UNE PIÈCE PAR L\ FENETRE
profitaient des ombres de la nuit pour sébattre amoureusement dans le square Vintimilb^ sous les yeux de Berlioz, impassible et de bronze. Après une série de séances «à blanc », Duvalme dit un jour :
— Je crois bien qu'il va nous falloir y renoncer. C'est à ce moment-là qu'on nous attendra et nous sommes flambés d'avance, si nous ne trouvons pas pour dénouer quelque cliose <le tout à fait naturel.
Naturel ! Ce simple mot l'ut un éclair : le naturel allait nous donner la solution tant cherchée. Le caractère d'abord, ensuite la ressemblance. Deux jours après, nous avions établi l'épisode du portrait de la marquise et de la transformation de la petite Michu numéro deux, qui produisit à la représentation un si joli effet de surprise. Dès lors, les trois actes ne tardaient pas à être tout à fait sur pied. Seulement, il s'était écoulé un peu plus de temps qu'il n'aurait fallu et, lorsque la pièce fut enfin terminée, le théâtre auquel nous la destinions avait encore une fois changé de genre et renoncé à l'opérette pour revenir à la comédie.
Heureusement, les Boufles-Parisiens allaient, tout à point, rouvrir avec une nouvelle direction.
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Combien en ai-je vu passerde directions, dans ce théâtre des Boudes, depuis le jour où Jules Noriac et Gliarles Comte m'y avaient accueilli pour la première fois en 1869 1 D'abord, après le départ de Noriac, Comte, resté seul, qui m'avait joué V Etoile, la premièn* partition d'Emmanuel Gliabrier. A Comte, avait succédé Cantin, l'ancien directeur des Folies-Dramatiques, qui, lui, ne me joua rien du tout, s'étant Jjrouillé avec moi pour je ne me rappelle plus quelles raisons, assez futiles d'ailleurs. Pourtant, après ses p^rands succès des Mousquetaires uu Couvent et de la Mascotte^ comme il se trouvait de belle humeur, il était venu à moi, un soir de première et m'avait tendu hi main en me disant :
— Voyons ! Ça ne peut pas toujours durer. Apportez-moi quelque chose.
Ce « quelque chose » fut la Déarnaise, par laquelle devait commencer ma collaboration avec Messager. Seulement, il était écrit que, décidément, Cantin ne me jouerait jamais. A peine avait-il l'ouvrage que, voulant prendre un repos définitif, il passait la main à Gaspari, un ancien directeur, qui avait connu gloire et fortune au petit Théâtre du Luxembourg — plus communément Bobino — et ensuite aux Menus-Plaisirs, où il
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avait longtemps attiré le public avec une très bril lante reprise de Geneiùèi^e de Brabant. Les Bouffes lui lurent moins favoraljles et, après ([uelques mois d'exploitation, au moment où il se préparait à monter, pour la réouverture d'automne, la Béarnaise^ que lui avait léguée Gantin, le pauvre Gaspari, que je vois encore avec sa haute taille, ses cheveux blancs, sa l'ace rasée et ses laçons nobles de marquis du vieux temps -— il avait jadis tenu l'emploi des grands premiers r(')les — était forcé de se retirer et de céder la place à unnouveau dii'ecteur. qui était une directrice.
Gette directrice nouvelle, c'était Delphine 1 galde, la grande artiste dont le nom est resté ineffaçable dans l'histoire de TOpéra-Gomique et du Théâtre-Lyrique, la créatrice de Galatée, du Toréador, de la Fée aux Boses, du Songe d'une Xnit d'été, de Gil Blas et de tant d'autres pièces, sans oublier, dans le genre boull'e, lesBaçards, où nulle ne la remplacera jamais.
Ge n'était, du reste, pas la première fois qu'elle se trouvait à la tête de ce théâtre et je me rappelais l'y avoir vue, vers 18G6, alors que je sor-
tais à peine du collège, dans les Chevaliers de la Table Ronde, d'Hervé, qu'elle venait de monter et où elle enlevait avec un irrésistible brio ses couplets :
Si ce n'est pas pour ton mari, Fais-le, du moins, pour la famille.
Donc, (Ml revenant aux BoulFes en 1885, M'"" Ugalde y retrouvait la Béarnaise, dont elle n'avait qu'à reprendre les répétitions interrompues par la fermeture annuelle, et qui allait enfin avoir son jour. Mais ce ne fut pas encore sans anicroche, car la première représentation n(^ devait avoir lieu que près de deux semaines après la répétition générale, la principale interprète, une élève du Conservatoire, que Gaspari avait engagée à la suite d'un concours assez brillant, mais trompeur — comme il arrive souvent — s'étant montrée à ce point insuffisante^ que les quelques personnes qui assistaient à cette répétition, dont Auguste Vitu, le critique du Figaro, étaient venues nous déclarer que ce serait folie de risquer la pièce dans ces conditions. Mais le temps pressait. A quelle artiste pourrait-on s'adresser ainsi à Timproviste ? 11 y en avait bien une, à laquelle nous avions songé dès les premières heures : la propre fille de la