LES PROVINCES BIOGÉOGRAPHIQUES DE L'ASIE CENTRALE
Considérée encore comme insuffisamment connue, l'Asie Centrale est souvent passée sous silence dans les analyses biogéographiques. A part un article de Wilkins sur les Cicindèles touraniennes étudiant la distribution de ces insectes dans les Turkestan Russe et Chinois, et aboutissant surtout à séparer la Dzoungarie des déserts du Turkestan Russe et du Taklamakan, l'Asie Centrale figure dans les synthèses biogéographiques de Wallace, dans son ouvrage classique paru en 1876, essentiellement basé sur les distributions des vertébrés supérieurs (Mammifères et Oiseaux), et le travail de Holdaus, professeur d’entomologie à l'Université de Vienne, sur la distribution géographique des Coléoptères. Les résultats de ces travaux sont exprimés par deux cartes où se manifestent pour l’Asie Centrale des désaccords importants :
1) Par une frontière Nord-Sud, passant sensiblement selon l’Oural, de l'Océan Glacial Arctique à la Caspienne, Wallace a séparé la Sibérie de l’Europe tempérée. Cette frontière ne figure pas sur les cartes d'Holdaus. Elle rend mal compte de la large extension d’espèces communes jusqu’à la proportion de 50 °/, dans les listes de faunistiques de ces deux régions, ainsi que la communauté de la plupart des genres sans oublier la tendance constante à des échanges et à des migrations Est-Ouest ou Ouest-Est entre la Sibérie et l'Europe moyenne. Il ne peut s'agir là que d'une frontière secondaire entre deux régions dont la continuité est au contraire la caractéristique dominante.
9) Par contre, Wallace réunit en bloc commun et continu, la Sibérie, les deux Turkestan, la Mongolie et le Thibet qu'il sépare de la Chine du Nord. Holdaus au contraire sépare très nettement la Sibérie de l'Asie Centrale reconnue par lui comme province distincte de l'ensemble paléaretique sous le nom de province Turemène comprenant essentiellement la région Aralo-Caspienne, le Turkestan Chinois, la Mongolie et le Thibet. Entre la Chine du Nord et cette région, sa frontière suit sensiblement celle de Wallace et rassemble comme unité n° 4 de l’ensemble paléarctique, la Corée, la Mandchourie et la Chine du Nord comprenant les bassins inférieurs et moyens du Hoang Ho et du Yang Tsé Kiang (Fleuve Jaune et Fleuve Bleu) séparés de la Chine du Sud à faune subtropicale intégrée aux régions Indo-Malaises.
L'accord de Wallace et d'Holdaus est complet pour la région n° 2, sous-région méditerranéenne de Wallace, comprenant le bassin actuel de la Méditerranée étendu à l'Est jusqu'au plateau Italien et à l'Afghanistan.
La carte d'Holdaus rend mieux compte de l’allure des peuplements de l'Asie Centrale qui, à l'époque où Wallace publiait sa synthèse encore inattaquable dans tous ses éléments essentiels, n’était pas encore connue.
Depuis le dépôt de ce manuscrit, le savant et explorateur russe, M. André Semenow Tian Chanskyi a publié à l’Académie des Sciences de l'U. R.S. S. un très important mémoire sur ces questions, intitulé : « Les limites et les subdivisions zoogéographiques de la région paléarctique pour les animaux terrestres, basés sur la distribution géographique des insectes coléoptères. »
Le travail de Semenow, reprenant les travaux de Wallace et du professeur Holdaus, reconnait essentiellement les divisions suivantes :
Regnum holarticum.
Regio palæarctica.
I. — Subreqio europaeo-sibirica. S. boreurasiatica. 1. — zona seu provincia artica ou bande des toundras, 2. — zonas. provincia laigae s. silvarum borealium. 3. — 30na S. provincia nemorum.