RAMBOUILLET
Le champ de courses a pour lui de ue ressembler à aucun des hippodromes des environs immédiats de la capitale.
Pris dans un angle formé par la forêt qui lui sert de limite, il reste ouvert du côté de la ville qui fait décor à "' orizon.
C'est un paysage agréable, moyen, mais qui n'a pas un caractère suffisant pour attirer irrésistiblement la foule à ses trois
La qualité des chevaux qui s'y disputent des allocations honorables, sans doute, mais sans très grande importance, ne motiverait pas davantage un déplacement déjà long, sur une ligne de chemin de fer où les trains se fout remarquer par leur sage lenteur, les wagons par leur étal de délabrement, et dont l'embarcadère a le tort d'être exceptionnellement éloigné à la fois du centre de la capitale et des quartiers habités de préférence par les classes aisées.
Son véritable élément de succès vient de la manière ullra-select dont ses environs sont peuplés.
En dehors du château rendu eélèhre par la mort de François I" et le séjour de plusieurs de nos souverains avant notre président actuel, l'arrondissement de Rambouillet contient toute une collection de résidences plus ou moins connues, d'une antiquilé variable et d'une importance également diverse, mais dont la moindre offre encore ce précieux avantage d'êlre située en plein pays de chasse, assez loin de Paris pour être à l'abri des invasions régulières du public dominical, et qui assure à sou propriétaire, pourvu qu'il ne soit pas personnellement affligé d'une incontestable muflerie, la possibilité de relations nombreuses, plus enviables les unes que les autres, et qui ne tardent pas, pourvu que le nouveau venu ait une valeur quelconque, à devenir très suffisamment cordiales et sans laçons pour qu'il puisse, avec un peu d'imagination, se figurer qu'il fait réellement partie du moude dans lequel son voisinage l'a fait admettre.
Les châteaux s'appellent Mainlenon, le Marais, Augerville, Bonnelles, Dampierre, Cheviiicourt, Beauplan, Ureleuil, Mauvières, Cernay, Pontchartrain, Vaugien, Voisins, Courson, Beauregard, la Croix-Saint-Jacques, Coubertin, etc., etc., et il n'est pas besoin d'être de la force de feu d'Hozier sur l' Armoriai français, étranger et même israélile pour ciler les noms de leurs propriétaires.
C'est à celle agglomération tout à fait exceptionnelle d'habitations de plaisance dans, ses environs qu'il faut attribuer l'aflluence des personnalités élégantes qu'on reneoulre au pesage de Rambouillet, et le luxe des équipages qui y amènent ses habitués.
Si l'aristocratique colonie des vallées circonvoisines ne dédaigne pas l'usage de la bicyclette, elle dispose de moyens de transport moins démocratiques et le progrès de l'aulomobilisme n'a pas encore fait mettre aux amateurs de chevaux la clef sous la porte de leurs écuries.
Si plusieurs ont déjà leur voiture à pétrole ou électrique, c'est comme adjuvant à leur cavalerie, et je ne crois pas qu'aucun d'eux songe à remplacer complètement ses attelages par aucun appareil de traction mécanique, si perfectionné qu'il puisse devenir.
Le cheval a été associé à trop d'actions héroïques pour que son prestige puisse jamais disparaître; il est indissolublement lié à celui de la noblesse,
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qui resle intact malgré toutes les théories égalilaircs ; tout cavalier se sent quelque peu chevalier, et pour qu'il descende de la monture qui le maintient au-dessus du niveau de la foule, il faut que les infirmités l'enlèvent de sa selle ou que la diminution progressive des revenus lui interdise la possibilité matérielle de subvenir aux frais de nourriture et d'entretien.
Le champ de courses. — Une chasse de la diirbessp, où l'un voit que, dans la réalité, les choses peuvent se pas* '"il lins l'ancien hippodrome.
En dehors de ces motifs, aussi déplorables l'un que l'autre, tout individu qui a véritablement aimé le cheval n'y renonce jamais. Ceux qui s'en déclarent dégoûtés par une chute violente, une série d'errossages, une suite prolongée d'accidents dispendieux, n'ont jamais été de véritables cavaliers. Ils ont monté à cheval pour le chic, pour faire comme les camarades, mais sans plaisir réel, sans jamais éprouver ce sentiment d'intimité avec l'animal qui fait qu'on jouit de sa puissance musculaire comme si elle vous était person-
nelle, et qu'après avoir mis pied à terre, on se sent amoindri, incomplet, dépossédé de la plénitude de ses moyens.
Un cavalier ne renonce pas volontairement à son cheval, pas plus qu'un fantassin à la perte d'une de ses jambes.
De pareils sacrifices ne sont pas de ceux qu'on décide, c'est une nécessité
qu'on subit, une opération obligatoire à laquelle il faut savoir consentir, mais aux résultats de laquelle il est souvent bien difficile de se résigner.
Les sportsmen de l'hippodrome rambolilain me paraissent mettre en pratique l'axiome en vertu duquel l'amour serait le premier, le plus naturel et le plus passionnant des sports : toujours est-il que les jolies personnes s'y comptent dans une proportion inconnue ailleurs.
Elles ont d'autant plus de mérite que les professionnels sont en infime minorité.
sut le Trui'.
El c'est une bonne fortune inespérée pour l'étranger (|iii a lente le déplacement, d:avojr l'occasion d'admirer ce groupe de jolies femmes auxquelles leur situation dans le monde, l'importance de leurs fortunes, permettraient de rivaliser de laideur avec les Hottentotes les plus répugnantes sans cesser d'avoir droit aux plus respectueux égards.
Il faut bénir avec Gossuet les vues de la Providence, qui a voulu que les plus élevées par le rang et par la naissance fussent en même temps les plus belles.
Nous avons dit avec quel luxe étaient tenus les équipages qui amènent au pesage les châtelains des alentours.
Ils ne font pas partie delà catégorie qui professe que n'importe quel véhicule s u t iï t à la campagne et que c'est sur les routes départementales qu'il convient
d'user jusqu'aux jantes les voitures que le respect bumaiu le plus élémentaire interdit de sortir à Paris; ils pensent, au contraire, que la campagne est aujourd'hui le seul endroit où l'on puisse, sans avoir à craindre des démonstrations désobligeantes, risquer des équipages d'une certaine originalité cl montrer des attelages dont le passage serait certainement mal accueilli, notamment au faubourg Antoine : c'est en vertu de ce raisonnement que le
comte P i se sert régulièrement à Rambouillet de ses cinq postières
conduites à l'allemande, et ne les emmène jamais à Paris, où leur apparition, même dans les quartiers les plus civilisés, ferai! certainement révolution.
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II a fallu la venue du Czar à Paris pour que ses habitants refissent connaissance avec la race percheronne, disparue eu même temps que les diligences, les malles-postes et les postillons montés.
Le succès qui a accueilli pendant les fêtes franco-russes les chevaux gris de l'Elysée, qui n'étaient eu réalité que le dessus du panier de l'effectif de la Compagnie générale des voitures de Paris, se trouvait justifié par la qualité
des animaux qui lui étaient offerts en spectacle, mais la surprise causée parla réapparition d'une race oubliée a certainement contribué dans une large mesure à l'admiration du public.
Les jeunes générations n'ont pas connu les coupés huit ressorts de la poste impériale, que les juments baies choisies par le général Fleury traînaient des Tuileries au château de Saint-Cloud.
Ça marchait vile et droit, et ça ne manquait pas d'un certain chic.
Quant aux individus qui se rappellent avoir vu de leurs yeux le départ des malles-posles delà rue Jean-Jacques-Rousseau, ils sont aujourd'hui quelque
SIR LE Tl'RF.
peu croulants, et ce n'est pas étonnant puisque le dernier dépari de ces pittoresques véhicules remonte à quelque chose connue cinquante ans.
Ce qui l'est davantage, c'est qu'il est presque impossible à l'heure actuelle de reconstituer dans ses détails aussi bien le costume des hommes que le harnachement des chevaux de la poste royale.
Ni dans les estampes ni chez les fripiers ou ne peut trouver un équipement complet, et pour avoir le dessin exact d'une botte de postillon, il faut aller au musée de Cluuy, où l'on conserve le seul spécimen connu d'un ustensile que l'on rencontrait pendant la première moitié dn siècle à tous les coins de toutes les routes du territoire.
Tout passe, tout casse, tout lasse, et l'on perd jusqu'au souvenir de ce qui vous a été le plus utile et de ce qu'on a le plus aimé.
Boule d; Saint-Cloud. — Posli' de Xnpolc
A PROPOS DES ATTELAGES DES CHATELAINS DES ENVIRONS DE RAMBOl ILLET.
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