‹ Sur le plateau; souvenirs d'un librettiste. Préf. de Charles LecocqChapitre 10 sur 20 · UNE PIECE PAR LA. FENETRE · texte numérisé non relu

UNE PIECE PAR LA. FENETRE

directrice. Malheureusement, un engagement retenait encore pour plus d' un an Marguerite Ugalde chez Brasseur qui, cela se com[)rend, n'aurait jamais consenti à lui rendre sa liberté au profit d'une maison rivale. Enfin, au moment où Ton allait désespérer. M'"" Ugalde nous dit avec triomphe :

— J'ai trouvé notre allaire ! Vous verrez cela demain.

Le lendemain, qui arrivait au théâtre ? Jeanne Clranier en personne, la Granier de Girofle, de la Petite Mariée et du Petit Duc, qui n'avait pas paru sur la scène depuis quelque temps déjà et auprès de laquelle il avait fallu dépenser des trésors de diplomatie et d'éloquence pour la décider à y reparaître de cette façon un peu inattendue. Après avoir pris connaissance du rôle et de la musique, elle se déclarait prête à répéter immédiatement, et, avec une pareille artiste, si gaie et si vivante, le temps perdu fut vite rattrapé. Après une répétition générale — combien difiérente de l'autre! — la pièce était définitivement affichée et ne pouvait manquer de réussir, avec une distri- Inition où, en dehors du nom de notre providentielle étoile, figuraient ceux de Maugé, de Yauthier — encore une ancienne connaissance, à moi — et de Mily-Meyer, une autre de mes interprètes préférées.

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Pendant que l'on répétait la Béarnaise, j'avais apporté «à M™« Ugalde une nouvelle opérette, La Gamine de Paris, dont la partition était de Gaston Serpette et qu'elle avait tout de suite inscrit!^ à son proiçrainme. Mais il nous en fallut attendre pas mal de temps la représentation, ear, enjambant d'une saison sur l'autre, le succès de Joséphine' K'cndne par ses swnrs allait accaparer les BouH'es pendant de longs mois. Il est vrai que nous gagnions à cela que Marguerite Ugalde, ayant terminé son engagement aux Nouveautés, i)ourrait enfin jouer sur le théâtre que dirigeait sa mère. La première neut lieu que le 3o avril i88j, avec Maugé, Piccaluga, Charles Lamy, Jannin, Mily-Meyer et Gilberte dans les autres rôles. Le succès, qui se prolongea jusqu'à la clôture d'été, en juin, indiquait assez qu'il se continuerait encore longtemps à la réouverture. Mais, au théâtre, ne faut-il pas compter toujours avec l'imprévu !

Les études avaient été reprises et touchaient même à leur fm, avec Montrouge, remplaçant Maugé, parti pour le Palais-Royal, lorsque, lesoir où l'on devait répéter en costumes, j'appris qu'une maladie soudaine de Marguerite Ugalde

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allait modifier tous les plans. La réouverture eut donc lieu sans nous, avec Joséphine vendue par ses sœurs, remontée en toute hâte. Après José'phine, ce fut le théâtre qui fut vendu et, naturellement, le nouvel acquéreur, Ghizzola — qui ne devait pas tenir longtemps — n'eut rien de plus pressé que de changer tout ce qui avait été combiné avant lui. De sorte que la Gamine de Paris attend encore sa reprise, et c'est grand dommage, surtout pour Serpette, dont la partition contenait nombre de morceaux jolis ou amusants et peut compter parmi ses meilleures.

Après l'éphémère direction Ghizzola vint, celle, plus durable, de Lagoanère et Larcher, qui fut marquée par les deux grands succès de la pantomime de r Enfant prodig'ae et de Miss Heljyeti et qui ne dura pas moins de six ans, pendant les quels j'eus l'occasion de faire représenter, en collaboration avec Henri Gliivot, Le Bonhomme de neige, joué par Huguenot, Vauthier, Piccaluga, Gharles Lamy,tout à fait original dans le personnage falot du bonhomme; M"»" Simon-Girard e' Mariette Sully, qui en étaità ses premiers débuts, La charmante partition de mon excellent ami Antoine Banès avait été fort goûtée, mais pas encore autant qu'elle le méritait, car elle renferme une foule de motifs savoureux ou brillants, dont, au second acte, une valse avec laquelle celle qui

a contribué à la vogue de la Veuve Joj'eiise oilre une analogie plus que frappante. 11 est vrai que l'heure de la valse n'avait pas encore sonné à Paris, surtout pour celles qui ne venaient pas en droite ligne de Vienne ou d'ailleurs. Mais la musique de Banès a pris sa revanche en Allemagne, notamment à Cologne, où son succès a été très vit'.

Enfin, au moment où j'allais, avec Duval, me trouver fort embarrassé du livret «les P'tites Micku, un autre directeur s'installait, comme je l'ai dit, au théâtre fondé par Jacques Otïenbach. C'était Coudert, qui arrivait de province avec la réputation d'un homme habile et de rapports courtois et sûrs. Il nous reçut, en cflet, de la façon la plus aimable, et, après avoir lu notre manuscrit, il nous déclara qu'il l'acceptait avec empressement.

— Seulement, ajoutait-il, je ne puis vous ollrir que le sixième tour. Après Toi^érette d'Audran, j'en ai encore quatre de reçues.

— Par traité ?

— Non, mais c'est tout comme.

Ainsi, nous étions au mois de mai à peine, la réouverture ne devait avoir lieu qu'en octobre et

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