CHAPITRE
Sous le nom de nœviis , on désigne habituellement une altération congénitale de la couleur ou de la texture de la peau , altération ordinairement permanente et limitée aune partie du corps. Cette définition, empruntée au Traité des maladies de la peau de M. Rayer (1) nous paraît être la plus simple et la meilleure de toutes celles qui ont été faites jusqu’à ce jour sur le sujet qui nous occupe.
Les nœn diffèrent beaucoup entre eux , et c’est principalement en * étudiant leur structure qu’on peut espérer de les classer d’une manière satisfaisante. Leur anatomie a démontré que les uns résultaient simplement d’un vice de production congénital de la matière pigmentaire, tandis que les autres étaient constitues soit par une augmentation insolite de nombre ou de volume des vaisseaux capillaires, des artérioles ou des veinules du tégument externe, soit par une
(1) P. Rayer, Traité théorique et pratique' des maladies de la peau, t. 3, p. 194.
hypertrophie des tissus cutanés et sous-cutanés, par une extravasation sanguine , etc.
Il résulte de ces connaissances anatomiques, dont nous donnerons plusieurs exemples , une division naturelle et commode des nœn en ; l"* nœi^i sans hypertrophie, 2® nœoi avec hypertrophie.
Les premiers ne renferment que les nœoi pigmentaires; les seconds, ouu næoi aoec hypertrophie , se sous-divisent en ; 1® nœoi non vasculaires , et 2° nœoi vasculaires. Cette classification n’est pas irréprochable; car les næoi hypertrophiques sont parfois colorés par du pigment, et d’autre part, un nœvus qui a d’abord été vasculaire peut très-bien plus tard devenir un simple nævus par hypertrophie des tissus sans trame vasculaire anormale bien marquée. Enfin, tout en réservant le nom de næous à une altération cutanée congénitale , il ne faut point nous dissimuler que parfois de trèspetites tumeurs vasculaires cutanées apparaissent après la naissance, que des taches colorées vineuses peuvent se montrer dans les premiers mois ou les premières années de l’existence d’un enfant. Plus tard , si on manque de détails précis sur leur apparition , il sera impossible de les distinguer, de tumeurs ou de taches absolument pareilles et réellement congénitales. N’attachons donc aux mots que l’importance qu’ils méritent; dans une classification, ne recherchons qu’un moyen aisé, commode, pour arriver à connaître les objets de notre étude, sans croire à une rigueur quelle ne saurait avoir. Disons par avance que l’élément fondamental , prédominant , nous servira pour désigner un nævus et pour le placer dans une des catégories que nous avons indiquées. Le nœous est-il peu , très , ou extrêmement vasculaire, qu’il soit peu ou très-coloré, il n’en sera pas moins un nœous où les vaisseaux , c’est-à-dire où l’élément vasculaire prédominera. Qu’un simple nœous hypertrophique , un signe (pour nous servir de l’expression vulgaire) , soit coloré ou non , qu’il s’y développe ou non des poils , l’élément hypertrophique sera la fibre de tissu cellulaire, et non les vaisseaux suffisants pour nourrir la tumeur sans être plus nombreux que dans un tissu nor-
mal pareil à celui-ci; ce nævus sera donc un nœms hypertrophique. Enfin, pour qu’un nœ^’us soit réellement non hypertrophique et pigmentaire, il faudra qu’il soit constitué uniquement par une coloration anormale, pileuse ou non, sans élévation bien sensible au-dessus de la peau voisine. La quantité de la substance pigmentaire, et partant la coloration claire ou foncée, seront en rapport avec l’abondance de l’élément fondamental , lé pigment.
Notre manière de comprendre les divers nœvi nous paraît la seule admissible; elle est en rapport avec la manière actuelle d’envisager les tissus et les organes d’après leur structure intime , elle est en rapport avec les progrès que l’anatomie générale a fait faire au diagnostic des tumeurs. En effet , qu’une hypertrophie glandulaire ne renferme que du tissu normal , et la tumeur sera simplement hypertrophique ; quelle contienne , même en petite quantité, des noyaux ou des cellules caractéristiques, soit de l’épithélium, du cancer ou bien des corpuscules tuberculeux , le chirurgien n’hésitera point à la regarder comme étant de nature épithéliale , cancéreuse ou tuberculeuse , sans tenir un très-grand compte du nombre des éléments hétérogènes et des autres éléments surajoutés. L’observation clinique a démontré , en effet , que les premiers ont une tendance continuelle à s’augmenter, à s’accroître sans cesse, et ils sont dans la tumeur l’élément fondamental.