CHEZ LE LAPIN
Sucre
Anére Veine
Minimum 0,88 0,80
Maximum i ,07 o,g5
Substances l'éductrices non fermentescibles.
Artùre Veine
Minimum 0,17 0,26
Maximum o,3i o.36
Il est probable que dans ce travail, d'ailleurs des plus remarquables, lauteur a un peu exagéré l'importance relative des matières réductrices non fermentescibles.
En 1886, MM. Chauveau et Kaufmann firent paraître deux remarquables mémoires dont nous donnerons un résumé.
Le sucre du sang se détruit d'une manière incessante dans les capillaires de la circulation générale ; ce fait, d'une haute importance, a été vérifié par plus de deux cents expériences, qui ont toujours démontré qu'il existe réellement moins de glucose dans le sang qui sort des organes que dans celui qui y arrive.
Cette destruction incessante du glucose dans les capillaires de la« circulation générale est en coïncidence avec les phénomènes de combustion organique et la production de chaleur qui en est la conséquence ; en effet, en comparant le sang de deux organes dont l'activité thermogène, à l'état physiologique, est très inégale, on constate toujours que la destruction du glucose est beaucoup plus active dans celui de ces organes où les combustions organiques le sont ellesmêmes davantage; en d'autres termes, la quantité de chaleur produite au sein des tissus animaux^ toujours proportionnelle à l'intensité des combustions, se
— '20 — montre cgalcnicnt en rapport avec l'absorption du glucose du sang dans le système capillaire.
MM. C^uiuveau et Kaufmann Tont vérifié en déterminant jiar l'analyse comparative du sang artériel et du sang veineux, d'une part, les quantités d'oxygène absorbé et d'acide carbonique produit dans les capillaires, pour avoir ainsi la notion exacte de l'activité des combustions, d'autre part, la quantité de glucose qui disparait en môme temps du sang dans ces mêmes capillaires; on a tous les éléments nécessaires à la solution du problème. Ils ont choisi deux organes appartenant au même groupe fonctionnel, le muscle masséter et la glande parotide, où, chose importante, l'activité circulatoire peut être considérée comme équivalente Le sang qui arrive dans ces organes a été pris dans la carotide; quant au sang qui en sort, il a été puisé dans une des veines spéciales émergeant de l'organe : la veine maxillo-musculaire pour le masséter, et, pour la parotide, une veine auriculo-parotidienne. De plus, le sang a toujours été puisé simultanément ou presque simultanément au sein des vaisseaux afférents ou efFérents.
Comme résultat de leurs expériences, ils ont trouvé d'un côté que la production de C O- dans les muscles est environ cinq fois plus forte que dans les glandes, d'autre part, que la transformation du sang artériel en sang veineux s'accompagne d'une destruction de glucose inférieure de plus de cinq fois et demie à celle qui se produit dans le muscle.
Dans une autre série d'expériences destinées à étudier la différence entre deux organes en travail.
ils ont daborcl tait voir que pendant le fonctionnement physiologique de deux organes, le muscle masséter et la glande parotide, il passe, à travers leur substance, à peu près trois fois plus de sang que pendant l'état de repos.
L'activité des combustions a été trouvée environ 3 fois 1/2 plus grande pendant l'activité du muscle masséter que dans le repos ; la quantité de glucose retenue dans la traversée du muscle masséter a été trouvée aussi 3 fois i /2 plus grande pendant l'activité physiologique que pendant le repos. Il y a donc une relation étroite entre la perte de sang en sucre et l'accroissement des combustions pendant le fonctionnement physiologique du masséter.
Répétant la même expérience avec la parotide, ils ont trouvé une faible augmentation par l'activité de la glande; elle a été de 87/60 pour les combustions, et de 90/70 pour la destruction du glucose.
On peut donc conclure que : pendant le travail qui s'accomplit dans les organes en état d'activité physiologique, la quantité de glucose qui disparaît dans le système capillaire devient plus considérable, et est proportionnelle à la suractivité des combustions excitées par la mise en jeu des organes, c'est-à-dire qu'il y a peu de sucre consommé en plus dans les organes où ces combustions sont peu augmentées, comme dans les glandes, et qu'il y en a beaucoup dans les organes, comme les muscles, où la suractivité des combustions est grande.
Quinquaud a trouvé, chez un chien, dans le sang veineux de la cuisse, de i gr. 2 à i gr. 1 5 de sucre p.
i,ooo, de sann^; après faradisation, il ne trouva plus que 0,7 à 0,75.
Pour une série de recherches, Seegen s'est servi d'une nouvelle méthode de dosage du sucre du sang, imaginée par Schmitt-Mûhlheim et Hofmeister; nous décrirons plus loin ce procédé, basé sur l'emploi du perchlorure de fer, pour précipiter les matières albuminoïdes et obtenir un liquide clair dans lequel on dose le sucre à Taide de la liqueur de Fehling.
MM. Seegen et Kratschner ont trouvé que le sucre du sang est bien du glucose, et qu'il n'est accompagné ni de maltose, ni de dextrine. Ils ont prouvé, par un très grand nombre de dosages, qu'il y a plus de sucre dans les veines sus-hépatiques que dans la veine porte.
M. Seegen a vu l'activité glycogénique diminuer par suite de l'anesthésie ou de la curarisation.
Dans une alimentation par la dextrine et le sucre, la diflférence entre la qualité de sucre du sang des veines sus-hépatiques et de la veine porte, est plus faible que dans le jeûne ou dans le cas d'alimentation diminuant le glycogène. La proportion du sucre du sang est à peu près indépendante de l'alimentation, excepté pour l'alimentation par le sucre et la dextrine.
MM. Seegen et Basch déterminant la vitesse d'écoulement de la veine porte chez un chien de 10 kil., calculèrent que le foie cède au moins de 70 à 80 gr. de sucre pendant vingt-quatre heures.
M. Seegen a pu déduire de ses expériences que les peptones, les corps gras, etc., peuvent, en présence
du foie, produire du sucre; cest ce qui explique pourquoi la glycogénie hépathique persiste jusqu'à la mort, et pourquoi Tanimal qui jeûne doit fournir, aux dépens de ses organes, les matériaux nécessaires à la formation du sucre, par suite de la transformation dessalements non azotés tels que la graisse, qui prennent part à la formation du sucre.
Cette théorie, battue en brèche en 1877, par Girard et par Abeles, a été soutenue par von Mering.
Dans les expériences d'Abeles, le chloroforme, dont il se servait, entrave la formation du sucre dans le foie.
D'après Seegen, il n'y a pas formation d'acide lactique par suite de la destruction du sucre du sang, comme Tavait supposé Cl. Bernard; le sucre se détruit moins vite qu'il le pensait.
MM. Arthaud et Butte ont produit une glycosurie assez durable en irritant pendant un temps suffisant le bout périphérique du pneumogastrique . L'urine renferme environ 10 gr. de sucre par litre. On ignore au juste quel est, dans ce cas, le degré de la glycémie.
M. von Mering en administrant par la bouche i gr. deP/2/o;ydf{/«eparkilogr.amèneuneglycosurieabondante. Au bout de cinq jours de ce régime, le foie et les muscles paraissent ne plus renfermer de glycogène. Ce qu'il y a de curieux, c'est que la glycémie est, dans ce cas, fort peu considérable, la quantité de sucre ne dépasse pas i gr. parkilogr.de sang. Ce fait, d'après M. Lépine, s'explique assez facilement : En effet, l'élimination de la substance étrangère favorise rélimination du sucre du sang. Il n'est donc pas sur-
prenant que ce dernier retienne moins de sucre que lorsque la i;lycémie est produite sans intervention d'une substance qui favorise l'élimination.
En 1889, MM. Minkowski et von Mering-, après avoir enlevé totalement le pancréas chez le chien, le lapin, le pigeon, constatèrent que lurine contient du sucre, et que ce diabète, qui apparaît dix à quinze heures après l'opération, persiste sans interruption jusqu'à la mort de l'animal; il y a, en outre de la polyurie, de la polyphagie et de la polydipsie ; puis s'ajoutent bientôt un amaigrissement considérable et un dépérissement progressif, malgré une alimentation surabondante; il se produit, en outre, de l'acétone. P]n conséquence, MM. von Mering et Minkowski ont dit, avec raison, que le diabète ainsi produitestidentiqueavecle diabète gravede l'homme, tandis qu'auparavant on n'avait jamais pu reproduire chez l'animal, par l'excitation de différentes parties du système nerveux, qu'une glycosurie plus ou moins légère.
MM. Merinof et Minkowski insistent avec raison sur le fait que l'ablation du pancréas doit être totale ou presque totale, autrement la glycémie ne se produit pas. Il faut mettre hors de cause la sécrétion de la glande dans l'intestin, car la ligature des conduits pancréatiques est sans action. MM. xMering et Minkowski croient que le glycémie est produite par la suppression d'une fonction inconnue du pancréas.
Pour M. Lépine,qui a répété un très grand nombre de fois l'ablation du pancréas, la glycémie est due à l'absence dans le sang d'un ferment destructeur du
sucre {glycolytique^ résorbé par les lymphatiques du pancréas, et p^t-étre parla veine porte (i). Cette manière de voir est fondée sur les résultats d'un très grand nombre d'expériences. Ayant collaboré à la plupart d'entre elles (2) et convaincu de leur exactitude, nous croyons que l'hypothèse du ferment glycolytique émise par M. Lépine répond bien à la réalité des faits et que seule elle les explique d'une manière satisfaisante.
(i) Comptes rendus, 8 avril 1890.
(2) Comptes rendus. 2 3 juin 1890.