‹ Sur le sucre du sang; son dosage, ses variations, sa destruction par le temps, par le chaleur et par les tissus vivants, nouvelle théorie du théorie du ferment glycolytiqueChapitre 2 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique.

En 1775, Dobson constatala présence du sucre dans l'urine d'un malade atteint de « diabète »; non seulement il reconnut le goût sucré de Furine, mais il en observa la fermentation spontanée, de manière à obtenir un goût vineux ou alcoolique. Bien plus, il eut ridée de chercher le sucre dans le sérum sanguin ; mais il n'arriva pas à des résultats bien concluants.

Rollo et Cruikshanks cherchèrent à isoler du sucre de Turine et du sang des diabétiques ; ils supposaient que le sucre de l'alimentation, par suite d'une perversion des fonctions digestives, dans laquelle « les reins sont affectés secondairement par sympathie et par un stimulus particulier, » passait d'abord dans le sang puis dans le rein.

De même que Willis, en 1674, avait pensé que le

diabète provenait d'une altération du sang, Nicolas et Gueudeville, en i8o3, sans se contenter de cette supposition, cherchèrent si le sangcontenaitdusucre.

Ils laissaient le sang se coaguler lentement à Tair libre, et le soumettaient à une série de distillations, dont on a peine à comprendre le but; aussi, c"est en vain qu'ils ont cherché du sucre dans le sang; comme nous le verrons, une grande partie ou même la totalité du sucre peut se détruire pendant ces opérations.

Quant à la théorie que ces auteurs ont donnée du diabète, comme étant « une consomption entretenue par wwQ déviation spas7nodiqiieQtcont\n\xQ\\Q des sucs nutritifs non animalisés sur V organe iirinaire », ils en font essentiellement une question de chimie animale : le diabète est à leurs yeux un défaut d'animalisation des sucs nutritifs; puisque Turée est rare ou absente dans l'urine des diabétiques, l'azote faisant défaut, le carbone, l'hydrogène et l'oxygène unis ensemble ne peuvent former que du sucre. Telle était cette théorie, reflet exact des connaissances chimiques qui venaient de naître ; ils en déduisaient un traitement du diabète par Wimmoniaque^ qui, dans le sang, devait transformer le sucre, composé ternaire, en un composé quaternaire, l'urée.

Thénard et Dupuytren, en 1806, ne font que confirmer la présence du sucre dans Turine, et en constatent la présence par la fermentation alcoolique.

En 181 1, WoUaston nie la présence du sucre dans le sang des diabétiques, puis il reconnaît son existence dans le sérum de ce sang, dans la proportion de i/3o seulement ; il en conclut que l'excédant que

contient Turineest le résultat d'un travail exécuté par les reins.

Cette opinion, reproduite en i823 par Rochoux, qui semble donner plus d'importance à la présence du sucre dans le sang, n est pas adoptée par Ségalas et Vauquelin;cesderniers,aprèsavoirconstaté la présence du sucre dans l'urine d'une femme diabétique, l'ont cherché dans le sang vingt-quatre heures après la saignée, et après un traitement par l'alcool, n'ont pas constaté de saveur sucrée dans le résidu. Soubeiran, en 1826, arrive au même résultat négatif.

Par contre, Ambrosiani, en i835, arriva à un résultat positif. En chauffant avec de l'eau le sang im- 7nédiatement après sa sortie du vaisseau, il sépara le coagulum par le filtre, et décolora le liquide par le sous-acétate de plomb,dont l'excès est précipité par Thydrogène sulfuré. Faisant ensuite bouillir la solution obtenue avec du blanc d'œuf battu, il eut un liquide incolore, qui, par évaporation, laissa déposer des cristaux prismatiques ayant la forme de cristaux de sucre; les eaux-mères, sous l'influence de la levure de bière, donnèrent une véritable fermentation vineuse. Cependant, dans un second cas, Ambrosiani ne trouva pas traces de sucre. Quant à la première analyse, nous doutons des cristaux de sucre et nous pouvons dire que l'introduction de blanc d'œuf, qui lui-même contient du sucre, en rend les résultats tout-à-fait sans valeur.

Mac Grégor, pénétré de cette idée que c'est dans les organes digestifs, et non dans les reins, que se forme la matière sucrée du glucosurique,asoigneuse-

ment recherché le sucre dans le sang des diabétiques, en suivant exactement les procédés d'Ambrosiani. Il Ta trouvé dans un grand nombre de cas; mais , il regarde la présence du sucre comme en relation directe avec la nature de Talimentation.

Tiedman etGmelin, en faisant voir qu'il y a du sucre dans V intestin et dans le chyle d'animaux nourris avec des féculents, préparèrent la théorie développée en 1839 par Bouchardat ; celui-ci n'a pas trouvé de sucre dans le sang d\m malade à jeun, et en a trouvé dans une saignée faite deuxheures après un léger déjeuner.

Quelques expériences de Simon confirmèrent cette théorie ; ainsi, il fit voir que chez un diabétique saigné après un repas copieux, le sang contenait 2 gr. 5 de sucre p. 1 ,000, tandis que dans le sang de deux malades, saignés avant le repas, il ne trouve que des traces inappréciables de sucre.

Enfin, Magendie avait constaté la présence du sucre dans le sang des animaux à Tétat physiologique, mais toujours en rapport avec la digestion des matières féculentes; ou, pour mieux dire, il n'avait cherché le sucre dans le sang qu après la digestion. Du reste, il n'avait entrepris ces expériences que pour réfuter l'opinion récemment émise, que le glucose, produit dans l'intestin par la transformation de l'amidon, était transformé en acide lactique en traversant la paroi intestinale, de sorte qu'après l'absorption on ne trouvait de glucose ni dans Tintestin ni dans le sang.

Mialhe, en 1844, plaçant le siège du diabète dans le sang, émit une explication fondée sur un fait clinique

vulgaire : si le sucre, introduit dans l'organisme par la digestion du sucre et des féculents, ne trouve pas dans le sang Yalcalinité nécessaire pour brûler au contact de Tair, il s'accumulera dans le sang et sera éliminé par les reins. D'où l'indication thérapeutique de donner des alcalis aux malades.

C'est en 1847 que ^^- Bernard commença la série de ses belles découvertes, qui devaient prouver que le sucre existe normalement dans le sang, en dehors des phénomènes de la digestion et indépendamment de la nature de l'alimentation. Il montra d'abord la présence constante du sucre dans le sang, et vit bientôt que cette recherche doit être faite dès que le sang est sorti du vaisseau.

Il a employé successivement plusieurs méthodes pour permettre de déceler et surtout de doser le sucre du sang, sans parler de la recherche du sucre par la fermentation alcoolique ou le polarimètre, qui sont plutôt des procédés de détermination qualitative, étant donné leur peu de sensibilité; il a d'abord imaginé de recevoir le sang dans l'eau bouillante, et de doser le sucre à l'aide de la liqueur de Fehling; malheureusement ce procédé est très long et ne donne jamais un liquide absolument clair, condition rigoureusement nécessaire pour faire un bon dosage par le réactif cupro-potassique. Il a bien essayé de décolorer le liquide parle charbon animal; mais il reconnut bientôt que celui-ci retient du sucre.

Les deux procédés auxquels il s'est arrêté pour effectuer le dosag-e du sucre sont : le chauffasse avec du sulfate de soucie^ procédé que nous décrivons plus

loin en détail, en le modifiant, et le traitement par Valcool qui a le o^rand avantage de donner un chiffre absolu plus exact que le premier, et le grand inconvénient d'être très long.

C'est surtout par la comparaison du sang de la l'eine porte à celui de la reine sus-hépatique, que Cl. Bernard arriva non seulement à voir Tinfluence du foie sur la distribution du sucre dans les différentes parties de Tappareil circulatoire, mais encore à la notion de la glycogénie hépatique. En faisant le dosage du sucre dans le sang de la veine sus-hépatique, puis dans celui de la veine porte, il trouva que si dans l'alimentation par le sucre ou par les féculents, on a plus de sucre dans le sang de la veine porte que dans celui des veines sus-hépatiques, il n'en est plus ainsi dans le jeûne ou dans l'alimentation par la viande, et que, dans ce cas, le sang des veines sus-hépatiques, étant toujours riche en sucre, celui-ci a disparu presque complètement dans le sang de la veine porte.

Dans le cas de jeûne ou d'alimentation par la viande, puisqu'il n'entre pas de sucre dans le foie, et qu'il en sort, il faut bien qu'il s'opère dans je foie une transformation quelconque capable de produire du sucre. Cl. Bernard, d'après les expériences de Lehmann, qui avait constaté que le sang qui sort du foie contient moins d'albumine (environ t/3 en moins) que le sang afférent, en conclut d'abord que le sucre provenait de la transformation d'une matière albuminoïde. Plus tard, il démontra que c'est la transformation du glycogène en sucre, qui produit

cette augmentation dans le sang des veines sus-hépatiques; le foie est un réservoir où le sucre introduit en excès, au moment de la digestion, se transforme en glycogène, pour se changer, plus tard, peu à peu et suivant les besoins de Torganisme, en sucre destiné à maintenir toujours un certain équilibre.

D'après les premières théories de CL Bernard, le sucre, déversé dans la veine cave par les veines sushépatiques, se dilue bientôt en se mélangeant au sang, arrive au contact de l'air dans le poumon, et peut quelquefois disparaître complètement. Ainsi, pour lui, le siège des combustions se trouvait dans le poumon; il déduisait cette théorie de ce qu"il ne trouvait du sucre qu'entre le foie et le poumon. Plus tard, surtout après les recherches de M. Chauveau, il a placé dans tous les tissus le siège de la destruction du sucre.

Il admit alors que le sucre du sang devait se dé-, truire par fermentation, non pas comme par la levure de bière, mais par fermentation lactique; celle-ci devait se produire dans le poumon sous l'influence de Textréme division du sang; cet acide lactique était ensuite brûlé dans les tissus, où il se transformait en eau et acide carbonique, ce qui explique la disparition d'une partie de l'oxygène du sang et son remplacement par l'acide carbonique. Il y aurait donc deux fermentations successives, suivies d'une oxydation : la première est la formation du sucre aux dépens d'une matière albuminoïde ; la seconde est la transformation du sucre en acide lactique. Cl. Bernard vit que si X acide carbonique retarde la destruction du

sucre, il n en est pas de môme dun certain nombre de corps, tels que Thydrogène arsénié, Tazote, ou bien de rinfluence d'une élévation de température, qui accélèrent cette transformation « en acide lactique, par fermentation. »

De même que Lelimann,il a vu que le sucre passait dansTurine dès que le sang en contenait plus de 3 gr. pour i,ooo.

Il a constaté aussi que le sang des diabétiques est alcalin, et que tout leur organisme est imprégné de sucre.

Cherchant quelle est l'action du système nerveux sur cette production du sucre dans le foie, il obtint un certain nombre de résultats importants, parmi lesquels nous citerons: V abolition de la fonction glycogénique par la section des pneumogastriques; V apparition du sucre dans Turine pendant cinq à six heures, à la suite de laj^zgr/'/T du plancher du quatrième ventricule,au niveau des origines du pneumogastrique; la disparition du sucre du sang et du foie et Taccumulation du glycogène dans le foie après la section de la moelle entre la dernière cervicale et la première dorsale.

En i856, M. Chauveau donne le résultat de ses nombreuses recherches; nous les résumons :

lo Pendant Tabstinence, même prolongée, le sucre ne disparaît pas du sang de la grande circulation.

20 Le glucose est toujours plus abondant dans les artères que dans les veines collatérales.

3^ Le sang artériel renferme toujours la même

proportion de glucose, quel que soit le point de l'appareil circulatoire où on le prend.

4" Le sang des veines, moins celui de la veine porte, pendant la digestion des matières sucrées ou amylacées, moins encore celui des vaisseaux sus-hépatiques et de la portion sus-diaphragmatique de la veine cave inférieure, à toutes les périodes, ne présente point non plus de différence appréciable sous le rapport de la quantité de glucose qu'il renferme.

5" Chez les animaux nourris à la viande, le sang de la veine sus-hépatique contient toujours plus de sucre que celui des autres vaisseaux.

60 La quantité de sucre du sang des deux cœurs parait exactement la même.

70 La lymphe pure est toujours sucrée, même après une longue abstinence.

8° Le sucre de la lymphe n'est pas absorbé au sein des tissus solides par les radicules des vaisseaux blancs, car on ne trouve jamais de glucose dans ces tissus, en exceptant toutefois le foie.

M. Chauveau tire de tous ces faits les conclusions suivantes :

I. — Les herbivores et les carnivores se trouvent dans le même état statique, au point de vue du sucre dans le sang; cependant, le glucose est plus abondant chez les premiers.

IL — Une partie du sucre se détruit dans les lymphatiques.

III. — Le sucre dont le sang s'est dépouillé, passe par les lymphatiques.

Page 1