‹ Sur le Traitement du TétanosChapitre 30 sur 32 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les divers traitements p:éconisés dans le tétanos

Pour compléter notre travail, nous avons cru utile de passer en revue, quoique sommairement, les diverses thérapeutiques proposées pour guérir le tétanos humain confirmé.

$ 1: Modifications à la Méthode de Baccelli

Nous ne reviendrons pas sur la question des diverses. solutions phéniquées qu’on a préconisées et qui est traitée dans un précédent chapitre.

Nous ne parlerons que des modifications à la technique proposée et décrite par Baccelli lui-même. Rares, en effet, sont, à notre connaissance, les auteurs qui l'ont appliquée strictement : citons Rærich, qui publie dans sa Thèse de Paris l'observation d'un malade guéri uniquement par l'acide phénique et le chloral, — le:

D: Talamon, qui signale avec Mlle Pommay cinq autres succès par le chloral et la solution de phénol dans la glycérine qu'ils ont préconisée, — MM. Caillaud et Corniglion, qui rapportent à l’Académie des Sciences, en 1914, quatre cas, dont deux très graves, soignés el guéris par le Baccelli pur.

En général, on a employé le sérum concurremment à l'acide phénique.

Dans sa thèse, Baudy en cite quatre cas avec un seul décès (1912).

En janvier 1920, dans les « Annales d'Oculistique », Castelain et Lafargue, à propos d'un cas de tétanos -consécutif à une plaie de l'œil gauche avec courte incubation, préconisent l'emploi du sérum intraveineux (30 cc. par jour) en même temps que des injections hypodermiqües de 60 cc. d'une solution phéniquée à RIT.

En 1914, dans sa thèse, Faligant publiait vingt-quatre observations de tétaniques, dont onze traités par l’acide phénique (0 gr. 40 à 1 gr. par jour), le chloral, et enfin le sérum. Sur les onze ainsi traités (les autres étant rapidement morts de formes suraiguës), neuf guérirent: le sérum ne fut donné que pendant les journées de grandes crises.

C'est encore à la même méthode que nous nous sommes arrêté; à notre avis, comme nous l'avons déjà dit, il faut employer le sérum aux périodes critiques de la maladie, afin de faciliter la tâche à ce moment-là difficile de l'acide phénique qui, dès lors, limite son action à protéger les centres'encore sains et désintoxiquer les autres, tandis que le sérum tente la destruction de la

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toxine dans son foyer d'élaboration et dans la circulation générale.

Signalons enfin que M. le professeur F. Arloing à combiné dans le traitement de cas très graves, l'acide phénique en solution au persulfate de soude, mais sans succès (1914, 1915).

$ 2 : La Sérothérapie

Le sérum antitétanique, qui donna de si grands ‘espoirs lors de sa découverte, en 1890, par Behring et Kitasato, semble bien avoir fait faillite en ce qui concerne son action curative. Précieux infiniment lorsqu'il s'agit de prévenir après une blessure une infection tétanique, il semble bien qu'il ne puisse efficacement lutter contre la toxine fixée sur les centres nerveux, c’est-à-dire contre celle-là même qui est en train de tuer l'individu.

C’est ce qu'affirment MM. Bérard et Lumière (de Lyon) dans leurs divers mémoires sur le tétanos, — c’est aussi ce qu'affirmait M. Vallas (de Lyon), en 1902 : « Le laboratoire a prouvé que le sérum n'a aucune valeur curative et n’agit plus sur le poison déjà fixé sur les centres. »

Cependant, et surtout depuis la guerre, on à publié de nombreux cas de guérison par la sérothérapie. Citons notamment :

Au mois de mars 1915, MM. Spillmann et Sartory rapportaient à l’Académie de Médecine un certain nombre de cas traités avec succès par le sérum associé seulement au chloral.

La même année, en octobre, M. Walther signale à la Société de Chirurgie une série d'observations de tétaniques auxquels on appliqua les injections intrarachidiennes massives de sérum ; il y eut 1/6° de mortalité.

En 1916, à l'Académie de Médecine, M. Bacri, s’appuyant sur 13 cas personnels suivis de guérison, conclut à l’action nettement curative du sérum à hautes doses (50 à 60 cc. par jour), à toutes les périodes de l'infection et même, ajoute-t-il, dans les cas où le malade n’a pas eu d'injection préventive.

En 1919, Vernoni, à propos des tétanos postsériques, rejette toutes autres méthodes et préconise à titre curatif les hautes doses de sérum injecté par la voie rachidienne intradurale, après soustraction de liquide céphalo-rachidien.

Enfin, en 1920, dans un Mémoire à la Société Médicale des Hôpitaux, MM. Massary et Léchelle rapportaient un cas fypique survenu chez une femme, neuf jours après un avortement, traité et guéri par le sérum en injections hypodermiques à la dose de 2.250 cc. en quinze jours (150 cc. par jour en moyenne).

$ 3. — Le Persulfate de soude

En 1915, dans le « Lyon Chirurgical », MM. Bérard et Lumière préconisaient le traitement curatif du tétanos par les corps oxydants et en particulier par le persulfate de soude, en se basant à la fois sur les résultats observés dans le laboratoire et ensuite sur 33 cas humains, parmi lesquels il y eut 16 guérisons.

La technique consiste en injections intraveineuses. une ou deux fois par jour, de 20 ce. d'une solution de persulfate de soude à 5 %, pendant huit à quinze jours, en se basant sur la marche des symptômes. Le médicament supprimerait, ou du moins alténuerait fortement les contractures spasmodiques. Il semble sans action sur les crises permanentes.

Contre elles, en 1918, dans un nouvel article, paru dans la « Presse Médicale », MM. Bérard et Lumière préconisent l’anesthésie locale des phréniques avec une injection de 10 cc. d'une solution à 1 ou 2 % d’allocaïne pure additionnée d’adrénaline. On pousse l'injection légèrement vers la ligne médiane à 2 em. au-dessus du creux sus-Claviculaire, le long du bord postérieur du sterno-mastoïdien et à 3 em. de profondeur jusqu’à la rencontre du plan résistant formé par le scalène antérieur.

Enfin, contre l’hyperthermie, la cryogénine (3 à 4 gr. par jour, par prises de 0,50).

C’est aux mêmes conclusions qu'arrive le docteur Mercier dans sa thèse : il a eu aussi de bons résultats avec le persulfate associé au chloral.

k $ 4. Traitements divers

En terminant cette étude forcément sommaire des diverses thérapeutiques employées curativement contre le tétanos déclaré, nous citerons encore

1° Les injections d'oxygène gazeux : M. Léger déclara en 1915 à la Société de Biologie les avoir employées à

hautes doses (2 litres environ), en injections hypodermiques (en partie autour de la blessure) en même temps que le sérum. Sur 3 cas, il y eut 3 guérisons.

Quelques jours après, M. Hartmann, à la Société de Chirurgie, estimait rationnel ce traitement, étant donné que le bacille de Nicolaïer est un anaérobie. En outre, disait-il, l'oxygène luttera efficacement contre les crises de suffocation dont souffrent si souvent les tétaniques.

2° Les injections de sulfate de magnésie : Cette méthode fut expérimentée d'abord en Amérique. Elle consiste à remplacer au niveau de la moelle lombaire une certaine quantité de liquide céphalo-rachidien par une . solution à 25 % de sulfate de magnésie, à raison de { ec. pour 20 kilos de poids du corps.

Cette méthode fut quelquefois employée en France, bien que son innocuité ne semble pas absolue. Elle procure au malade une sédation manifeste et assez durable, mais non définitive des contractures.

En 1910, Fox, dans la « Therapeutic Gazette », reprenait la question, de même que Paoli, en 1909, dans sa thèse. Tous deux font des louanges de ce traitement.

Malgré tout, on peut dire que c’est, de toutes les méthodes curatives du tétanos, celle qui est le moins employée, en France tout au moins, et le docteur Baudy, en 1912, dans sa thèse de Paris, ne cite que 3 cas ainsi {raités avec, il est vrai, 3 guérisons.

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