‹ Sur le plateau; souvenirs d'un librettiste. Préf. de Charles LecocqChapitre 6 sur 20 · UN BAL CHEZ JUDIG · texte numérisé non relu

UN BAL CHEZ JUDIG

Rosière d'Ici, la Branche cassée. Madame I'Aj^chidiic, la Créole, aux Bouffes, et, aux Variétés, iSi niche, Lili, Manizelle Nitouche, etc., toute une suite d'étapes plus brillantes les unes que les autres et qu'il est presque superflu de rappeler, tellement elles semblent encore près de nous.

^B^ son retour à Paris, Judic avait repris le pe- ^Rappartement qu'elle occupait dans le quartier ^mnt-Laurent, rue de la Fidélité — un nom du meilleur augure pour une artiste mariée. Mais une fois que la Timbale d'argent eût fait d'elle une diva à gros cachets, cet appartement ne pouvait plus lui convenir et elle fut s'installer rue de Boulogne, — aujourd'hui rue Ballu, — ' dans un hôtel qui existe encore et qui se trouvait au fond d'une cour plus longue que large, flanquée sur la rue de deux pavillons carrés où étaient les communs et la remise.

L'installation terminée, on songea tout naturel* h ment à pendre la crémaillère. Tout d'abord, il s'était agi d'un souper entre amis, où l'on serait à peine cinquante. Mais à mesure que venaient le succès et la prospérité, le nombre des amis

était allé en augmentant. Inviter celui-ci en laissant de côté celui-là, faire des mécontents alors que l'on voulait se réjouir en toute franchise, il ne fallait pas y penser. Peu à peu, le souper primitif se trouva remplacé par un grand bal costumé, où chacun pourrait être convié et pour lequel il fut fait plus de deux cents invitations. ■ Deux cents, à cette époque, cela comptait. Il en faudrait deux mille, aujourd'hui que le monde qui gravite autour du théâtre est devenu légion. Aussi une pareille fête serait-elle impossible^ tandis que celle-là, dont on avait pourtant parlé plusieurs semaines à l'avance, fut des plus réussies, entre gens qui se connaissaient tous et qui se voyaient presque tous les jours.

Pour là circonstance, la cour avait été trans^ formée en salle de bal, avec plancher, tente brillamment éclairée par une double rangée de lustres et ornée d'une profusion de fleurs et de plantes. L'orchestre se trouvait sur le perron de l'hôtel; Entre les deux pavillons donnant sur la rue, on avait disposé mie petite salle ; également en charpente et en toile, quiservait d'entrée etde vestiaire.

Là, une première surprise vous attendait : à peine avait-on fait un pas, qu'on se voyait pom*-

Page 1