UN BAL CHEZ JUDIG
suivi par un de ces horribles cochers de nuit^ barbus, hirsutes, dépenaillés et qu'à l'œil on devine malodorants. De son organe enroué d'ivrogne, il vous réclamait un supplément de pourboire ou se plaignait d'avoir reçu en paiement une pièce fausse.
Puis, quand il avait bien joui de votre ahuris- ' sèment, le cocher ôtait poliment son chapeau d'un geste large de Grand d'Espagne et vous I disait de sa voix naturelle — qui était quand jmême enrouée :
i — Ne vous épatez pas ! C'est Grenier.
C'était lui, en effet, le fantaisiste Galchai de la Belle Hélène y dont le « Trop de fleurs ! » sonne
t>re dans toutes les mémoires, ans la salle, au fur et à mesure que se termimt les représentations des théâtres, les invités le cessaient d'arriver. C'était d'abord la troupe les Bouffes au grand complet, ayant à sa tête le jros Désiré, Edouard-Georges, le régisseur Desnonts et la brune et gentille Debreux, qui jouait Ums la Timbale le petit rôle travesti à propos uquel se chantent au final du 2'' acte ces quatre ers aux rimes étonnantes :
Derrière la. porte On l'a ramassé dans un coin, Caché sous des ftoffes, Sous des bottes de foin !
Les librettistes actuels de rOpéra-Gomiquc seraient ravis d'une semblable trouvaille !
Venait ensuite une forte députation des Variétés : le beau José Dupuis, Grenier, déjà nommé, Christian, l'homme de toutes les élégances, de tenue et de style, l'éblouissante Gabrielle Gauthier et Marie Heilbronn, oui, Marie Heilbronn, toute jeune et bien inconnue, qui, après avoir modestement débuté à l'Opéra-Comique dans la GrancV Tante, le premier ouvrage lyrique de Jules Massenet, venait de s'essayer aux Variétés dans les Brigands et ne laissait encore rien deviner du talent lyrique et de la séduction qu'elle devait montrer plus tard dans sa création de Manon,
Puis, des amis de la maison, artistes, journalistes, des auteurs comme Gaston Serpette, Ernest Blum, Jules Costé, ou simplement des amatcuis de théâtre, tous en costumes somptueux ou pittoresques, car la consigne était rigoureuse et un seul habit noir avait été autorisé par la diva, celui de Siraudin — je dirai tout à l'heure pourquoi.
Jusqu'au moment du souper, ce lut une joie de chercher à deviner quelles personnalités se