, on a l’impression d’une masse uniformément dure, ne donnant

pas l'impression granitée constatée dans les trois cas précédents.

- A la coupe, on trouve quelques cristaux de coloration rosée, disséminés dans les champs pulmonaires. Ces cristaux n'occupent que la lumière des vaisseaux, on s’en aperçoit facilement en les suivant à partir du hile, et en les ouvrant avec des ciseaux.

Les bronches ne contiennent aucun glaçon. On peut les suivre librement jusqu’à leur terminaison.

On ne trouve aucune couche de glaçons dans le parenchyme pulmonaire sous la plèvre

Dans les cavités pleurales, on trouve, de chaque côté, quelques cristaux rosés, dus aux hypostases cadavériques et donnant 40 ce. de liquide environ.

Dans le péricarde, on remarque quelques glaçons. Le cœur est normal, plein de sang gelé.

On ne remarque pas de gros glaçons au-dessus des débris alimentaires de l'estomac.

Devant ces constatations, nous voyons donc qu’en faisant congeler au moins quatre jours dans un frigorifique à 5°, un cadavre de noyé, ayant séjourné longtemps dans l’eau, ou en étant sorti depuis longtemps, on fait des constatations particulières que l’on ne trouve que dans la submersion : les poumons sont peu volumineux, affaissés et non globuleux, saillants, tels qu’il sont décrits habituellement chez les noyés.

Ils contiennent des cristaux de glace qui leur donnent Paspect d’un sorbet. Ces cristaux siègent surtout dans le tissu pulmonaire situé immédiatement sous la plèvre, où ils forment une couche homogène.

Ces cristaux sont abondants dans les bronches surtout à leur partie terminales, dans les petites bronches sous-pleurales.

Dans les cavités pleurales on trouve enfin de gros glaçons donnant près d’un demi-litre de liquide.

Dans le cadavre congelé, dans les mêmes conditions, d’un individu dont la cause de là mort est différente,

on trouve des poumons contenant, uniquement dans les vaisseaux, quelques cristaux de teinte rosée, mais, on n’en remarque aucune trace dans les bronches ou dans le Lissu pulmonaire sous-pleural.

De plus, dans les cavités pleurales, on ne trouve que quélques petits glaçons donnant 50 cc. de liquide, au plus.

Nous pensons donc que la présence dans les bronches terminales, dans le tissu pulmonaire sous-pleural, ainsi que dans les cavités pleurales, de ces glaçons qui caractérisent la présence de l'eau, montre la pénétration de l’eau jusqu’à ce niveau et, par suite, permet d'établir que la mort est bien due à la submersion.

De plus, la grande abondance de ces glaçons dans la plèvre montre que l’eau ne reste pas dans tout le poumon des noyés, mais se rend rapidement, par transsudation, à la périphérie du tissu pulmonaire et dans les cavités pleurales.

Il peut donc être intéresssant, au point de vue du diagnostic médico-légal de la submersion chez les vieux noyés, de soumettre le cadavre, ou les poumons avant leur ouverture, à la congélation, ce qui permet de faire le diagnostic de submersion vitale, alors que le diagnostic est pratiquement impossible par un autre procédé sur des corps en voie de putréfaction avancée.

De plus, la plus grande abondance de ces glaçons dans la plève montre que l’eau ne reste pas dans tout le poumon des noyés, mais se rend rapidement à là périphérie du tissu et dans les cavités pleurales. Mais on remarque aussi que la glace localisée sous la plèvre se

trouve non seulement dans les parties déclives, mais aussi dans les parties périphériques, non déclives.

Ces résultats sont comparables à ceux oblenus dans nos expériences de submersion dans l'encre de Chine,

ce qui confirme les conclusions exposées à la suite de ces recherches,

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