‹ Sur Le Traitement Du Chancre MouChapitre 15 sur 35 · III. — DANS LE CHANCRE · texte numérisé non relu

III. — DANS LE CHANCRE

Le chancre mou se défend :

a) Par sa suppuration abondante

Lorsqu'on examine un chancre mou, on est frappé de voir que sa cavité anfractueuse et ses alentours baignent dans un pus abondant, opaque, dans lequel les fibres élasti-

ED) en

ques et les débris provenant des tissus se mêlent à l'agent spécifique. Le long des bords adhèrent des croûtes, souvent

fort épaisses, lorsque la lésion se trouve exposée à l'air, ou

lorsque le malade vient de subir un traitement qui a favorisé leur production.

Sous ces croûtes, constituées par des produits organiques imperméables, transformant ainsi le chancre en plaie fermée, le bacille de Ducrey trouve les conditions d'humidité et de température les plus favorables à sa germination rapide et à son extension périphérique.

Toute médication, pour être efficace, exigera d’être précédée d’une vérilable détersion.

b) Par la localisation élective du bacille de Ducrey

Il est un fait démontré que, pour un examen bactériologique, c’est sous les bords décollés ou « dans le liseré mince,

à peine visible, rose rouge, d’accroissement du chancre »

(M. Petges) que l’on doit faire des prélèvements avec, soit un vaccinostyle, soit un instrument tranchant. Si la méconnaissance de cette notion tend à faire croire que le bacille de Ducrey n’est pas commode à trouver par colorations ordinaires, elle est aussi une cause importante d’insuccès, quand il s’agit du traitement.

En effet, en ce qui concerne les bords, c’est à cet endroit que l’application du médicament est la moindre, d’autant plus qu’elle est gênée par la présence de croûtes très adhérentes.

Le malade ne peut comprendre combien il est capital de traiter énergiquement les bords. Voudrait-il les subluxer, comme on devrait le lui recommander, qu’il en serait empêché par l'élément douleur atteignant son paroxysme. N'est-ce pas cette manœuvre si redoutée qui se produit, lorsque le malade décalotte, quand il s’agit d’un chancre sous préputial ?

Quant au liseré d’accroissement, il est bien protégé par

cette recommandation de ne jamais mettre de médicaments autour de la lésion, de peur de favoriser son extension.

c) Par la douleur

Le chancre mou, même après quelques jours de traitement, est très douloureux au contact, car sa surface, dépourvue d'éléments protecteurs, est creusée dans l'épaisseur du derme, riche en filets nerveux : c’est la douleur exquise. |

Comment espérer que ce soit un facleur que le malade négligera quand on lui recommande de déterger soigneusement la lésion. Ne pratiquera-t-il plutôt pas un traitement de concession ? IL fera semblant pour lui-même de se soigner. Ce sera un traitement de surface, avec toutes ses conséquences fâcheuses.

d) Par sa constitution

1) Analomo palhologique. — Le chancre, étant constitué par une ulcération spécifique, puise dans sa spécificité même sa cause d'entretien et sa tendance à s'étendre. Cette ulcération détermine des modificalions importantes dans la constitution histologique des tissus, qui éclairent la pathogénie et la fréquence des complications de la chancrelle.

Quand on examine une coupe de chancre mou, on constate «que les vaisseaux sanguins sont infiltrés de cellules ce qui explique leur grande fragilité, et ne s’oblitèrent qu’au contact de la surface du chancre » (1).

Il suffira donc de frotter un peu fort pour qu'ils saignent. On en voit de suite l'inconvénient. On remarque aussi que les vaisseaux lymphatiques ne sont pas oblitérés et, par suite, peuvent facilement transmettre l’infection.

2) Physique. — Le chancre peut revêtir les diverses formes : papuleuse, cratéforme, en tunnel ou en bouton de chemise, folliculaire ou acnéiforme, phlegmoneuse ou érysi-

(r) Balzer. In Maladies vénériennes. Baïllière 1921.

FANS

pélateuse fissuraire, condylomateuse (région anale) ou la forme chronique des vieilles prostituées.

Il faut toujours songer que le fond est anfractueux, ulcéreux, donc nécrotique, avec des filaments plus ou moins adhérents provenant de la trame conjonctive du derme, et que, par conséquent, notion capitale : un {railement de surface n'aura aucune aclion efficace. Que font les peintres, quand ils se trouvent en présence d’un mur non platré ou d’une planche non rabotée. Pour faire pénétrer, « prendre la peinture », ils doivent donner un mouvement de vrille à leur pinceau. Ils n’accompliraient qu’une partie de leur travail, s’ils se contentaient de badigeonner.

Il faut se rappeler que le chancre de la peau est beaucoup plus profond et a beaucoup plus de tendance à s'étendre que celui des muqueuses.

Lorsqu'on se trouve en présence d’un pelit chancre, on se sert le plus habituellement d’un tampon trop gros pour appliquer un médicament, Et comme les bords sont excavés en forme d’entonnoir à petite ouverture extérieure, on ne fait que les applatir, n'ayant ainsi aucune action

sur la localisation élective du bacille de Ducrey.

e) Par son évolution

Normalement, le chancre tend vers la guérison, dans un nombre de jours plus ou moins grand et ainsi un traitement insuffisant, mais tardivement appliqué, sera très actif. Au contraire, un médicament énergique sera désastreux sur un chancre presque guéri.

Souvent, au lieu que la cicatrisation se fasse par tous les côtés, il arrive qu’un bord continue à ronger et le chancre semble rester stationnaire, car il a à peu près toujours les mêmes dimensions.

Enfin des cautérisations répétées peuvent transformer le chancre en une plaie torpide, principalement s’il siège sur le gland : le chancre mou boude !

Spies f) Par sa multiplicité

Cette multiplicité se produit, soit d'emblée, soit surtout par auto-inoculations successives, et elle est tellement fréquente que l’on peut dire que le chancre mou déteste la solitude.

Certes, le bacille de Ducrey est très virulent, maïs le simple contact de pus ne suffit pas, il faut une voie de pénétration pour expliquer cette désespérante fécondité. Par quoi est-elle donc produite ? C’est surtout par la suppuration qui macère les tissus environnants, en raison de dispositions anatomiques prédisposantes : telles que rainure du gland, etc. ; par l’urine qui augmente la virulence et irrite le chancre et ses alentours ; par les frottements, les doigts qui vont infecter les écorchures multiples, les lésions de gale ; par les lavages, bains trop chauds et trop longs; par un nettoyage trop énergique avec compresses sur un épiderme en état de moindre résistance ; par des applications mal faites de médicaments trop caustiques ; par des infections secondaires, telles que blennorrhagie, etc.

Pour résister, le chancre mou est expert dans l’art Le diversions.

g) Par son siége

Uréthral, — Il est souvent confondu avec la blennorrhagie. Il est irrité continuellement par l’urine et les érections qu’il provoque.

Au niveau du méal. — Les médicaments sont appliqués très difficilement et occasionnent parfois des délabrements. Déterminant presque toujours une infiltration assez marquée, le chancre exige un diagnostic attentif avec le chancre syphilitique.

Au niveau du frein. — « Le frein attire les chancrelles » (Diday). Tantôt le chancre ronge le frein de la périphérie vers la profondeur (forme en raquette.) L’étroitesse de la lésion ne permet pas de limiter facilement l'application des

caustiques. Tantôt, siégeant sur les côtés, il réduit le frein à l'état de languette qui tant qu'elle ne sera pas détruite, soit par extension des lésions, soit thérapeutiquement, empêchera le chancre de guérir.

Au niveau du sillon balano-prépulial. — Où le pus et l’urine stagnent au milieu du smegma ; où pullule une riche flore microbienne qui entretient des relations d’excellent voisinage avec le bacille de Ducrey.

Sous-prépulial avec phimosis. — Il est placé dans les meilleures conditions de défense, car d’une part, letraitement se fait à l’aveugle, d'autre part, la lésion baigne dans une humidité favorable.

Au niveau du fourreau, du serotum, du pubis. — Les pansements glissent et frottent en déterminant des localisations extra-génitales, assez fréquentes chez les arabes qui ont le pubis rasé. | |

Au niveau de l'anus. — Il est très long à guérir. On l'observe surtout chez les femmes — 1 pour 8,alors que chez les hommes 1 pour 200, (Julien). Si la contiguité des organes génitaux est suffisante pour en expliquer le plus grand nombre, il n’en est pas moins vrai qu’à mesure que le vice augmente, ses appétits anormaux croissent dans la même proportion.

Il est nécessaire de le rechercher systématiquement chez les prostituées, en les faisant mettre toujours dans la posilion genu - pectorale, seule position d'examen, malgré qu’elle paraisse leur répugner. On peut ainsi bien déplisser les plis anaux et découvrir le chancre, surtout lorsqu'il est accompagné de son satellite, le condylome, qu'il ne faut pas confondre avec une marisque chez les prostituées d’un certain âge.

Au niveau de la vulve. — Ordinairement il coexiste avec une métrite, ou vulvo vaginite, qui macère la région de la fourchette et produit la localisation anale. 1l est souvent entretenu lui même par le chancre du col utérin qu'il faut toujours rechercher.

EAN) er PE

Do —

Extra-génital. — Il est dénoncé le plus habituellement par ses congénères des organes génitaux. Milian a attiré l’altention sur lui dans « Les plaies qui trainent » et Diday avait prévenu qu’en présence d’une plaie quelconque, « il fallait éviter encore plus de juger sur la région que sur l’apparence. »

h) Par son aspect général dans certains cas

Le malade est venu consulter « pour un rien, un petit bobo » et encore, c’est un camarade qui l’a engagé à venir, sorte d’excuse qu’il s'adresse. Ce serait dans le cas bien improbable de « quelque chose de vilain » et il invoque un tas de raisons péremptoires. Vraiment à voir cette plaie d’aspect si innocent, il en dit tout autant de sa partenaire d’un jour « persona grata », on ne peut songer qu'à une écorchure ; il en a déjà eu de semblables dans ces équipées amoureuses. Aussi existe-t-il un doute dans son esprit, lorsque le médecin lui annonce qu'il a un chancre mou. « Il pense quil lui est inutile de suivre un traitement aussi énergique que celui qui est prescrit. Un remède d’un camarade ou d’un pharmacien agira bien mieux. » Mais quelque jours plus tard, le malade revient, car la petite écorchure, chose incompréhensible, loin de s'évanouir, a fait des petits ; et, dans l’aine, commence à grossir une petite boule qui en dit déjà long.

Parfois, c’est tout à fait l'inverse. Le malade est atteint de syphilophobie : il n'ose croire qu'il s’en tire à si bon compte. Il est un peu uniciste sans le savoir. Il va courir de consultation en consultation jusqu’à ce qu’on lui déclare qu'il a la vérole et que, sous l'influence d’un traitement antisyphilitique, la lésion disparaîtra comme par enchantement. Le chancre, irrité par de nombreuses médications, a acquis une certaine induration trompeuse.

Page 1