HISTORIQUE
Déjà dans l’antiquité, les médecins se préoccupaient de ce genre de mort. On en cherchait alors la cause dans l’intervention de forces mystérieuses dues aux sirènes et aux divinités.
Puis Galien, Paul d’Egine, l’expliquent par un trouble des fonctions vitales dû à la pénétration en masse du liquide « dans les différentes cavités muqueuses du Corps ».
A cette période, la noyade était une forme de supplice très répandue. Ainsi, Tite Live rapporte le cas d’un noble Romain noyé dans le Tibre pour s’être élevé contre larrogance de Tarquin. Les Législateurs des Douze Tables en constituent un châtiment sévère pour les parricides. Les Burgondes noyaient les femmes convaincues d’adultère.
Puis apparaît une période marquant un certain progrès par suite de quelques travaux scientifiques dans lesquels les auteurs cherchent à expliquer ce qui se passe.
Ambroise Paré, le premier, expose les moyens de reconnaître si un individu a été noyé vivant ou précipité dans l’eau après sa mort.
Pr re
Ïl dit : « Si le chirurgien est appelé pour faire rap-. port d’un corps mort tiré hors de l’eau pour savoir s’il est noyé vif ou jetté en l’eau mort, les signes qu’il aura été jetté vif sont qu’on trouvera l’estomach et le ventre remplis d’eau et sort du nez quelque escrément morveux et par la bouche escumeux et baveux et le plus souvent saignera du nez d’abondauce. Il aura l'extrémité des doigts et le front escorchés à raison qu’en mourantil gratte le sable au fond de l'eau pensant prendre quelque chose pôur se sauver et qu’il meurt en furie et en rage.
Au contraire, s’il a esté jellé en l’eau mort, il n’aura aucune tumeur dans l’estomach, n’y au ventre parce que tous les conduits sont affaissés et estompés et qu’il n'inspire plus et aussi n’aura morve au nez, ni bave à la bouche, n’y vestige aux doigts, n’y au front ».
Zacchias reproduit à peu près les mêmes signes, puis en 1630, Jacques Sylvius dans ses commentaires sur les ouvrages d'anatomie d'Hippocrale et de Galien, dit que l'entrée de l’eau dans les organes thoraciques et dans l'estomac est la principale cause de la mort.
En 1704, Becker, un savant allemand, après la Faculté de Médecine de Leipzig en 1689, condamne cette opinion disant que la mort est due à un défaut de respiration par suile de la constriction de la gorge, qui empêche l'entrée de l’eau.
Alors, une nouvelle théorie s’édifie où l’on dit que les noyés périssent par le manque d’air respirable.
Goodwin après avoir trachéotomisé un chien, montre que la présence de liquide dans les bronches n’entraîne pas la mort.
AT Ees
Detharding soutient alors que la glotte, fermée fortement par l’épiglotte, qui est horizontale dans l’immersion, empêche l’air de rentrer et par suite, propose la « laryngolomie » comme traitement,
Mais quelques observations plus attentives montrent l'erreur où l’on s’engageait. Plater, en 1776, trouve dans les voies aériennes d'animaux noyés dans de l’eau colorée, une quantité plus ou moins grande de sérosité écumeuse de même couleur.
Haller, Louis trouvent aussi cette écume.
Puis arrivent les expériences célèbres de Morgagni, qui trouve neltement sur de jeunes chats noyés une écume blanche et spumeuse dans les ramifications bronchiques, de l’eau dans l’estomac et une épiglolte verticale.
On admet alors que cette eau écumeuse gêne la circulation dans les poumons et que ne pouvant plus être traversés par le sang, ils s’affaissent et causent ainsi la mort.
En 1768, Champeaux et Faissole, dans un rapport détaillé, sur le meurtre de Claudine Rouge trouvée dans le Rhône, cencluent : « La présence de l’eau dans les bronches est la vraie cause de la mort des noyés ». |
En 1790, Desgranges, de Lyon, admet deux espèces de mort par submersion : l’une avec admission d’eau dans les poumons « asphyxie de submersion avec matière », l’autre : «asphyxie de submersion sans matière, ou par défaillance ».
: En 1800, Fine, Chirurgien à Genève, dans un Traité sur la submersion, prouve que la mort est due à une
asphyxie.
ASE
En 1805, dans sa thèse, Berger, de Genève, montre que l’eau est la cause de l’asphyxie.
En 1808, Marc, après la traduction du manuel d’autopsie de Rose, fait une étude très complète de la question, il reconnait la mulliplicité des causes de la mort, et en admet quatre :
1° Asphyxie de submersion avec malière par suffocalion ou engouement ;
2° Asphyxie de submersion sans engouement, nerveuse ou syncopale ;
3° Asphyxie de submersion sans engouement, par congeslion sanguine du cerveau ;
4° Asphyxie de submersion mixte.
Il donne aussi les signes qu’il juge les plus certains de la submersion vitale. Eau, écume et matières étrangères dans la trachée, eau dans l’estomac, fluidité du sang,
En 1811, Mahon, dans son 7raité de medecine légale est d'avis que la mort par submersion est une asphyxie et il trouve que la présence d’eau écumeuse dans les voies aériennes est le meilleur signe de diagnostic.
Fodéré, en 1813, dans son Zraite de medecine, étudie les phases de la mort par submersion vilale et en exige tout un ensemble pour Pétablir. Il ajoute d’ailleurs aux indices tirés de l’état du visage du noyé, de l’écorchure des doigts, de la présence d’encre dans la trachée, la distension ou emphysème des poumons, et fluidité du sang.
Orfila, en 1836, dans son Traité de médecine légale, après une étude complète de la submersion, conclut que
di
la submersion vitale est prouvée : « Par la présence dans l’estomac et dans les vésicules pulmonaires, d’un liquide semblable à celui dans lequel le:corps a été submergé pourvu toutefois, en ce qui concerne l'estomac, qu’il soit avéré que ce liquide n’a pas été avalé avant la submersion, ni ingéré après la mort el pour ce qui se rapporte aux vésicules pulmonaires, pourvu que le liquide dont il s’agit ait pénétré jusqu'aux dernières ra- mifications bronchiques ».
Il trouve que l’écume dans la trachée se retrouve chez les pendus et les épileptiques et étudie, un des premiers, le développement de la putréfaction chez les noyés et montre l’action désastreuse du temps qui s'écoule entre l’examen juridique et la sortie du cadavre de l’eau. É
Devergie, à celle époque, pense au contraire que l’écume dans la trachée est très caractéristique et ne se trouve pas chezles pendus. Il ne lient pas compte de l’état extérieur du corps, mais insiste sur la fluidité du sang, la présence d’une grande quantité d’eau dans l'estomac (1 lit. 1/2), qu’il ne rencontra jamais chez le cadavre immergé, la présence fréquente de huit à dix cuillerées d’eau presque sanguinolente dans la vessie, Il remarque l’action de la putréfaction sur ces signes qu’elle fait disparaître.
Faure, en 1856, après avoir fait des expériences remarquables avec des chiens, constate immédiatement après la mort la présence d’écume dans les bronches « même lorsqu'il n’a pas respiré hors de l’eau » et note la présence dans le cœur distendu de caillots très durs et
FouRAULT 2
More
très consistants mélangés parfois à du sang liquide.
Etant en contradiction avec ce qui est décrit à ce moment, il ajoute : « Cela tient sans doute à ce que les autopsies que j'ai faites avaient lieu immédiatement après la mort ».
En 1863, Tardieu fait paraître dans les Annales de Médecine légale une étude sur la submersion, à l’occasion des expériences de la Société Médico-Chirurgicale de Londres : « Il résulte de ces expériences, dit-il, que lorsqu'un chien est ‘tout simplement privé d'air, il peut revenir à la vie après 4 minutes de suffocation, tandis qu’une submersion de une minute et demie suffit pour amener la mort ».
Il différencie aussi la submersion des autres modes d’asphyxie,et en particulier de la suffocation par la présence, dans ce cas, des ecchymoses sous-pleurales, qu’il dit absentes dans les poumons des noyés.
Un médecin anglais, Taylor, fait à ce moment une étude semblable des signes de la submersion et s'attache particulièrement à l’état de la peau : «La chair de poule, dit-il, qui s’observe fréquemment chez les noyés, montre que la peau possédait la faculté vitale de la contractibilité au moment de l'immersion ».
Dans la période qui suit, de nombreux auteurs traitent, soit accessoirement soit d’une manière toute spéciale, la question de la mort par submersion.
Ainsi, Casper et Liman s'intéressent au contenu des voies aériennes et pensent que l’écume est « le produit du mélange du liquide, des mucosités, de l'air contenu dans la trachéeet dans les poumons, mélange provoqué
par les derniers mouvements respiratoires ». {ls remarquent aussi l’augmentation de volume des poumons, qu'ils regardent comme un «signe infaillible ».
Mais ils notent l’action désastreuse de la putréfaction qui fait disparaître d’abord l’écume de la trachée, puis la dilatation caratéristique des poumons,
Liman signale, un des premiers, la présence de l’eau dans l'oreille moyenne, comme très importante, et il s’est assuré par ses propres expériences que, post-mortem, une cerlaine quantité de liquide pénètre dans l’estomac. :
Belohradsky remarque aussi cette dilatation des poumons avec des vésicules dilatées, quelquefois déchirées. Il note une couleur brique rouge pâle à la coupe des
poumons, due à l’absence de sang, absence qu’il explique par la pression exercée sur les petits capillaires par l'air alvéolaire comprimé par le liquide de submersion, ce qui explique aussi la réplétion du cœur droit.
Hoffmann, dans son 7'raité de Médecine légale, dit
que : «Ils (les poumons) sont boursouflés, ne s’affaissent qu’'incomplètement à l'ouverture du thorax, ont “une consistance pour ainsi dire pâteuse, surtout dans les parties déclives, et laissent échapper à la coupe un sérum spumeux, en quantité souvent considérable ». Mais il ajoute que « Les cas avec des caractères aussi tranchés sont assez rares » que cette écume et le liquide ‘aqueux des poumons peuvent se retrouver « dans tous es cas de mort violente par asphyxie, quand l’agonie a “duré longtemps ».
-. Il donne aussi une grande importance à la découverte
ir
d'eau dans l'oreille moyenne » en supposant que la membrane du tympan ne soit pas déchirée ».
Enfin, en 1884, dans une lettre qu’il écrit à Bougier, Hoffmann dit que l’eau et les liquides peuvent pénétrer après la mort jusque dans les plus fines ramifications bronchiques, ainsi que les matières peu volumineuses, et il conclut : « Il n’y a pas de signes absolument sûrs de la mort par submersion, les diagnostics sont toujours portés en considération des situations et de toutes les circonslances ».
En 1877, Bergeron et Montano font un grand nombre d'expériences sur la submersion et sont d'avis que l’écume siégeant dans Lout l’arbre aérien est le signe constant de là mort par submersion, ainsi que l’intensité de la congestion, lPétendue des ecchymoses sous pleurales donnant un aspect tigré différent des ecchymoses ponctuées de la suffocatior. D'autre part, ils admettent aussi l’entrée de l’eau dans l'estomac comme signe pathognomonique.
En 1880, Brouardel et Vibert font paraitre. dans les Annales d'Hygiène, une étude sur la fluidité du sang.
En 188/4, le Professeur Tourdes, de Nancy, fait paraitre une monographie très complète sur la submersion, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences meédicales.
En 1884, Lesser, de Berlin, après deux années d’expériences, déclare se ranger du côté des auteurs qui n’attachent qu’une faible importance aux découvertes d’autopsie trouvant qu'après la mort « l’eau et les matières aqueuses pénètrent avec facilité et en quantité considé-
le —
rable jusque dans le parenchyme pulmonaire » ainsi que dans l'estomac et l'oreille moyenne.
Cette même année, le Docteur Bougier soutient sa thèse inaugurale sur le diagnostic de la mort par submersion. Après une expérimentation très soignée, il trouve que le champignon de mousse a une valeur diagnostique,que l’eau et les malières étrangères pénétrent chez les immergés post mortem, mais celles-ci s’arrêteraient aux Cinquièmes ou sixièmes bronches, le liquide, aux bronches moyennes, par suite de la colonne d’air qui est comprimée, que l’eau ne pénètre que dans l’estomac et l'oreille moyenne des submergés, que la fluidité du sang est très caractéristique de la mort par submersion et que chez les putréfiés, où les signes sont à peu près disparus, on ne peut se livrer qu’à des conjectures. |
A propos de sa thèse, Bougier a fait une enquête sur l’avis des principaux professeurs de médecine légale. D’après les lettres qu’il a reçues, nous voyons qu’à cette époque :
Toscani, de Rome, pense qu’il faut tout un en semble de signes pour avoir un avis. Il ajoute que l’eau et les matières étrangères ne pénètrent pas généralement dans les poumons et l’estomac d’un cadavre immergé.
Lesser, de Berlin, écrit, à ce moment, que la présence de corps étrangers dans les bronches est une preuve de la mort par submersion.
Tourdes, de Nancy, pense que lorsque la mort est récente, le diagnostic n’offreen général aucune difficulté, et qu’il faut une immersion post-mortem assez longue
ire
chez un cadavre, « pour que l’eau aille remplacer l'air dans les petites bronches et dans les cavités du tympan et pour qu’elle s’insinue dans l’æœsophage ».
Le Docteur Morache, de Bordeaux, croit que le liquide peut pénétrer chez le cadavre immergé, mais en moins grande quantité que chez un submergé, et que la production de l’écume est un phénomène uniquement vital, mais qu’il n’y a pas de signes absolus qui permettent d'affirmer que le cadavre a été jeté à l’eau après la mort.
Jaumes, de Montpellier, pense que l’eau pénètre légèrement dans les bronches des cadavres, mais pas dans l’estomac, ni dans l'oreille moyenne, la putréfaction allérant et anéantissant la valeur de tous les signes.
Enfin, le Professeur Lacassagne, de Lyon, insiste particulièrement sur la marche de la putréfaction débutant par la têle, comme une des bases les plus importantes du diagnostic.
En 1888, Paltauf trouve très caractéristique l’æœdème des poumons et décrit le premier les déchirures alvéolaires.
En 1889 Brouardel et Loye font d’intéressantes expériences sur la respiration et la circulation, s'étendant spécialement sur le processus ‘de « décoagulation » du sang.
En 1890, Malvoz, après une étude expérimentale de la pénétration des corpsétrangers dans les poumons, conclut que ces corps ne pénètrent pas en général dans les fines ramifications bronchiques et dans les alvéoles des cadavres immergés; si la trachée est intacte,