TROUPEAUX
Tous les efforts doivent tendre à faire du district des Bangala un centre d'approvisionnement et de ravitaillement. L'État y trouvera des avantages considérables, tant au point de vue économique qu'au point de vue politique.
Pour faire des Bangala un centre d'apprivisionnement, il importe de donner une grande extension aux travaux agricoles. Dès aujourd'hui, la chose est en bonne voie.
Lors de mon arrivée aux Bangala, j'avais en ma possession environ une livre de riz que m'avait remise le chef de la station de Kinchassa. Je fis choix d'un champ qui me parut se prêter le mieux à la culture du riz et je l'ensemençai.
Depuis le moment des semailles jusqu'au moment de la récolte, cette culture fut l'objet de soins constants. Le résultat nous dédommagea amplement de nos peines; au bout de cinq mois, nous obtînmes une récolte de cent cinquante livres. Encouragé par ce premier succès, je fis défricher un nouveau terrain, d'une étendue proportionnée à la quantité de semence dont je disposais, et si, comme on est en droit de l'espérer, le rendement des nouvelles cultures n'est pas trop inférieur à celui des premières, la station sera, dans quelques mois, en possession de quinze mille livres de riz.
Nous ne nous sommes pas bornés à la culture du riz. Nous avons obtenu, à la station, des haricots semblables aux haricots de Boma, c'est-à-dire d'excellente qualité. La récolte se fait après deux mois et demi ou trois mois ; le rendement est supérieur à celui du riz.
Les premières récoltes donnent une idée des grandes ressources
que la station possédera un jour par le développement graduel des travaux agricoles.
Il est vrai que ces travaux demandent beaucoup de soin, beaucoup d'attention, un personnel relativement nombreux; mais celui-ci se trouve aisément et à bas prix, et les résultats compenseront toujours largement les peines que l'on se donnera.
Je pense qu'après la nouvelle et grande récolte de riz et de haricots, on pourrait, dans ce but, faire des distributions de semences aux indigènes.
Il n'y a pas, dans la région des Bangala, de périodes régulières, de pluies et de sécheresse comme dans le bas-Congo. On peut semer et planter à toute époque de l'année ; la terre y est d'ailleurs d'une extrême fertilité, et les jardins nous ont toujours fourni des petits pois, des haricots, des choux, des radis, des oignons, de la salade, des tomates, des citrouilles, etc.
Par suite du défaut d'espace, les jardins de l'ancienne station avaient de petites proportions ; ceux de la nouvelle station ont une étendue beaucoup plus considérable, et l'on pourra donner une large extension à la culture potagère.
A mon départ, j'ai laissé à la station septante-huit chèvres et trois moutons. Il y a là les éléments pour la formation d'un grand troupeau. Cela est d'autant plus facile qu'aujourd'hui les indigènes n'osent plus toucher à ce qui appartient au blanc et que, par conséquent, on peut laisser les troupeaux pâturer aux environs de la station, où ils se trouvent dans les champs une nourriture excellente. Il sera cependant bon, pendant quelque temps encore, de ne point se départir complètement de la surveillance que je faisais exercer sur les chèvres.
Si les travaux agricoles sont continués et poussés dans le sens que j'ai indiqué, il n'est pas douteux que la station ne devienne, dans un tem}!)S très rapproché, un centre de ravitaillement et d'approvisionnement non seulement pour le district, mais aussi pour les steamers de passage et même pour Stanley-Pool.
Lient' Van Kerckhoven.
(Note de Vauteur. — A mon retour chez les Ba-Ngala, en août 188G, je trouvai les constructions en pisé de la nouvelle station inachevées.
M. Baert fut très embarrassé pour nous loger, MM. Dhanis, Werner et moi. Cela tenait à la grande étendue des travaux entrepris par M. Van Kerckhoven. Quelques mois après mon dernier départ, cet officier a repris une deuxième fois mon commandement. Actuellement, la garnison fait tous les mois des milliers de briques cuites, et est enfin en voie d'élever des murailles durables. Une première maison en briques a été inaugurée en décembre 1887.)