CHAPITRE V
Destruction du sucre du sang par les tissus vivants.
Bien des faits et notamment ceux qui sont rapportés dans les deux mémoires de MM. Chauveau et Kaufmann montrent l'énergie de la destruction du sucre pendant le passage du sang à travers les tissus.
En faisant une circulation artificielle dans un organe isolé, on fait passer plusieurs fois le même sang à travers les tissus sans qu'il reçoive un nouvel apport de sucre; on a ainsi l'avantage de l'appauvrir en sucre et de pouvoir trouver des différences plus accentuées. C'est dans ce but qu'en collaboration avec M. le professeur Lépine, nous avons fait circuler du sang dans un rein ou un membre de chien. Nous avons naturellement dosé le sucre dusang,d"abord au com-
mencement, puis à la Hn de rcxpcricncc dans le sang qui avait circulé et dans un échantillon témoin laissé à la température maximum à laquelle on porte le sang ; nous avons fait voir qu'il se perd bien réellement du sucre dans les tissus vivants et soustraits à Tin- [îuence du système nerveux.
Nous nous sommes servi de Tappareil imaginé par M. Jacobj pour la circulation du sang dans le rein. De date très récente et encore peu connu, nous avons cru devoir en donner non seulement la description, mais encore le schéma, que nous empruntons à l'auteur, pour en faciliter la description ; son fonctionnement, très simple en principe, paraissant très compliqué au premier abord.
Cet appareil se compose essentiellement d'une poire en caoutchouc A, remplissant l'office de cœur, et destinée à faire arriver le sang oxygéné, sous pression et à une température convenable dans l'artère d'un rein, ou du membre d'un animal, ou encore d'un organe quelconque placé en O, dans une enceinte à la température physiologique de l'animal vivant.
La poire en caoutchouc A est placée entre deux valvules a^ et (7,, disposées de telle sorte que le sang passe de a<^Qn A, et de A en ^,, à chaque aspiration et expiration de la poire en caoutchouc. Nous avons fait ces valvules en appliquant une lame mince de caoutchouc sur un tube qui présente une fente de i /4 à 1/2 millim. de largeur sur o,5 à i centim. de long.
Le sang, lancé par la poire A, arrive dans le réservoir R, dans lequel la mousse gagne la partie supérieure, et passe par le tube 3 pour venir se briser
clans le tube F rempli de pierre ponce, et débarasser ainsi de ses bulles de gaz le sang qui tombe en G, d'où on le fait entrer dans la circulation générale en ouvrant la pince de Mohr placée en 4. Nous avons remplacé la pierre ponce, qui est très difficile à laver convenablement, par du coton de verre, qui a le double avantage d'être très facile^iient et très rapidement lavé par Teau, et surtout de briser les bulles d'air bien mieux que ne le fait la pierre ponce.
Du réservoir B, le sang passe dans le serpentin plongé dans un bain-maric K, maintenu à la température de 39°, pendant toute l'expérience ; après s'être ainsi échauffé, il traverse encore un petit récipient L, plongé dans le bain-marie et terminé à la partie supérieure par un tube muni d'une pince de Mohr ou d'un robinet/ destiné à laisser échapper l'air; cette disposition permet, en retenant les moindres bulles de gaz qui auraient pu être entraînées, d'éviter les embolies gazeuses dans les capillaires de l'organe.
A la suite du serpentin est un manomètre à mercure M, muni aussi d'une pince de xMohr à sa première courbure ; puis, un thermomètre sensible plongé dans une ampoule N. Nous avons reconnu que par cette disposition de l'appareil de M. Jacobj, la température du sang baissait beaucoup dans le trajet de LenO, surtout lorsque la circulation est peu rapide, comme dans le rein, et que la température du bain-marie K devait être élevée au-dessus de 41», ce qui nous aurait donné une perte de sucre beaucoup trop considérable sous l'influence de la chaleur seule ; aussi, avons-nous placé le manomètre M entre
K et B, et fait plonger Tampoule N dans le bainmarie K, que nous avons placé tout-à-fait à côté du bain-marie O qui contient Torgane dans lequel on fait circuler le sang; un tube de caoutchouc très court relie Fanipoule N à la canule fixée dans Torgane contenu en O, dans un cristallisoir plongé dans l'enceinte fermée dont la température est maintenue vers 38», 5.
Le sang qui s'échappe de Torgane par la veine est reçu dans un récipient jaugé P, muni d\m manomètre, et terminé à sa partie inférieure par un petit réservoir p avec lequel il communique en bas, par un robinet, d'autre part à Taide d'un tube latéral R destiné à assurer Féquilibre de pression et par suite à faciliter l'écoulement du sang de P en p.
De là, le sang veineux passe dans le tube horizontal inférieur, où il se mélange à de l'oxygène qui traverse la valvule I ; de cette façon, le sang veineux, agité constamment avec de Toxygène, dans la partie I a| Aag et B, perd son acide carbonique et fixe de l'oxygène, se transformant ainsi en sang artériel, absolument comme s'il passait dans le poumon de l'animal.
Voyons maintenant quel est le dispositif qui permet de faire arriver en I de Toxygène débarrassé de son acide carbonique. Dans un récipient jaugé D plein d'oxygène, on fait arriver de leau sous une pression connue, ordinairement de 2 mètres; le gaz arrivant par le tube c, traverse le mercure contenu dans C, destiné à empêcher le retour de Toxygène vers D, et sort par la valvule b^ pour se mélanger à la mousse du sang ; un robinet à trois voies permet
- ti3 — de faire arriver ce gaz suivant les besoins. De là, le mélange d oxygène et d'acide carbonique contenu dans les bulles se rend en F où le sang se sépare, passe en G, et de là dans un ftacon H, où il barbotte dans une dissolution concentrée de potasse afin de se débarrasser de son acide carbonique; il se rend enfin dans le sang veineux par la valvule 1.
Quand on fait circuler le sang dans le rein, un seul tlacon H est suflisant pour absorber la plus grande partie de l'acide carbonique ; mais, nous avons constaté que si Ton fait cette circulation dans un autre organe, par exemple dans le membre d'un animal, un seul flacon est tout à fait insuffisant, et nous avons été obligé de substituer à H deux flacons contenant une solution concentrée de potasse, séparés par une éprouvette à pied contenant de la potasse solide, de deux autres flacons dans lesquels on met une solution de potasse à lo o/o, afin de rendre à l'oxygène la vapeur d'eau qu'il a perdue en traversant la colonne de potasse solide.
Pour l'emploi de l'appareil, on isole le gazomètre D à l'aide du robinet 2, et l'appareil à potasse H en tournant le robinet 6 de façon à faire écouler l'air au dehors ; on ouvre la pince de Mohr 3 de façon à faire communiquer le réservoir B avec F et l'extérieur par le robinet (3.
La pince 1 1 étant fermée, on ouvre 12 dont le tube de caoutchouc est muni d'un tube de verre qui plonge dans le récipient où l'on a mis le sang défibriné à introduire dans l'appareil, et on commence à pomper : le sang remplit le réservoir B ainsi que les tubes
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et le serpentin; on ferme 7 et on fait monter la pression en ouvrant/, de façon à laisser remplir L; on ferme la pince /, on met en communication 7 et 8 à Taide d'un tube de verre, et l'on fait passer du sang dans le récipient P jusqu'à ce qu il n"y ait plus de bulles d"air, tout en produisant dans le système artériel une pression de 16^"" de mercure. On met alors en communication avec 7 la canule placée dans Tartère de l'organe, en faisant en sorte qu'il n'y ait pas de bulles d'air ; sous l'influence de la pression, le sang veineux sort bientôt parla canule placée dans la veine ; on laisse perdre un peu du premier sang qui s'écoule, jusqu'à ce qu'il ne passe plus de caillots; on relie ensuite la canule de la veine à 8.
La communication est ensuite établie entre le système veineux et le système artériel, en fermant 10 et 1 2, et en ouvrant 1 1 . Cela fait, on ouvre 3 et on laisse entrer de l'oxygène pour élever la pression dans le système artériel jusqu'à 16^''» de mercure. Dans le cas où la pression serait un peu trop forte, il faudrait ouvrir 5 pour voir la pression tomber ; mais il faut bien se garder d'augmenter la pression dans le système veineux, où elle doit toujours être niille^ ou légèrement négative..
On ouvre alors 3, de telle façon qu'à chaque systole cardiaque il passe 3 à 4 bulles de gaz à travers la potasse.
Pour obtenir ces contractions et dilatations successives de la poire de caoutchouc A, on peut simplement, si l'expérience est de courte durée, la presser dans la main, à intervalles réguliers, en se guidant sur le
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manuiiiètrc G, où la pression ne doit jamais être positive. Mais, toutes les fois que l'expérience aura été un peu longue, par exemple quanti on veut recueillir de l'urine d'un rein en expérience, il est indispensable de se servir d un moteur ; c'est ainsi qu'a opéré M. Jacobj. Dans ce cas, il n'y a qu'à régler une lois pour toutes la pression de l'oxygène, et à surveiller l'appareil pour ouvrir la pince 5 si la pression diminue trop dans le système veineux; de temps en temps, il faut aussi ouvrir la pince 4 afin de faire écouler le sang qui provient de !a mousse, et qui saccunuile en Cm.
Dans nos expériences, dont la durée ne dépassait pas une heure, nous avons produit les contractions et dilatations successives à la main; il nous a été très facile de maintenir. |)ar le jeu des pinces de Mohr, une pression nulle ou plutôt légèrement négative dans le système veineux, tout en conservant dans le système artériel une pression de i (')''"» de mercure environ.
l/appareil que nous avons construit avec des tubes de verre de diamètres différents, auxquels sonc soudés de petits tubes abducteurs, contient environ 3oo gr. à 320 gr. de sang.
A la fin de l'expérience, pour recueillir le ^ang, on ferme la pince 1 i et on ouvre 12 où l'on a adapté un tube de verre plongeant dans un ballon vide et taré ; pour que le sang coule rapidement, il faut ouvrir la pince 8. Quand on a recueilli envirr)n 40 à 5o gr. de sang, on porte sur la balance, et les poids qu'il faut ajouter donnent celui du sang ; on met dans une cap-
suie de porcelaine tarée un poids de sulfate de soude égal à celui du sang, on ajoute i gr. environ d'acide, acétique et Ton chauffe ; quand la température est suffisante, le sang est versé goutte à goutte.
Le lavage de l'appareil se fait très facilement ; il suffit de fermer la pince ri, d'ouvrir lo auquel on adapte un tube de verre plongeant dans un récipient vide et de fixer en 12 un tube de verre qui plonge dans de Feau ; en pompant à l'aide de A, on fait passer Teau dans tout l'appareil. Par un jeu convenable des pinces et des robinets, on peut très facilement laver toutes les parties de l'appareil sans le démonter.
Pour éviter toutefois que les micro-organismes puissent se développer dans l'appareil entre deux expériences, nous faisons circuler, après l'eau, d'abord une solution faible de soude, que nous enlevons avec de Teau, puis une solution de phénol à 5o 0/00 ^et enfin de l'eau.
Comme il reste toujours un peu d'eau, que nous ne pouvons enlever complètement, surtout dans le coton de verre, on fait passer, au commencement d'une expérience, un peu de sang qu'on laisse perdre ; on fait circuler ensuite le reste du sang très rapidement pendant I à 2 minutes, dans le cas où il y aurait encore une trace d'eau.
Le sang qui a circulé dans l'appareil a été porté à une température assez élevée pour que la destruction du sucre soit notable; il faut donc évaluer cette perte. Pour cela, nous avons mis dans le bain-marie qui contient le serpentin dans lequel le sang s'échauffe, un ballon contenant 40 gr. de sang ; il est laissé pen-
dant toute la durée de l'expérience, et traité par le sulfate de soude chaud en même temps que le san<r de la circulation, (^e sont ces deux dosaj^es que Ton compare à la teneur en sucre du sanj^ traite au moment où l'on commence la circulation.
Mais, il n'est pas exact de dire que le sant^ qui circule dans l'appareil perd autant de sucre que celui qui est resté au hain-marie pendant toute la durée de l'expérience; en effet, on a d'un côté lai^ntation en |)résence de l'oxygène qui peut aui^menter la destruction du sucre, de l'autre, un refroidissement dans une grande partie de 1 apjiareil, qui diminue cette perte. Nous avons voulu nous rendre compte de l'intluence de ces deux perturbati(jns ; pour cela, nous avons fait circuler du sang dans l'appareil fonctionnant à blanc comme s'il y avait un organe ; en mettant une pince sur le tuhc de caoutchouc qui reliait 7 à S, nous avons fait varier la vitesse d'écoulement du sang, depuis 1 goutte par seconde au minimum. Nos résultats sont contenus dans le tableau suivant, dans lequel nous avons indiqué la teneur en sucre du sang : r au commencement de l'expérience (direct) ; 2" à la température du bain-marie ('^S" à 39") ; 3» à la lin de l'expérience, après circulation à blanc dans l'appareil.
Circulation dans i/apparkh. sans interposition de tissu vivant