UNE PIÈCE PAR LA FENÊTRE
déjà les cinq premières places étaient prises ! Il y avait de quoi faire reculer de plus patients que nous. Heureusement, nous savions par expérience ce qu'il faut penser dos projets et des prop^rammes directoriaux et, sans rien manifester de notre scepticisme, nous acceptâmes le rang qui nous était offert.
En attendant, il fallait s'occuper au plus tôt de la musique. Nous avions immédiatement pensé à Messager, mais il avait quitté Paris depuis quelque temps déjà, pour se fixer en Angleterre. Je lui écrivis à tout hasard et, trois jours après, nous avions sa réponse, nous demandant l'envoi du manuscrit. Trois autres jours après, nouvelle réponse nous disant :
— Cela me va beaucoup. Je me mets à l'ouvrage et j'irai vite.
Nous avions eu ])iea raison, nous, de ne pas nous émouvoir du long délai imposé, et lui, de presser son travail. Dès le 12 octobre, le lendemain même de sa réouverture, Coudert nous appelait d'urgence, Duval et moi, pour nous demander où Messager en était et si nous étions prêts à entrer tout de suite en répétitions.
— Mais vos quatre autres pièces ?
— Il en est bien question ! Ce n'est que sur la vôtre que je puis compter et il faut que nous passions au plus tard dans un mois.
Gommequoiil suffit d'un insuccès pour changer la manière de voir d'un directeur ! Un mois plus tard, exactement le ii novcml)re, les Prîtes Michii faisaient leur entrée dans le monde avec le bon et jovial Regnard, mort si tristement depuis, Barrai, Maurice Lamy, dont ce futlei)remier succès, un baryton nommé Manson,et, du coté des dames, Léonie Laporte, exubérante et joyeuse, M""^ Vigoureux, duègne accorte, et deux exquises jumelles, Alice Bonheur et Odette Dulac.
Tout de même, notre « sixième tour » ne s'était pas fait trop attendre !
Quelques jours après la première, je reprenais avec Duval cette collaboration par la fenêtre qui nous avait si bien réussi et qui devait encore nous donner Véronique, dont le souvenir est trop vivant pour que j'aie à en parler plus longuement. Du reste, comme toutes les pièces heureuses, Véronique na pas d'histoire et il est inutile de rappeler le succès qu'y ont eu Jean Périer, Kegnard, Maurice Lamy, Mariette Sully, Tariol-Baugé et Laporte. (^antavit et placiiit : ces trois mots résument ce qu'il y aurait à dire sur cet ouvrage favorisé du sort;