OBSERVATIONS
es
se
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre Octobre
Novembre
Décembre
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
37i DEUXIÈME PARTIE
Les pluies n'avaient pas de régularité quant à leur espacement et au mode de leur apparition. Tantôt elles se suivaient pendant plusieurs jours consécutifs; tantôt elles laissaient entre elles des intervalles de deux à neuf jours. Parfois elles étaient précédées d'un temps sombre; parfois elles suivaient un brusque trouble du ciel. Les orages étaient fréquents et ils venaient le plus souvent du nord-est ou du sud-est. Je n'ai pas constaté la cessation de la rosée nocturne, toujours abondante, pendant les mois de moindre pluie.
Je n'ai pas noté d'effets frappants de saison sur telle ou telle essence dans la végétation. Pas de dessèchement simultané. Les arbres se dépouillent successivement suivant leur espèce et les feuilles nouvelles remplacent promptement les anciennes. Les graminées mûrissent, se dessèchent, s'affaisent et pourrissent étouffées par les pousses plus récentes. Ici, pas d'incendie annuel des herbes comme dans le bas-Congo.
L'air est toujours chargé d'humidité. Le sol n'est jamais complètement desséché. Il sutfit de le creuser à un pied de profondeur pour trouver la terre fortement imbibée.
Le bassin du Congo est situé dans la zone des vents alizés du sud-est. Il faut croire à une déviation de ces vents, car celui qui règne chez les Ba-Ngala comme à l'Equateur et plus bas vient plutôt du sud-ouest et rafraîchit l'atmosphère. M. Elisée Reclus constate la même déviation et le même refroidissement sur la côte d'Angola. Mes notes sont insuffisantes pour déterminer s'il y a une période spéciale pour les orages tournants, dits tornados, — dont la tornade du 30 juillet I880 est un type parfait.
Le vent arriva subitement du sud-est avec une vitesse énorme, couvrant le ciel de nuages noirs. Il passa ensuite au sud, puis à l'ouest et enfin au nord. Le cercle était presque complet. Les toitures furent secouées violemment, de nombreux bananiers furent renversés ; dans la forêt, les dégâts furent énormes.
Les mois de janvier et de février sont les plus chauds; la température y est de 34° à 35° centigrades (1). Juin et juillet sont les plus frais et descendent à 30° et même 27°. La température habituelle des autres mois est, vers une heure de l'après-dîner, de 32°. Les nuits
(1 ) J'ai observé parlbis 40" et même H", mais j"ai lieu de croire que le thermomètre était mal placé.
fraîchissent vers trois heures du matin. Je n'ai jamais relevé moins de 21°, et ce minimum est anormal. La nuit, nous avions souvent 27° dans les premières heures, et 24° à 23° vers le matin.
La température de l'eau du Congo se maintient très constante à 26°.
Faute d'instrument, je n'ai aucune donnée sur la pression barométrique.
Les crues du fleuve sont intimement liées aux phénomènes atmosphériques. Il y en a deux par an : une en mai et une en décembre. Le moment où j'ai vu le Congo au plus bas a été le o janvier 1884. Mais, ayant quitté les Ba-Ngala du 9 janvier au 4 mai de la même année, il est très probable que le fleuve a encore baissé en février. En prenant pour zéro le niveau du o janvier, j'ai inscrit les chiffres suivants pour les points les plus hauts et les plus bas :
0'",00 o janvier 1884
2'n,90 4 mai —
O'",4o 10 octobre — 3'",00 5 décembre —
0'",45 9 février 188o
3°^, 45 17 mai —
Sur un vieil arbre (molondo) situé à quelques pas de ma maison, se remarque un ancien niveau d'une crue antérieure atteignant 3^", 95.
Les indigènes prétendent que cette crue exceptionnelle a eu lieu il y a cinq à sept ans.
J'ai profondément regretté de n'avoir pas pu mieux utiliser le séjour que j'ai fait dans le haut-Congo pour recueillir des données scientifiques. Mes loisirs étaient certes minimes, mais il eût été possible de les utiliser pour la botanique, la zoologie, la météorologie, la minéralogie, si je n'avais pas, comme la plupart de mes camarades belges, été dépourvu des moyens nécessaires. Ni instruments soit de précision, soit de dissection, ni camphre, ni savon arsenical, ni alcool, ni sel, — ni même caisses (1) pour emporter des collectionssérieuses. Des livres scientifiques à moi adressés d'Europe, avaient été dérobés dans le bas-fleuve.
Si j'insiste sur ce point, c'est que l'on s'est étonné, surtout en Allemagne, que les voyageurs belges n'aient pas apporté toutes les
(t) Les caisses de provisions et autres étaient désassemblées pour en retirer les clous et pour fournir des planches de sièges, de volets, de tables, d'étagères, etc.
3TG DEUXIKME PARTIE
contributions attendues aux connaissances scientifiques relatives au Congo. Tandis que toutes les expéditions étrangères, allemandes et autres, étaient parfaitement outillées scientifiquement, nous ne l'étions même pas complètement au point de vue matériel de nos conditions d'existence et d'installation. Les officiers belges furent presque toujours réservés pour la politique indigène et pour les travaux matériels des transports et des établissements.
Mon voyage de retour à Léopoldvillc ne présente pas d'incident notable. Le 10 août, 1'^/; avant s'arrêtait à l'Equateur; il en repartait le surlendemain. Le jour suivant, nous campions devant la jolie station de Lokoléla, abandonnée par raison d'économie.
Le lendemain, nous croisions le Peace et nous saluions à son bord M. Grenfell et le lieutenant von François. Cet officier distingué de l'armée allemande était l'un des adjoints du lieutenant Wissmann dans l'expédition que ce dernier avait entreprise pour le compte du roi Léopold II, — de Saint-Paul-de-Loanda au haut-Kassaï. M. Wissmann avait descendu cet important affluent qui, contre toute attente, débouche dans le Congo à K\va-3Iouth, après s'être uni au Sankourou, au Kwango et au M'Fini. M. Wissmann, entraînant à sa suite 250 Balouba et leurs chefs Kalamba et Tchinkenge, avait construit des pirogues et, s'abandonnant au courant du Kassaï, il était arrivé récemment jusqu'à Léopold ville. Cette belle exploration enrichissait singulièrement la géographie du Congo et ajoutait considérablement à la valeur commerciale de ce fleuve.
Le 15 août, nous logeâmes à Bolobo. Quel contraste entre l'établissement d'alors et celui de 1883 ! A la rébellion des chefs indigènes a succédé une soumission complète, et ce résultat est dû non pas à de grandes forces mais à l'ascendant moral du sous-lieutenant d'artillerie Liebrechts qui a su tenir tète à Ibaka avec quelques hommes. Il y eut un moment où il n'avait plus que six soldats.
Une belle maison centrale a été élevée à Bolobo. Un magnifique et immense jardin rend tous les produits du pays et une grande partie des légumes d'Europe. La basse-cour est admirable. La table reçoit journellement de vingt à trente œufs. Le troupeau de chèvres est nombreux et fournit du lait et de la viande en abondance.
L'ordre est parfait dans la station. Bref, attelé à la tâche ingrate de restaurer le prestige moral et de créer la prospérité matérielle de
cette station si longtemps malheureuse, Liebrechts a justifié la haute opinion qu'avait le capitaine Hanssens de ses talents et de son caractère.
A ses qualités de chef, Liebrechts joint le meilleur esprit de confraternité. Il n'a pas manqué une occasion, — sans nous avoir jamais vus, précédenmaent, Vangele et moi — de nous envoyer du tabac, des
Le lieutenant Liebrechts.
publications et tout ce qu'il soupçonnait pouvoir nous être agréable dans ses faibles approvisionnements. Grand fut mon plaisir de passer vingt-quatre heures avec cet aimable compagnon et avec son adjoint, M. Glave, ancien chef de Lokoléla et jeune agent doué d'une rare faculté d'assimilation des mœurs et de l'esprit des nègres.
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En débarquant le 17 au soir à Kwa-Mouth, j'y apprends une nouvelle bien inattendue. Sa Majesté le roi Léopold II a daigné me nonuîier chevalier de son ordre en récompense de mes services africains. Cette distinction si enviée m'émeut profondément. La haute bienveillance dont je suis l'objet me démontre que mes modestes travaux ont été suivis de loin.
Le 19 août, je revois le Stanley-Pool et Léopoldville, celle-ci bien agrandie. Le colonel de W inton m'accueille avec la plus grande bonté ; sauf le brave Vandenplas, je ne connais personne parmi les membres actuels, très nombreux, de la station. Quel contraste entre la table d'ici où le vin est versé à discrétion et nos modestes repas du haut-fleuve ! Plusieurs des personnages de l'endroit jettent des regards quelque peu dédaigneux sur mon équipement râpé et rapiécé (1). L'ère du faux-col va-t-elle commencer?
J'ai de l'humeur contre tout ce monde à la figure florissante qui ne paraît pas se douter de nos misères de là-bas ; et aux questions relatives aux cannibales, je réponds en demandant des nouvelles des vins, liqueurs, médicaments, vêtements, outils, marchandises à moi destinés et qui ont été détournés ou égarés dans la région des cataractes. Ces réminiscences sont trouvées de mauvais goût.
Le docteur Leslie, le premier médecin de l'expédition que je vois depuis trois ans, me fait donner un peu de vin de Bordeaux à titre de réconfort. Je lie amitié avec les membres de l'expédition Wissmann. Mais il n'y a pas de temps à perdre si je veux prendre la malle portugaise du mois suivant.
Le 21 , je suis en route sur la rive méridionale avec mes anciens compagnons noirs de la garnison des Ba-Ngala.
J'entre à Manyanga-sud — un chimbèque et un magasin, — le 27 août ; l'aimable comte de Pourtalès et M. Bonhndorff m'y traitent de leur mieux. J'en repars le 28, toujours par la rive sud, pour Loukoungou, où je suis parfaitement reçu le lendemain par M3I. Inghanm et "Ward.
C'est égal, les mœurs des stations se sont transformées. Jadis, quand une caravane d'un Européen était signalée au loin, le chef blanc du lieu se faisait un plaisir d'aller à sa rencontre. Aujour-
(1) VaDgde aussi avait été trouvé i eu déceinment vêtu à son passage en mais.
d'hiii, il nous attend dans son « salon ». Mes Zanzibarites me disent méchamment, quand nous entrons dans un poste qui paraît désert : « Maître, ils sont trop occupés à caresser vos boîtes de conserves pom' avoir le temps de venir au devant de vous. «
Ce reproche n'est pas fondé à Loukoungou, car cette station est remarquablement tenue et son chef apporte la plus grande régularité dans l'entreposage et les transports dont il est chargé. Ancien missionnaire, M. Inghanm exerce une influence bienfaisante dans la contrée, conjointement avec sa charmante épouse, la première femme blanche qui ait pénétré aussi loin sur le Congo. Je suis témoin pendant le jour de repos que je prends chez lui de son heureuse intervention dans un jugement par le poison. Il arrache la victime à une mort certaine.
Nous entamons le 31 août la dernière section de notre route par terre. Le o septembre, nous entrons dans la station de M'Pozo, en face de Vivi.
Le pays, entre ce point et Manyanga-sud, est facile à caractériser. Entre la vallée profonde de la M'Pioka et le Kwilou, les mouvements du sol sont relativement adoucis et l'aspect est le même qu'en amont, de chez Loutété àl'Inkissi; mais en allant vers le sud, le Kwilou franchi, la contrée devient rocailleuse ; les pentes sont plus raides; les vallées se resserrent.
Sur la Loufou a été jeté un pont en fils de fer, malheureusement trop bas pour dépasser les hautes eaux. Une ascension très pénible de deux cents mètres à travers une grande forêt, suivie d'une descente rapide, conduit à la gorge de la Bembési. Restent encore pour atteindre la forte échancrure du M'Pozo, deux montées fatigantes, celle de Congo di Lemba (trois cents mètres) et celle de Palaballa. Le chemin de ce dernier village à la station de M'Pozo, dégringole littéralement de cinq cent cinquante mètres de hauteur sur le fleuve. Nous sommes frappés, après trois ans d'absence dans la partie supérieure si large du Congo, de voir ici le fleuve se précipiter de l'énorme cataracte de Yellala dans un défilé de quatre cents mètres seulement^
Du haut du plateau de Palaballa, nous apercevons le nouveau Vivi avec ses énormes pavillons blancs.
C'est à trois heures de l'après-midi, après une marche de neuf heures, interrompue seulement par de très courtes haltes, que nous foulons la terrasse du petit poste de M'Pozo. Nous avons faim et soif ;
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nous sommes rendus. Pas une âme à voir ; je m'assieds sur un de mes colis en plein soleil. Après un gros tapage fait par mes hommes, un Kabinda sort en bâillant de la cuisine et monte au pavillon des Européens. Il en sort dix minutes après un commis nègre bien chaussé, vêtu d'un complet très élégant et d'un linge éblouissant de blancheur. Du haut de la vérandah qu'il ne quitte pas, de peur, sans doute, de hâler son teint frais, il nous regarde avec indifférence, tout en s'éventant avec un léger mouchoir.
Après m'être suffisamment rassasié du spectacle de ce faquin qui joue le seigneur d'importance en l'absence de son maître le chef de la station, je lui fais signe d'approcher. Il me répond par un petit geste d'une négligence très distinguée. Évidemment, lui aussi me trouve mal vêtu.
Je l'apostrophe successivement dans le dialecte des Zanzibarites, des Kabinda, des Haoussa, des Ba-Congo, et finalement en anglais. Oh! alors, monsieur daigne me répliquer :
— Idont know you. (Je ne vous connais pas.)
— Vous connaissez au moins mon drapeau, dear Sii\ et à moins que ce poste n'appartienne à une mission étrangère, vous êtes tenu de m'y recevoir comme un de vos chefs. Je meurs de faim, votre devoir est de m'ouvrir la salle de réception et de m'y restaurer.
Le brillant commis sourit. Mes vieux compagnons sont visiblement impatientés, et c'est avec enthousiasme qu'ils reçoivent l'ordre attendu :
— Enlevez le beau jeune homme!
Leurs bras encore assez vigoureux pour secouer ce gommeux Africain, l'ont promptement déposé devant moi; le bonhomme, tout confus, s'empresse de me faire servir un morceau de bœuf famé, un peu de pain et un verre d'eau.
Quand le lieutenant suédois Moeller qui commande ce lieu de dépôt revient le soir de Vivi, il tance vertement son. employé. A ma grande satisfaction, il m'annonce que son canot sera à ma disposition le lendemain pour traverser le fleuve.
Le 6 septembre, à huit heures du matin, j'entre dans le Nouveau- Vivi ; la vieille station a disparu. Deux l'angées de superbes chalets en bois amenés d'Europe forment dans la iiouyelle une large avenue. Quelle luxe, quel confort pour mes yeux déshabitués de la vue des habitations européennes! Rideaux, tapis, meubles d'Europe, linge
blanc, vaisselle en porcelaine, vêtements neufs ! J'entre comme une bombe dans la salle à manger, où déjeune au milieu d'Européens inconnus... Devinez qui? Mon ami Vangele déjà revenu d'Europe, et ayant obtenu, lui aussi, la croix d'honneur le même jour que moi. Je reconnais encore le lieutenant L. VandeVelde. Étreintes cordiales; présentation à tous les autres agents dont beaucoup sont novices et pleins de bonne volonté. Au bout de six jours de bavardage, d'échange d'idées et de projets, la Belgique, le même steamer qui me monta ici en 4882, me conduit à Banana, après un court arrêt à Boma. A quatre heures du soir, je sens l'air salin. A cinq heures et demie, j'aperçois au loin l'immense échappée de la mer à l'embouchure du fleuve.
Est-ce un rêve? Trois ans déjà écoulés et me voici revenu devant cet océan que j'avais bien des chances de ne pas revoir.
Quand le 17 septembre, à onze heures du matin, le steamer Portugal qui m'emportait vers l'Europe sortit du grand fleuve si attirant pour moi autrefois, je lui jetai un long regard d'adieu.
Non, le bonheur n'est pas dans la contemplation de la tâche achevée; il est dans les angoisses de la lutte, dans ses lendemains incertains, dans ses déceptions, dans ses recommencements. Je suis là sur le pont du navire, les yeux fixés sur le plancher, l'esprit vide et flottant comme celui d'un homme assistant à la fm d'une longue liaison qui eût ses orages mais aussi ses captivantes voluptés. Mes idées errent paresseusement d'une réflexion à l'autre dans une douce mélancolie. Tout à coup je lève le regard ; le Congo a disparu : le charme est rompu. Je ne songe plus qu'à mes vieux parents qui m'attendent avec impatience.
Avec moi fait route M. Alfred Butes, le jeune secrétaire du colonel de Winton. Sa société aimable contribue à me rendre le voyage agréable.
Qu'importe, désormais, la route suivie? Notre bateau appartient à la compagnie de Lisbonne ; il évite la côte et passe par les îles portugaises. San-Thomé, admirable terre d'exploitation, mériterait trente pages d'études sommaires.
Les îles du Prince (Principe) de Boulama, de Santiago et de Saint- Vincent sont aussi très intéressantes. Mais ce volume n'a pas en vue leur description. Nous changeons de steamer à Madère le 14 octobre et nous montons à bord de YHévélins, de la ligne Lamport et Holt, qui se rend du Brésil à Anvers.
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■■ Lo 21, j'aborde devant Anvers transformé, contre ses quais nouveaux.
Salut à la terre natale !
Non, non, plus de voyages, plus d'aventures; il fait si bon sous le toit paternel !
Je m'imaginais rentrer en Belgi(|ue aussi modestement, aussi silencieusement que j'en étais parti. Mais l'œuvre du Congo, jadis méprisée et raillée, était à l'ordre du jour dans la presse et dans les réunions. L'opinion publique manifestait la plus vive sympathie pour ceux de ses pionniers en Afrique qui, ouvriers de la première heure, avaient connu les difficultés, les incertitudes et les privations du début.
J'appris les difficultés de l'interview des journalistes et la griserie des réceptions et des acclamations dans les conférences.
Admis à l'honneur d'une audience de Sa Majesté le Roi et pris d'une fièvre nouvelle pour sa grandiose entreprise, j'offris de retourner en Afrique aussitôt que j'aurais repris des forces.
Je passai cinq mois en Europe, mais ce ne fut pas le temps de repos qui m'était nécessaire. Conférences de propagande; études variées, rapports, projets de budget; visites d'écrivains, de commerçants, d'industriels, de géographes: toutes ces occupations me fatiguèrent au point que, lorsque je repris la mer, le 23 mars 1886, avec le sous-lieutenant Dhanis, je poussai un soupir de soulagement et je m'écriai : « Enfin, je pourrai me reposer pendant le mois de la traversée. »
Je crois fastidieux de raconter ce nouveau voyage, qui fut abrégé par un concours de circonstances fatales. Parfaitement outillé pour les observations, je comptais recueillir une foule de données intéressantes. Mon commandement était étendu, mon personnel suffisant ; un petit vapeur était mis à ma disposition d'une manière permanente chez les Ba-Ngala.
Hélas ! J'avais dit trop de bien du climat du haut-Congo. Le fleuve eut l'ingratitude des hommes ; il me paya en m'accablant par une grave maladie.
Les chapitres qui suivent seront exclusivement consacrés aux événements des Stanley-Falls.
En mai 1886, j'avais rencontré à Vivi M. Van Kerckhoven qui retournait en Europe. Il m'avait fait part de l'union qu'il avait rétablie
entre Iboko et Mabali et du développement pris par le recrutement des volontaires ba-ngala. Cent vingt-six d'entre eux étaient à notre service, loin de leur pays. Rentré à Bruxelles, M. Van Kerckhoven était décoré — et il s'empressait de m'écrire une lettre qui l'honore, commençant par ces mots :
« Vous avez semé, j'ai récolté ».
Le 3 août 1886, je fis dans Iboko une rentrée vraiment triomphale dont furent témoins mes adjoints Baert, Dhanis, Vandenplas, ainsi que les délégués étrangers : le baron von Schwerin pour la Suède et les capitaines Bove et Fabrello pour l'Italie.
Je dois remercier ici ces visiteurs éminents ainsi que MM. Grenfell, Lenz et Baumann, de tout le bien qu'ils ont bien voulu dire de mon œuvre (1).
(1 ) Le capitaine Bove est mort depuis que ces lignes ont été éci'ites.