‹ Sur le nævus en général, et sur une modification particulière et non décrite, observée dans un nævus de la paupière supérieureChapitre 8 sur 14 · Nœvi saillants veineux · texte numérisé non relu

Nœvi saillants veineux

Par opposition avec les nœvi artériels, les tumeurs qui vont nous occuper contiennent du sang noir, et sont formées de veinules dilatées ; ce sont bien réellement des nœvi veineux.

Le siège ordinaire des nœ^^i veineux est sous la peau ou les muqueuses , dans le tissu cellulaire sous-tégumentaire ; nous les retrouvons toujours à la tête , sur les parois buccales , sur les lèvres , les joues, la langue, les gencives; on les a vus sur le pharynx, l’isthme du gosier, la vulve , le méat urinaire , etc. ; ils sont très-

rares sur le tronc et les membres. Quand ces nœvi occupent les lèvres, on les voit envahir la muqueuse.

Leur dimension est très- variée , mais moins cependant que celle des nœvl arlériels; car les nœi^i veineux ne tendent pas à s’accroître après une certaine époque. Généralement petites ou médiocres, ces tumeurs peuvent cependant acquérir un volume considérable. Boyer rapporte, d’après Lamorier, l’histoire d’un pèlerin espagnol qui avait sur le sommet de la tête trois petites tumeurs arrondies, et en outre une tumeur érectile veineuse^ occupant toute l’extrémité supérieure droite, depuis le bout des doigts jusqu’au thorax et à l’omoplate. 11 mentionne encore une fille de vingt ans qu’il avait observée lui-même; elle avait une tumeur veineuse qui occupait les deux tiers de la circonférence du bras , dans la moitié inférieure de ce membre (Boyer, 5® édit., t. 2, p. 486). Le Watson a vu, sur un Écossais âgé de cinquante-cinq ans, une tumeur érectile sous-cutanée, aplatie, irrégulière à sa surface, couvrant un pied carré de la région lombaire, du dos et du flanc, du côté droit, et surmontée ' par une tache pourpre noirâtre d’environ 2 pouces carrés.

On a trouvé encore des tumeurs érectiles veineuses congénitales s’étendant jusque dans les muscles et même les os ; l’aspect du tissu morbide est celui de la rate des grands animaux ou du placenta {Compend. de chirurgie, t. 1, p.631, et p. 55 de cette thèse, dans le travail de M. Coote).

Les nœoi veineux ont une forme mal circonscrite, diffuse; elles sont larges, aplaties, rarement bombées; elles offrent une coloration foncée, violette, bleuâtre, pourprée ou noirâtre. La peau ou la muqueuse placée au-dessus est amincie, adhérente, et présente une teinte bleuâtre, sans jamais avoir cette coloration rose ou rougecerise des tumeurs artérielles; elles ont souvent des reliefs, des bqsselures , formés par des veines dilatées ou par les vaisseaux noueux qui les constituent. L’aspect irrégulier, bosselé, et la couleur bleuâtre foncée et marbrée de ces ncei^i, sont très-caractéristiques.

Congénitales et stationnaires, ou bien croissant d’abord avec ra-

pidité et puis s’arrêtant dans leur développement, les nœvi veineux ou les tumeurs veineuses qui leur succèdent présentent des variations de volume en rapport avec la stase du sang veineux ; elles se gonllent par la position imprimée à la tumeur, par les grands efforts d inspiration , par la compression exercée sur un gros vaisseau afférent ; elles se rident , s’affaissent , quand la main les presse directement ou quand on s’oppose à la marche du sang veineux dans une veine afférente.

Quand on presse avec les doigts un nasms veineux , une tumeur érectile veineuse, on sent qu’elle est souple, molle, sans élasticité, sans battement distinct ; qu’elle présente une fluctuation obscure , et qu’il est possible de chasser le sang qu’elle renferme d’un point de la tumeur dans un autre point éloigné.

^ On a observé beaucoup d’exemples de tumeurs veineuses pédiculees, rétrécies à leur base. Une femme portait appendue à la lèvre supérieure une tumeur grosse comme un œuf de dinde , ayant un pédicule de 1 centimètre d’épaisseur sur 2 centimètres de largeur. Un jeune homme présentait une tumeur, allongée et renflée dans son milieu , fixée au niveau de la pommette par l’extrémité supérieure , tandis que l’extrémité inférieure pendait plus bas que le rebord de la mâchoire. Ces deux malades avaient sur le visage d’autres tumeurs veineuses. {Compend. de cliirurg., t. 1 , p. 631.')

Les tumeurs veineuses, qiie nous appelons nœvi saillants veineux. sont enveloppées ordinairement d’une couche celluleuse périphérique plus marquée que dans les nævi artériels. Nous rapportons la description, donnée par M. le professeur Nélaton, d’une tumeur siégeant à la lèvre inférieure. La masse était formée par des conduits d apparence veineuse de 1 millimètre de diamètre. Chaque conduit, dépourvu de valvules, présentait des ouvertures latérales qui s’ouvraient dans d’autres conduits. Les parois en étaient lisses, extrêmement résistantes, comme fibreuses; une injection poussée par un point quelconque de la tumeur refluait par toute la surface de la section.

Examinées au microscope, ces tumeurs sont composées de veinules déjà visibles à l’œil nu et faisant suite aux capillaires proprement dits. Les tuniques veineuses sont hypertrophiées, surtout celle à fibres circulaires ou de la membrane élastique fibreuse et musculaire , et l’adventice formée de fibres du tissu cellulaire , ou tunique celluleuse élastique (Verneuil, thèse de concours pour l’agrégation, p. 96 et 99). La tunique formée de fibres longitudinales, et donnant lieu en grande partie aux valvules, s’hypertrophie bien moins. Enfin ces veinules peuvent être dilatées , flexueuses , bosselées, avec des cæcums latéraux ; le réseau normal anastomotique s’est dilaté , mais les anastomoses sont conservées , parfois dilatées en chapelet.

Il peut se former des caillots dans les bosselures veineuses, et parfois, quand ces caillots se pénètrent de substances calcaires , on trouve de véritables pklébolitlies dans les cæcums , dans les bosselures.

Une particularité des nœ^i vasculaires susceptibles de se gonfler lorsque la circulation s’active , et dont M, Robin fait connaître la véritable nature , est la suivante : il existe alors une communication accidentelle d’un ou de plusieurs vaisseaux avec des cavités où le sang s’épanche entre les faisceaux du tissu cellulaire périphérique. On trouve à la fois de^ perforations veineuses et artérielles par où le sang s’est épanché; c’est ce que démontre l’injection par les artères et par les veines, et par l’examen microscopique. Ces tumeurs sont donc caractérisées , par communication de vaisseaux artériels ou veineux , avec les interstices du tissu cellulaire environnant. Ces interstices ne sont pas une dilatation des vaisseaux , mais bien une cavité. communiquant avec l’intérieur du vaisseau par une rupture des parois ; le sang peut s’y coaguler ou y rester à l’état fluide.

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