‹ Sur le sucre du sang; son dosage, ses variations, sa destruction par le temps, par le chaleur et par les tissus vivants, nouvelle théorie du théorie du ferment glycolytiqueChapitre 16 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Influence de la quantité de ferment glycolytique dans le sang,

M. Lcpinc, dans une série de notes publiées au commencement de cette année, a montré que le diabète consécutif à l'ablation du pancréas chez le chien, que MM. von Mering et Minkowski attribuent à la suppression d'une fonction, jusqu'ici inconnue, du pancréas, est du, en réalité, à labsence dans le sang d'une quantité sullisante de ferment destructeur du glucose, provenant sans aucun doute du pancréas et résorbé à l'état normal d'une manière plus ou moins continue.

L'expérience suivante, publiéç antérieurement par M. Lépinc, prouve que ce ferment est, pour une trèsgrande part au moins, résorbé par la voie des lymphatiques.

A une chienne de lô kilog., à l'inanition depuis plus de trente-six heures, on enlève le pancréas à quatre heures, après une légère chloroformisation, et on laisse Tanimal jusqu'à sa mort à rinanition absolue. L'urine émise dans la soirée renferme du sucre; celle de la nuit est perdue. Le lendemain matin, à huit heures, Purine renfermait ogr. 833 de sucre par litre. A partir de ce moment, l'animal est sondé environ toutes les deux heures, et dans l'urine ainsi recueillie, on dose exactement le glucose et Purée. Voici les quantités de ces deux principes, calculées ^^r heure :

Rapport

du sucre

Urée.

Sucre. à loo urée

o gr. 425

0 gr. 833 \qq

De 8 h. à 10 h. 1/2

De 10 h. r/2 à i h

De I h. à 2 h 1/2 o 946 2 222 234

On remarquera que, dans ce cas, le diabète, très intense, puisque l'urine renfermait plus de o gr. 80 de sucre par litre, avait une marche progressive. A deux heures et demie, on infuse dans la jugulaire, mélangés à un peu d'eau salée stérilisée, 18 ce. de lymphe opalescente (chyle), recueillie par tistule du canal thoracique chez un chien qui, dans la matinée, avait bu un litre de lait. Cette injection est pratiquée en trois ou quatre minutes. La chienne n'en a ressenti aucun malaise appréciable : sa température rectale, qui était à un chiffre phvsiologique (38''8), est demeurée exactement la même. De deux heures et demie à trois heures, il v a eu une légère diminution du sucre et de l'urée, beaucoup plus marquée de trois à quatre heures. De quatre à cinq heures, la diminution est énorme pour le sucre. On a, en effet, pour une heure :

Pypport

du sucre

Urée. Sucre. à loo urée.

De 4 à 5 heures o gr. 5 10 0 gr. i 25 24

Le lendemain matin (surlendemain de rablation du pancréas), la glvcosurie est redevenue intense. Le rapport du sucre à Turee, dans Turine de la nuit, est exprimé par le chitlVe ij3; de huit a dix heures du matin, cechitlVe est i3J>.

La chienne est morte avant midi par hémorrha-;ie.

Dans d'autres expcricnces faites par M. Lépine et nous, il a ctc constate que le titre d'une solution aqueuse de glucose à i/ioo, maintenue à 1^8° C^, diminue en quelques heures d'une manière très sensible, si on y ajoute du chyle recueilli dans le canal thoracique d'un chien en dii^estion. Ces expériences, ainsi que celle relatée plus haut, prouvent que le chyle renferme un principe destructeur du L,ducose.

Tout porte à croire que ce principe est un ferment. Ce ferment est-il résorbe exclusivement par les lynij)hatiques ?

ï'in faveur dune lésnrption partielle par la voie de la veine porte on peut faire valoir que plusieurs chiens, à qui M. LépiiîC a soustrait, pendant deux à trois heures, le chyle s'écoulant par le canal thoracique, n'ont pas présenté de «glycosurie (ni même il hyperi^lycémie bien appréciable) ; mais, d'autre part, il faut bien dire que, vu les communications existant entre les lymphatiques et le système sani^uin, tout le chyle n'a pu être dérivé au dehors.

N'oici comment on peut opérer, pour mettre en évidence la destruction du sucre par le ferment contenu dans le san<^ ou le chyle :

10 q;rammes de san<T sont reçus au sortir du vaisseau dans 40 i;rammes de solution aqueuse de f:(lucose {Hir à o.5 0/0, additionnée de un millième de

thymol; on prélève aussitôt un échantillon du mélange et on y dose le sucre au moyen de la liqueur de Fehling; puis on porte le mélange au bain-marie à 410 C; et, au bout d'une heure, on y dose de nouveau le sucre. Avec le sang d'un chien sain, il résulte d'un très grand nombre de dosages que l'on trouve une perte de 4 à 6 0/0 ; avec celui d'un chien, rendu diabétique par l'ablation du pancréas (ou par l'ingestion de phloridzine), la perte est nulle ou presque nulle.

En opérant identiquement de même avec le chyle, on trouve au bout d'une heure une perte de sucre de 8 à 10 0/0, c'est-à-dire presque double de celle qui se produit si c'est du sang, au lieu de chyle, qui est mélangé à la solution sucrée.

Il s'en faut qu'il y ait toujours parallélisme entre le pouvoir glycolytique et le pouvoir saccharifiant d'un échantillon donné de sang ou de chyle. Par exemple, si ces humeurs ont séjourné deux ou trois heures à la température du laboratoire, le pouvoir glycolytique y est diminué davantage que le pouvoir saccharifiant.

Sans additionner le sang d'une solution sucrée, on peut apprécier exactement son pouvoir glycolytique en déterminant la quantité de sucre qu'il perd dans un temps donné (une heure par exemple) après sa sortie du vaisseau.

C'est ce que l'on peut voir en se reportant aux expériences que nous avons données et mises sous forme de tableaux dans le chapitre où nous étudions l'action du temps et de la température sur la destruction du sucre du sang.

Cette destruction du sucre du sang, toujours très faible au-dessous de i5o, est plus ou moins rapide suivant la quantité de ferment glycolytique. M. Lépine et nous, avons compare du sang normal à du sang de chien diabétique dans lequel la quantité de ferment est très faible. \'oici, par exemple, deux expériences comparatives faites avec le sang d'un chien sain et celui d'un chien diabétique, et que l'on peut regarder comme extrêmes, la différence dans un cas étant très marquée, dans l'autre à peine sensible. Le sang avait été laissé pendant quinze heures au laboratoire, pendant la nuit, la température ayant varié de -f- lo à-f i8».

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Ainsi, toutes choses égales, ces deux expériences comparatives montrent que le sang normal perd plus de sucre que le sang diabétique.

On peut déjà conclure que l'action de ce ferment glycolytique, à peine sensible de o» à i5", augmente avec la température.

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D'après Texpérience indiquée p. 5 7, le ferment est détruit au-dessous de 610, en même temps que le sang est coagulé ; il était intéressant de rechercher à quelle température se fait cette destruction.

Bien que nos expériences n'aient pas été assez multipliées pour que nous soyons très affirmatif, nous avons noté,enchauffantdusangàdestempératuresdiférentes et comprises entre 5o et 600 que le ferment est détruit vers 53-54o; en effet, nous avons mis au bain-marie à 54" une série de ballons contenant la même quantité de sang; ils ont été sortis du bainmarie, après une heure, deux heures, quatre heures et six heures et leur contenu versé dans du sulfate de soude chaud; nous avons trouvé exactement la même quantité de sucre dans les 4 essais qui, toutefois, en contenaient 7 p. 100 de moins que le sang dont le dosage avait été fait au commencement de Texpérience. Cette petite perte de sucre s'était produite pendant que la température du sang s'élevait jusqu'à 540. A cette température, nous avons constaté que le sang n'était pas encore coagulé, ce qui prouve que ce n'est pas la coagulation des matières albuminoïdes du sang qui détruit le ferment. Nous avons aussi remarqué que tandis que le sang était encore rouge au bout de deux heures, il était noir après quatre heures, probablement par suite de la formation de méthémoglobine et d'acide carbonique.

A la température de 5 2», 5, nous n'avons pas eu de destruction du ferment glycolytique après une heure; cependant, quand le sang est laissé pendant quelque temps à une température comprise entre 5io,5 et 53»,

on a peu à peu une atténuation du pouvoir destructeur du sucre du san<;. \'oici les résultats de tleux expériences Faites, la première à 33«», la seconde à 52", et qui montrent bien que ce ferment s'atténue après une heure de chaulTe à 52«'-3l^'.

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Apres I h. à 5 3" o,(").S

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( )n voit pourquoi les résultats de (J. Hernard ne sont pas exacts, et pourquoi nous avons été conduit à modifier sa méthode, en faisant tomber le san<T dans du sulfate de soude chaud, de façon àdétruire le ferment au moment où il arrive dans la capsule, av;int cjuil ait 2U le temps tle détruire du sucre.

Dans les expériences où nf»us avons conijKiré les résultats de la méthode de (^1. Bernard et ceux t]ue nous avons obtenus en versant le san^daiis le sultate de soude chaud, nous avons trouvé une différence

variant de 5,3 à 36,9 ^/'^- ^' '"-^^^ ''*-'^' ^''-' 1''''*-' cette comparaison avec du sani( de chien sain, nous employonsdusani^dechien rendu diabétique parablation du pancréas, et par suite pauvre en ferment, nous ne trouvons que des différences très faibles, parfois nulles; en elfet, dans plusieurs dosages, la perte de

sucre constatée par la méthode de Cl. Bernard, a varié deo à 5 o/o au maximum.

Une autre preuve à Tappui de la théorie du ferment glycolytique du sang, c'est que si Ton dose le sucre dans Tartère et la veine d'un même département vascluaire, chez un chien diabétique, soit en se servant de la méthode de Cl. Bernard, soit du sulfate de soude chaud, on trouve entre les dosages une différence très faible, quelquefois nulle.

Toutes choses égales, le sang normal abandonné à lui-même perd beaucoup plus de sucre que le sang d'un chien rendu diabétique par ablation du pancréas. Si nous comparons, en effet, au tableau, danslequel on voit les pertes du sucre du sang chauffé pendant une heure à 41 o, le tableau suivant dans lequel sont inscrits les résultats que nous a donnés le sangdiabétique laissé une heure à 410, nous voyons que le sang diabétique perd beaucoup moins de sucre que le sang normal.

Destruction du sucre du sang diabétique

PAR LA MÉTHODE DE Cl. BeRNARD

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