CONSEILS GÉNÉRAUX
Le médecin doit être convaincu que le seul traitement prophylactique efficace est actuellement le traitement curateur.
Certes, il n’a peut-être pas la perspective d’attaquer et de vaincre un adversaire digne de son art, mais plutôt d’être obligé de s’occuper d’une lésion bien banale. « Quelle gloire et quelle chance de ‘pouvoir rencontrer et combattre toujours, avec succès bien entendu, la maladie à la mode ! Quelle mauvaise fortune d’être obligé de soigner un vulgaire chancre mou ! Il serait induré, cela passerait encore. C’est si peu intéressant : c’est tout comme les gens qui en sont porteurs. » Il y a là comme une sorte de répugnance physique et morale. La chancrelle est l’opprobre de la médecine.
Cela ne devrait pas exister. Le bacille de Ducrey ne mérite pas le dédain; mais exige toute l'attention. La notion des maladies honteuses, reste d'anciens préjugés, doit être combattue par le médecin le premier. Le malade aura ainsi beaucoup plus de confiance et suivra peut-être un peu mieux le traitement prescrit. Il reconnaîtra au médecin une autorité morale : qualité indispensable pour tous ceux qui, de près ou de loin, veulent diriger la lutte antivénérienne.
Le médecin ne doit jamais affirmer à un malade, qu’il voit pour la première fois, qu’il n’a qu’un chancre mou. « Ce n’est pas faire un diagnostic, c’est risquer au hasard une véritable prophétie. » (Fournier).
SPEARS
Depuis longtemps, Rollet (1858) et, depuis quelques années, Gougerot, Sabouraud, ont attiré l'attention sur la fréquence progressive du chancre mixte. « Le mulet », contrairement à ce qu’on lui avait prédit « n’a pas eu de peine à faire le tour du monde. » (Rollet).
D’après Bossert (1), il se rencontrerait à Bordeaux dans la proportion de 20 à 25 °/, par rapport au chancre mou: proportion bien au-dessous de la réalité si l’on songe que l’on peut suivre très rarement le traitement du chancre mou jusqu’à sa cicatrisation complète, surtout dans une ville de passage. Or le diagnostic, est difficile au début. Nous ne saurions mieux faire que de citer ses conclusions : « Pendant sa période chancrelleuse, la clinique et le laboratoire sont impuissants à déceler l'infection syphilitique. A la seconde période du chancre, le diagnostic clinique est souvent possible, mais l’examen microscopique s'impose en présence de tout chancre, car il est seul susceptible de fournir des éléments de certitude. Aussi voit-on quelle responsabilité prend, envers son malade, le médecin qui n’aura pas fait de réserves. Quel ravage terrible peut faire le malade qui ne se surveillera pas, car on lui a affirmé que c'était un chancre mou ! »
Ces réserves seront très profitables an malade qui sentira la nécessité de se faire surveiller. Il reviendra consulter, car « il veut être fixé sur ce qu’il a attrappé » et, ainsi, on verra de moins en moins ces plaies qui trainent, entretenues parfois par un zêle intempestif, mais surtout par une incurie lamentable.
Enfin, si, malgré tous les soins, le chancre ne guérit pas, si, au contraire, ses caractères deviennent de plus en plus suspects, « le médecin devra arrêter toute médication pendant quelques jours. Simplement, pansements à l’eau bouillie, puis faire l'examen microscopique du produit de ce chancre ; s’il ne dispose pas de laboratoire, il peut et doit
(1) Du chancre mixte. Thèse Bordeaux, 1919-20.
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avoir des lames de verre qu’il enverra au bactériologisté compétent le plus proche, avec l'indication précise des recherches à faire. » (Bossert).
. Mais si en présence d’un résultat négatif, il lui reste encore des doutes, car nombreuses sont les causes d'erreur, il devra instituer immédiatement le traitement d'assaut de la syphilis, et « le malade sera surveillé pendant un an. Dans le cas où le malade ne se prêterait pas aux injections, la surveillance devra durer au moins 3 mois » (Gougerot).
Le médecin devra toujours montrer à son client la nécessité et les nombreux avantages à ce que ce soil lui-méme qui le soigne : facilité d'employer un traitement plus énergiqne, meilleure application et par suite guérison beaucoup plus rapide. Il insistera sur ce que toute infraction au traitement se traduit par des complications multiples dont le bubon (poulain) est la plus fréquente et le prévenir que le chancre, en voie de cicatrisation et quelque temps après sa guérison, est une porte d’entrée pour la vérole. Si la syphilisation du chancre mou est exceptionnelle au début, elle peut et doit se produire assez souvent, lorsque le chancre n’est plus qu’une plaie. lei, on ne doit pas parler de chancre mixte, mais simplement d'infection syphilitique par voie banale.
En vénéréologie, plus que dans toute autre branche de la médecine, la psychologie du malade est la première étape capitale dans le choix et surtout dans la réussite du traitement.
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