TU
noires
2) des oppositions qui sont elles aussi de deux ordres : oppositions climatiques entre la zone méditerranéenne et la zone paléarctique en Europe, entre la Chine du Nord et la Chine du Sud. La frontière bio-
géographique entre l'Iran et le Turkestan Russe semble bien ressortir de ce type d'opposition.
3) À ces oppositions de grandes zones climatiques, la biogéographie oppose, sur une zone de continuité géographique et climatique telle que l'ensemble mésogéen de l'Ancien Monde des continuités particulières dues à l’histoire paléogéographique diverse de ces contrées.
C'est ainsi que l’histoire du bassin méditerranéen porte actuellement encore la trace historique de la formation des grands plissements alpins et de la paléogéographie du milieu et de la fin de l’ère tertiaire (continents egéens et tyrrhéniens) dont les continuités biogéographiques ont survécu à la grande distension pontienne.
L’Asie Centrale, de même, se manifeste comme une région de peuplement continental ancien, caractère qu'elle a conservé à travers toute la durée des temps secondaires, tertiaires et quaternaires Jusqu'à nos jours, la mer ayant évacué la Mongolie et le Turkestan Chinois depuis la fin du Jurassique où elle n'était alors sur la Sérinde d’Argand qu’un bras de mer de peu d'importance. L'histoire de l'Asie Centrale est celle d’un continent permanent depuis le Permo-Trias et les grands dépôts houillers qui font de la Chine comme un bloc de charbon et une réserve immense pour l’industrie humaine. C'est l'existence de cette ancienneté continentale dans l’histoire de la vie sur l'Asie Centrale qui a fait apparaître cette région comme un des centres des peuplements continentaux de l'Hémisphère Nord et la mère des faunes de l'Ancien Monde,
Il y a doncen biogéographie à tenir compte de considérations de deux sortes :
1) Des considéralions géographiques et climatiques qui rassemblent en grandes régions les principales provinces d'un ensemble. Ce sont celles qui nous sont données à l'époque actuelle, que nous pouvons constater de visu, sur lesquelles jouent les catalogues et les études de statistiques, floristiques et faunistiques.
2) Des interprétations qui tiennent à l'histoire géologique de ces contrées telles qu'elles nous proviennent des disciplines géologiques : la stratigraphie, la tectonique, la paléogéographie et la paléoclimatique, celle-e1 donnée surtout pour mémoire tant elle est insuflisamment connue au point de vue de la distribution des faunes et des flores anciennes, en dehors des considérations générales sur les époques glaciaires et interglaciares ou la
Tree
présence ancienne de faunes tropicales sur l'Europe. Nous en sommes
encore sur ces questions dans le domaiïre des généralités où la paléonto-
logie décide presque seule.
Dans ces conditions, l'analyse biogéographique d'une région et sa position dans la biogéographie générale du globe repose sur les considérations suivantes :
1) Les données géographiques actuelles : chaînes de montagnes, déserts, bassins fermés, bassins fluviaux, leur isolement ou leur continuité, la flore et la faune qui les peuplent.
9) La climatologie actuelle expliquant la présence ou l'absence de tel groupe en fonction de l'æcologie.
3) Les continuités ou les discontinuités passées expliquant les aires de répartition sur les ensembles géographiques et climatiques actuels : la continuité par exemple entre l'Amérique du Nord et l'Eurasie, l’opposition au contraire entre les deux Amériques, les contrastes de peuplements entre les faunes Indo-Malaises et Australiennes, le morcellement du continent de Gondwana et l'isolement des régions malgaches ou néozélandaises pour ne parler que de faits majeurs.
Dans ces conditions, l'analyse de l’Asie Centrale est malheureusement une des plus compliquées qui soit du fait :
a) de l’ancienneté de l'histoire continentale de cette région ;
b) de sa continuité avec les régions voisines qui l'entourent de toutes parts, et la précarité des frontières faisant de cette région à la fois un carrefour et un centre d'émission, véritable clef de voûte des peuplements de l’Ancien Monde ;
c) de son insularité actuelle, séparée des régions qui l'entourent par des barrières climatiques ou orographiques actuellement presqué absolues, quoique de façon assurée elles ne l’aient pas toujours été, ce qui fait que les auteurs, suivant le groupe étudié, ou suivant l'axe de leurs études et presque leurs tempéraments, sont presque toujours tentés soit de les morceler à l’extrême, soit au contraire de les réunir en ensemble massifs démesurément étendus, ou de les rejoindre tantôt à telle ou telle des unités voisines, ce qui ne fait qu'ajouter à la confusion.
Sans prétendre donner de ces contrées une analyse complète et définitive, ambition interdite et impossible en tous points, il ne peut s’agir ici que de dégager les lignes principales et tenter d'apporter des vues générales sur la place à donner aux peuplements d'Asie Centrale dans les régions qui les entourent, quitte à tenter d'entrer, comme nous l'avons fait, plus dans le détail des régions que nous avons pu parcourir telles qu'elles nous sont apparues à notre passage.
ah de 4
EN he
Les faits les plus importants des peuplements actuels de l'Asie Centrale nous paraissent être les suivants :
À) Région actuellement isolée.
B) Région située dans la région tempérée sèche où le climat continental aggravé a été poussé jusqu'à la dégradation désertique.
De même que la barrière des chaînes du Thibet et le mur des pics glacés de l'Himalaya et du Karakoram séparent de façon infranchissable la flore et la faune tropicale de l’Inde de celles des déserts de Mongolie et du Turkestan Chinois, de même les Massifs du Pamir et des Tian Chan isolent vers l'Ouest les régions de la Sérinde de celles du Turkestan Russe, isolement orographique ancien que la faunistique a sanctionné.
De même l’arc complet des plissements alpins autour des bassins et des plateaux mongols tend à séparer, encore que de manière beaucoup moins absolue, les steppes de la Caspienne et les grands bassins fluviaux boisés de la Sibérie, de la pénéplaine Mongole isolée derrière les plissements des Monts Semirietche, de l’Altaï Russe, des Monts Alexandre et des Chaînes de l’Amour.
A l'Est, l’arête montagneuse alpine et boisée du grand Khingan se double d'une frontière climatique entre la région sino-mandchoue d'influence maritime et pacifique et les bassins fermés de l'intérieur à tendance continentale aggravée (bassins déserliques du Gobi) au Sud-Est, ce sont également ces oppositions entre climats maritimes et continentaux qui séparent actuellement les bassins fluviaux inférieurs et moyens du Yang Tsé Kiang et du Hoang Ho, des régions désertiques de l’Ordos et du Thibet nord oriental, où s'affrontent les flores et les faunes orientales remontant les vallées de ces fleuves aux peuplements du désert des Ordos ou aux éléments alpins du Thibet oriental.
L'homogénéité de l'Asie Centrale, c'est l’'homogénéité du climat continental à l’intérieur d'un cercle montagneux presque complet.
|) Subdivisions secondaires à l'intérieur de ce grand ensemble.
Ces subdivisions s'imposent actuellement du fait qu'il est impossible de réunir ensemble des régions aussi dissemblables que la pénéplaine mongole, ses steppes et ses bassins oscillant à des altitudes de 900 à 2.000 m., avec les hauts plateaux du Thibet à climat subpolaire, d'une
A. REeyMmono. 7
Leo
altitude de 5.000 à 6.000 m., entre des chaînes de montagne d'altitude croissante vers le Sud : 6.000 m. aux Nan Chan, 7.000 m. aux monts Dupleix et Dutreuil de Rhins, 8.000 à l'Himalaya où le bassin du Tarim, envahi par les dunes de loess du Taklamakan, véritable cercle fermé entre les murailles de l’Altyn Tag, du Kouen Lun, du Pamir, des Tian Chan et des Pei Chan qui l’enferment étroitement et l’enserrent de partout.
C’est pour ces trois unités différentes qui sont les seules qui s'imposent sur l'ensemble isolé de l'Asie Centrale que nous avons proposé les termes de provinces ou d'unité mongole, d'unité thibétaine et d'unité sérindienne ou d'unité tartare suivant que l’on préfère le terme géologique d'Argand ou le terme ethnique sanctionné par les explorations anglaises.
Il) Relations et Échanges avec les régions voisines. . Les contacts sont surtout sensibles :
1) Vers l'Ouest :
a) par le seuil du Ferghana créant un étroit passage entre le bassin du Tarim et le Turkestan Russe, passage précaire par des cols d'une altitude élevée et insuffisant pour créer une continuité actuelle entre ces deux régions ;
D) par les passes de Doungarie (porte dzoungare des caravanes du thé), passage de faible altitude et largement ouvert, créant une zone de communication facile entre la dépression Aralo-Caspienne (Steppes Kirghizes) et la Mongolie occidentale, Nous avons vu l'importance de cette communication dans les peuplements de la Dzoungarie Chinoise au Nord du Tian Chan autour d'Urumchi.
2) L'influence sibérienne s'étend très largement sur toute la Mongolie du Nord et de l'Est, à travers les forêts alpines couvrant le grand are montagneux entourant le socle mongol (Semirietche, Altaï Russe et Monts Alexandre). C’est la zone des influences boréales sur la province mongole (zone du sapin de Sibérie des cartes de Grenard).
3) A l'Est, la crête du grand Khingan crée un obstacle géographique aux vents chargés d'humidité soufflant du Pacifique, obstacle suffisant pour créer une frontière climatique nette entre les bassins fluviaux draînant l'écoulement de son versant oriental vers le Golfe de Pe Tchi Li
(rivières de Mandchourie et Pei Ho), et les steppes et les déserts Mongols, cependant que l'érosion régressive attaquant le rebord du socle mongol tend à créer dans la région de Kalgan une zone de pénétration de la faune de Chine du Nord dans les parties arrosées de la Mongolie sudorientale (Tsaidam mongol entre Chap Ser et Pei Ling Miao).
4) Le bassin du Hoang Ho et celui du Yang Tsé Kiang ouvrent un large passage aux pénétrations chinoises en direction de l'Ouest, passage surtout sensible à travers les provinces du Chan Si et Chen Si vers les régions cultivées du Kan-su (détroit du Kan-su resserré entre les plissements surélevés des Nan Chan) et les bassins ultra désertiques du Gobi méridional, mais communication quise continue profondément vers l'Ouest jusqu’au contact de la province du Tarim par le bassin de Su Lo Ho vers Cha Tchéou et Hami.
Par cette ligne de continuité, la province tartare si isolée du Turkestan Russe par les massifs du Pamir et du Tian Chan possède une ouverture vers les régions chinoises.
Ces mêmes influences, par les cours supérieurs du Hoang Ho, du Yang Tsé Kiang et de leurs affluents montent à l’assaut du plateau thibétain où les affinités sino-tropicales sont sensibles dans la région de Moupin et dans les montagnes du Sze Tchouen et du Yunnan avec cette correction que l'altitude croissante finit par y créer des obstacles infranchissables aux faunes d’origine chaude et que finalement la faune du Haut Fleuve Bleu et du Haut Fleuve Jaune, si voisins dans leurs cours thibétain, finit par être presque entièrement semblable et constituée essentiellement d'éléments thibétains de caractères paléarctiques.
L'existence de grandes vallées fluviales profondément entaillées dans le plateau thibétain ouvre des voies d’accès à de nombreux éléments tropicaux d'origine indo-orientale par la vallée de Mékong, de l'Irraouady et de la Salouen dans le Thibet sud oriental, par les vallées du Gange et du Bhramapoutre dont les sources voisinent au Sud de la ville sainte de Lhassa, de même que par la vallée de l’'Indus dans la région du Haut Kachmir Mais partout l'altitude élevée et le climat alpin créent un obstacle rapi-. dement inviolable à un envahissement plus étendu des influences méridionales.
La Misssion française dans l'Himalaya nous renseignera bientôt de façon plus complète sur les caractères des peuplements du Kachmir et du Ladak où ses renseignements viendront compléter ceux des missions de Bates dans les mêmes contrées.
HI) Communications et contacts de ces régions entre elles.
Tout d’abord ces communications sont plus rares et moins faciles qu'elles ne paraissent. L'existence de hauts reliefs et celle de zones de déserts créent des.obstacles de premier ordre à des communications aisées entre des régions contiguës sur de grandes longueurs, mais séparées les unes des autres par la double barrière de l’orographie et du climat. C'est ainsi qu'il n’y a actuellement que les contacts les plus précaires entre les bassins désertiques du Gobi méridional et la steppe du Tsaidam Thibétain autour du Ku Ku Nor, d'une part, et les peuplements alpins de l'Amdo, de l’autre. L’altitude suffirait seule à opposer ces régions l'une à l'autre en créant un obstacle à l'extension vers le Sud des peuplements du Gobi méridional. De la même façon, l'obstacle du Tian Chan sépare de la façon la plus absolue la steppe humide de Dzoungarie de l'ellipse ensablée du bassin du Tarim.
Il n’en subsiste pas moins une région de passage entre la province tartare et les régions orientales de Mongolie et du Kan Su, par la solution de continuité que présente la ceinture des hautes montagnes qui l’encerclent de façon presque totale sauf dans la région des Pei Chan, d'altitude beaucoup moindre que celles des autres chaînes, solution de continuité complétée surtout par les deux dépressions au Nord et au Sud de ce môle montagneux, à savoir le détroit de Baï entre la chaîne de Ming Chui au Nord des Pei Chan et la terminaison orientale du Karlyk Tag, pointe extrême du Tian Chan, créant une continuité désertique entre le bassin d'Hami et celui des lacs Gashun et Sogo Nor, dépression centrale du Gobi où se Jette l'Etsin Gol, tandis qu’au Sud une autre voie d'accès est offerte par le cours de la vallée de Su Lo Ho au Sud des Pei Chan. La vallée inférieure du Su Lo Ho est done une communication actuelle entre le Lob Nor et la province tartare, et les glacis du détroit du Kan Su. C'est la porte d'entrée des influences chinoises dans le désert du Sin Kiang méridional et une explication de la communauté de certains éléments botaniques : Alhagi camelorum, Apocynum grandiflorum, Dodartia orientalis, entre la flore de Sou Tchéou et celle des oasis d'Hami et de Turfan, tandis que, par contre, par le Su Lo Ho, certaines espèces sont communes aux oasis du Su Lo Ho, à ceux de l’Etsin Gol et de certains bassins du Gobi d'une part et d’autre part les glacis du Kan Su occiden-
tal, établissent une continuité avec les influences chinoises du bassin du Hoang Ho.
Ajoutons à cela que les relations sont possibles, quoique malaisées, à
cause de l'importance des bassins désertiques qui les occupent, à travers les Pei Chan même pour deux raisons :
1) Parce que l’ensemble de ces montagnes est beaucoup moins élevé que les chaînes qui les encadrent au Nord et au Sud : 4.800 m. au Karlyk Tag couvert d'une énorme calotte glacière suspendue et 6.000 m. d’altitude aux Nan Chan, tandis que le point culminant des Pei Chan semble être les 3.000 m. de hauteur de la crête du Ma Tsung Chan (« La Crinière de Cheval »), le reste de la chaîne oscillant entre 2.000 et 2.500 m., bombement de pays plutôt que massif au-dessus de la plaine de Sou Tchéou, 1.500 m. d'altitude.
2) A cause de l'orientation Est-Ouest des Pei Chan, créant des passages ouverts de l'Est à l'Ouest, encore facilités par le fait qu'il s’agit moins de chaînes continues que de noyaux anticlinaux se relayant les uns les autres et fréquemment interrompus.
De ce fait les Pei Chan participent d’un double caractère :
1) Par leur isolement entre deux bassins désertiques, ils sont un lieu de refuge pour une faune et une flore qui leur sont spéciales :
Platyope Victor, Pterocoma Reilteri, Arnebia , Szewerowi Zygophyllum Potanini, etc.
2) D'autre part, ils sont, comme nous l'avons vu, un lieu de passage des faunes de Tartarie vers l’Etsin Gol, et d'éléments botaniques du versant Nord des Monts Célestes, tournant le Karlyk Tag par sa terminaison orientale et passant des glacis du Karlyk à ceux des Pei Chan, amenant des éléments dzoungares comme éléments de peuplements de ces montagnes (Stipa splendens et Clematis songarica — la Clématite à fleurs
blanches).
Les déserts à l'Est de l’Etsin Gol tendent à opposer au contraire une barrière stricte à l'extension de la plupart des peuplements venus de Tartarie.
Ajoutons à cela que, en l'état actuel de l'exploration du Thibet, il semble bien qu’il y ait des affinités floristiques et faunistiques profondes entre le Thibet occidental où règne un climat déjà très aride et la Tartarie, tandis que d'autre part les influences chinoises et boréales se font sentir fortement sur la partie orientale du Massif thibétain que dominent une flore et une faune froides et humides, véritables réserves anciennes de la flore et de la faune alpines des Massifs montagneux de l'Ancien
Monde.