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CHEVAUX HONGRES

Il parait que les peuples heureux, qui sont en même temps les peuples sages, n'ont pas d'Iiisloire : c'est le contraire pour les chevaux.

Quand un poulain fait preuve au dressage d'un exécrable caractère et que, malgré tous leurs efforts, entraîneurs et jockeys ne parviennent à en tirer aucun parti, son malheureux propriétaire se voit obligé de recourir aux grands moyens et de faire pratiquer à son détriment la délicate opération qui du noble rang d'étalon le ravale au piteux personnage de cheval hongre, cet oncle du poulain, au même titre que le bœuf est celui du veau.

Cet humiliant sacrifice ne s'accomplit pas sans dangers, et sa réussite exige la réunion de conditions multiples qui ont chacune leur importance : tout d'abord l'habileté du praticien, ensuite l'installation matérielle de Téta-

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blissement où doit se passer le drame, et enfin l'intelligente application du traitement préparatoire destiné à mettre le patient dans l'état hygiénique le plus favorable et diminuer les chances d'accidents pendant et après l'opération.

Dans une race spécialement destinée à la reproduction, on ne l'applique qu'aux animaux d'un tempérament irritable qui doit faire prévoir de sérieuses défenses, et il est nécessaire, avant de rien tenter, d'abattre leur excessive énergie et d'atténuer leur nervosité par une médication spéciale... Ce calme factice une fois obtenu, on amène le cheval, la tète préalablement recouverte d'un capuchon de cuir capitonné, qui l'aveugle momentanément, le plus près

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possible d'un plateau mobile auquel il est rapidement fixé par de solides courroies; une série de trous pratiqués dans le plateau permet le passage de cordes terminées par des bracelets qu'on attache autour des paturons et permettent d'imposer aux membres la position que le praticien juge nécessaire de leur donner.

Ou fait basculer le plateau à l'aide d'une manivelle, et le cheval, couche sur une table fortement capitonnée sur laquelle il est exactement appliqué, se trouve à une hauteur convenable pour que l'opérateur puisse commodément effectuer son délicat travail.

L'appareil que nous venons de décrire s'appelle le Travail Daviau, du nom de son inventeur.

Il a depuis qu'on l'emploie, par l'immobilité qu'il leur impose, sauvé la vie à bien des animaux dout les mouvements désordonnés auraient fait dévier le scalpel des vétérinaires.

Pour réussir pareille opération, il fallait autrefois à ceux-ci beaucoup de bonheur, aujourd'hui ils n'ont besoin que de beaucoup d'habileté et de savoir : beaucoup possèdent ces deux grandes qualités.

Il est rare de rencontrer chez les particuliers un outillage qui, pour être simplifié autant qu'il est possible, n'en reste pas moins quelque peu encombrant.

Des établissements spéciaux où ou le trouve toujours prêt à fonctionner, le Haras des hautes pâtures, situé sur le bord de la Seine, au pont de Bezons, est certainement l'un de ceux dont le monde des courses se sert le plus 7olontiers.

Membre d'une ancienne famille de gros cultivateurs, des plateaux voisins

t pâtures. — Lf

! des vétérinaires»

de la vallée de Chevreuse, qui se savaient assez estimés pour n'avoir jamais éprouvé le besoin de changer de nom, M. Filou en est en même temps directeur et propriétaire; il possède une expérience déjà ancienne, puisqu'il était l'associé de son beau-père, M. Guillaume, au haras de Bures, aujourd'hui occupé par la remonte, et veille assidûment à la rigoureuse application des prescriptions de vétérinaires tels que les frères Garcin, M. Filard, spécialement attaché à la maison, et de bien d'autres spécialistes parisiens dont la plupart viennent fréquemment visiter les pensionnaires qu'ils lui ont confiés.

SI II i,e nur.

M. Filou dispose de cent quarante-huit boxes bâtis parallèlement cl coupes par une avenue qui traverse de bout en bout l'ensemble des constructions.

Son hôpital hippique, qui est en même temps une véritable maison de correction, puisqu'un grand nombre de ses pensionnaires en sortent absolument transformés au point de vue du caractère, est l'habitation la plus voisine de la maison de répression que l'Etat entretient dans la presqu'île de Gennevilliers.

On assure dans les environs que l'administration n'obtient généralement pas d'aussi bons résultats que M. Filou.

Il est vrai qu'il ne lui est pas permis d'employer les mêmes procédés.

Le lau du baras des taules pal

Le haras de Bures.

EXPRESSIONS TECHNIQUES

Couper. — Quand un jockey s>st placé devant un concurrent sans avoir sur lui une longueur d'avance, il a coupé son adversaire. Outre la bousculade qui peut résulter d'une pareille manœuvre, elle entraine, quand elle est prouvée, la disqualification de celui qui y a eu recours s'il a gagné, et le prix revient au cheval classé second.

EXPRESSIONS TECHNIQUES

Détresse. — Ou dit d'un cheval qu'il i est en détresse » quand, pendant la course, il ne peut, malgré ses efforts, suivre le train mené par les antres; il peut arriver qu'un cheval soit loin derrière sans que celle expression lui soit applicable : il faut qu'il y ait lutte, et lutte inutile, de telle sorte qu'on ail dès lors la certitude qu'il sera, de tous les coucrureuts, le premier à bout (le forces

EXPRESSIONS TECHNIQUES

Emballé — Un cheval est emballé quand le jockey qui le monte n'a momentanément plus assez d'empire sur lui pour le modérer dans sou yalop. — Définition textuellement empruntée à l'ouvrage de M. de Saint-Albin : « Les Courses de chevaux. ,i

LOXGCHAMPS

(l'est la maison mère de la Sociélé d'encouragement, dom les autres hippodromes ne sont que les succursales.

C'est certainement le plus admirable emplacement qu'il soit possible d'imaginer pour le plaisir des yeux et le plus heureusement conformé pour qu'on y puisse suivre toutes les péripéties d'une course : tout s'y passe à découvert, et les mouvements de terrain, assez sensibles pour que les chevaux y montrent nettement leurs différentes aptitudes, ne sont nulle part assez accusés pour les cacher brusquement aux observateurs.

Les rares bouquets de bois qui masquent les pistes à certains points sont trop peu importants pour faire disparaître le groupe des concurrents, au train dont ils marchent, pendant plus de deux ou trois secondes, et il est rare

qu'au cours de ces rapides éclipses il se produise uu incident capable d'influer sur le résultat d'une épreuve.

Les chutes sont heureusement rares en plat, car elles sont généralement graves, et malgré que mes souvenirs personnels remontent malheureusement pour moi assez loin, je ne me rappelle pas avoir jamais vu à la sortie d'uu de ces étroits rideaux de verdure moins de concurrents qu'au moment où ils y étaient entrés.

sur.int que le favori est ou n'est [us o au m i./ui de sa condition »

Ce qu'on voit par contre à peu près chaque année, c'est le spectateur imprudent qui s'ohsline à traverser la piste après la sortie des chevaux pour rentrer de la pelouse au pesage, subit à plusieurs reprises les refus des agents qui ont la mission de s'opposer à l'exécution de projets aussi téméraires, et ne parvient à tromper leur surveillance qu'au moment précis où, encore courbé pour avoir passé sous la clôture entre les jambes des spectateurs, il se trouve en contact avec le peloton, qui l'envoie avec la force irrésistible d'une trombe rouler, comme une pomme détachée par un vent de tempête, à des dislances invraisemblables.

SIR LE TDRF.

L'homme qui croit avoir « toujours le temps de passer » est la plupart du temps porteur d'uue contre marque de la tribune à cinq francs, appartient à la classe moyenne et ne possède sur les vitesses obtenues en courses et la possibilité de changer la direction de chevaux à pareille allure que des notions incomplètes.

Chose invraisemblable quoique exacte, il survit un petit nombre de victimes d'accidents de ce genre!

émeut le temps de Ira

Si on les interroge sur leurs sensations, celles qui sont sincères avouent n'avoir que des souvenirs parfaitement vagues, mais toutes s'étonnent que les jockeys aient eu « la férocité » de ne pas se détourner de leur chemin.

Celle ignorance absolue de ce qu'il est possible de faire à un cavalier lancé à pareille allure est la seule excuse à leur imprudence.

Elle ne l'explique cependant pas : on ignore généralement si la foudre peut ou ne peut pas se détourner du chemin qu'elle suit ; on évite cependant, non moins généralement, de se placer les jours d'orage sur le passage des courants d'air.

Le seul défaut de l'installation du pesage de Longchamps résulte de l'étendue des espaces à parcourir.

N'allez pas croire sur celte déclaration que je regrette que le pesage soit assez grand pour contenir la foule qui s'y porte à certains jours!

Il est tout naturel que les membres du Comité aient proportionné l'espace au nombre des invités qu'ils ont à recevoir; en agissant autrement, ils se seraient exposés aux mêmes critiques que les maîtresses de maison qui réunissent le ban et Parrière-ban de leurs nombreuses connaissances dans

In déport.

le salon, le petit salon, la salle à manger et l'antichambre d'un entresol du quartier Marbœuf.

Ce qui me paraît regrettable, c'est, par exemple, la longueur du chemin qui sépare le champignon des bookmakers, où l'on apprend la cote; des baraques du pari mutuel, où l'on peut utiliser les renseignements qu'on est parvenu à se procurer.

En outre, ce parcours, qui serait long pour des deux ans et qui est excessif

pour les jeunes femmes, qui ont le droit d'être délicates, et les messieurs vieux, qui ont le regret d'être fréquemment fatigués, doit s'effectuer sur un terrain détestable, d'une dureté exceptionnelle, recouvert de monolithes de gravier peu sensiblement inférieurs comme volume à celui de Louqsor et d'une inégalité telle que le macadam avant le passage du rouleau semble, par comparaison, le véritable tapis de Turquie.

Ajoutez que par le soleil il faut porter son ombre avec soi, et vous avouerez qu'on peut imaginer un confort plus complet.

Pourquoi, au lieu des grandes routes qui entourent la pelouse placée der-

Mallieun ui | urieurs en train d'accomplir If parcours des tribunes au pari mutuel.

rière la tribune officielle, qu'il est interdit de traverser, ne pratiquerait-on pas une série d'allées, qu'on abriterait sous des arbres plus ou moins feuillus?

Pourquoi, les jours de semaine, où le public est toujours moins nombreux, ne rapprocherait-on pas du ring et des paddocks les baraques du pari mutuel?

Pourquoi, les jours de grande sécheresse, n'arroserait-on pas avec moins de parcimonie ? Pourquoi ? ? ?

Je m'aperçois que j'ai l'air d'un grincheux, décidé à tout critiquer de parti

pris : c'est inexact , je dis qu'on pourrait tirer un meilleur parti d'un endroit naturellement merveilleux, parce qu'il me semble que l'on serait facilement partout aussi agréablement qu'on l'est aux abords des paddocks, à l'ombre, en pleine verdure, à la fraîcheur des arbres, et qu'on se fait rôtir inutilement sans bénéfice pour personne.

Un coin du paddock.

Ce vaste espace dégarni, derrière les tribunes, n'a d'autre résultat que de laisser voir l'ensemble de cet édifice.

Je crois qu'en le masquant de massifs intelligemment rapprochés lui-même y gagnerait, et je suis sûr que la majorité des sporlsmen bénirait le commissaire qui aurait l'idée de semer quelques oasis dans le Sahara qui sépare les paddocks des baraquements du pari mutuel.

Quant à celui qui ferait faire des passages, en pavés de bois, par exemple, je lui garantis que sa mémoire serait bénie par toute une série de générations.

Je ne crois pas qu'on réalise jamais les améliorations réclamées ci-dessus : on serait alors obligé de refuser du monde, car, dans l'élat actuel, la foule grossit chaque année dans une proportion que les statistiques établissent exactement et que constatent, pour la plus grande joie de la Société, les tableaux de recettes.

Ce serait à faire croire que l'amour du cheval est devenu chez nous, comme en Angleterre, une passion générale.

Il n'en est rien.

Nouvel aspect de l'avenue des Acacias, uu matin, à l'heure eliii

Le succès de toutes les mécaniques, aux pétroles les plus alambiqués et les plus nauséabonds, montre clairement que le cheval est resté pour la majorité de nos concitoyens un animal inquiétant, dont il est sage de toujours se méfier.

Ou n'est jamais sûr avec lui qu'il obéira demain aussi docilement qu'il l'a fait la veille, et qu'il sera disposé à se montrer aussi paisible aujourd'hui

qu'il l'était hier : avec une bonne machine, on est à l'abri de pareils changements de caractère, ça roule droit et du même train, et, ajoutent les partisans de ce vilain moyen de transport, s'il y a accident, la faute n'en est pas à l'instrument mais au mécanicien, tandis qu'avec les chevaux...

C'est en cela qu'ils se trompent, avec les chevaux comme avec les machines c'est toujours le conducteur qui est dans son tort.

La véritable cause de l'affluence du public aux courses est la passion du

jeu.

, les téritables protagonistes du sport eu Kr

Le moindre bookmaker a plus fait pour la réussite du sport eu France que les efforts désintéressés des plus fervents apôtres de l'amélioration des races chevalines, et l'établissement du pari mutuel a consacré le succès détinitif des courses en mettant l'élément démocratique en mesure de se mêler à « la partie » qui se joue à chaque épreuve.

Les femmes de toutes les fractions de monde ont suivi le mouvement et parient avec l'entrain qu'elles mettent à faire ce qui leur plaît.

Les méthodes qu'elles suivent brillent généralement par une fantaisie qui pourrait paraître exagérée si les résultats obtenus n'étaient pas fort souvent très supérieurs à ceux que donne aux gens raisonnables l'emploi de procédés plus sérieusement étudiés.

En matière de jeu, l'instinct se montre bien souvent plus clairvoyant que

le raisonnement, et la lucidité de certaines joueuses semble tenir du magnétisme. — « Mettez-moi cinq louis sur le numéro sept...

— Mais c'est une simple rosse...

— Elle gaguera...

— Qui vous l'a dit?

— Personne, mais je suis sûre qu'elle gagnera. » Et, en effet, le numéro sept donne un bénéfice énorme après avoir gagné avec la plus extrême facilité.

Avec ces joueuses impressionnistes, pas de récriminations.

— Ma pauvre enfaDt. vous aie» encore perdu...

— Qu'est-ce que ça fait, puisque c'est toi qui ca payer ! ! !

Si leur inspiration les a trompées, elles ne s'en prennent à personne et ne cberchent aucune explication à leur défaite.

Longcliamps est certainement le marcbé où se brosse le plus gros chiffre d'affaires et où les donneurs subissent leurs plus grosses perles.

Les parieurs en courses de plat jouent volontiers les favoris, et, quand un cheval leur parait « sur » , ils n'hésitent pas à payer les plus fortes proportions : les books ont beau élever la cote sur les autres chevaux, ils ne parviennent pas à contrebalancer leurs livres, et la victoire d'un cheval imbattable leur coûte alors de grosses sommes.

Pendant de longues années, l'accès du pesage est demeuré rigoureusement interdit à toute une catégorie de personnes trop élégantes ou précédées d'une notoriété trop tapageuse.

Le règlement portait simplement que l'entrée de l'enceinte était interdite à toute personne « non accompagnée » .

Dans l'application, le rigorisme était encore poussé plus loin, et des personnes qui, Dieu sait par quels procédés! étaient parvenues à décider de très authentiques gentlemen à les piloter dans ces parages interdits ont été, malgré qu'elles fussent dans les conditions de la lettre du règlement, impitoyablement éconduiles.

- Quelle est rette raiissante rocolte ? Tout simplement mudame lu duchesse de X*".

Les consignes données à leurs agents par les commissaires assuraient eu effet non seulement l'application du règlement dans ses dispositions écrites, mais dans son esprit, et les personnes trop connues pour pouvoir nier leur identité, qu'elles fussent accompagnées ou non, étaient obligées de retourner à leur voiture.

On a depuis longtemps déjà renoncé à ces exclusions que la morale expliquait, mais que la galanterie réprouve.

L'aspect général de la réunion n'a pas perdu à l'admission en franchise de

cette nouvelle catégorie d'élégantes, dont la tenue, d'ailleurs, est en général très suffisamment convenable et les conversations souvent beaucoup plus retenues que celles d'autres habituées de l'endroit parfaitement classées et très authenliquement légitimes.

Ces consignes pudibondes auraient du reste été bien difficiles à maintenir aujourd'hui que les femmes qui sont du monde et celles qui n'en sont pas s'habillent de façon identique, et je suppose que si l'on avait persévéré dans l'exclusion des toilettes excentriques et particulièrement tapageuses, certains employés, aussi mal renseignés que bien intentionnés, auraient commis de bien lâcheuses méprises et réintégré dans leurs véhicules, sans aucun des égards qui leur sont dus, un certain nombre de duchesses.

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Au surplus, les membres de la Société n'avaient aucun intérêt direct à persister dans l'intolérance des premières années, puisqu'ils ont à la disposition de leurs femmes, de leurs sœurs et de leurs filles des tribunes réservées où ces dames sont à l'abri de toute fâcheuse promiscuité.

Il est vrai qu'elles y séjournent peu, mais elles pourraient le faire, et dès lors... parfaitement, c'est qu'elles ne trouvent aucun inconvénient au contact qu'on voulait leur éviter.

SLR LE TURF.

Le plus joli coiu du pesage est, sans contredit, celui réservé aux chevaux. Le hangar qui les abrite se cache sous des arbres magnifiques qui donnent, quelle que soit l'orientation du soleil, une ombre d'autant plus bienfaisante qu'on la cherche inutilement partout ailleurs et que, pour l'atteindre, il a fallu traverser des espaces dénudés dont on ne retrouve les équivalents que dans les plaines de la Beauce ou sur les plateaux de la Brie.

Les pelouses autour desquelles les chevaux font leur promenade eu attendant la course à laquelle ils doivent prendre part sont merveilleusement entretenues et les pieds les plus délicats peuvent les fouler sans crainte d'y rencontrer aucune aspérité.

De nombreux sièges placés au pied des arbres permettent d'examiner longuement et sans fatigue les concurrents des prochaines épreuves et d'étudier le jeu de leurs muscles et le degré de liberté de leurs mouvements : bien que faite au pas, leur promenade circulaire renseigne souvent mieux sur leur condition l'observateur attentif que leur galop d'essai, et bien des gens ont

SUU LK Tl'RF

trouvé là le motif qui leur a fait abandonner leur favori du papier et reporter sur un autre concurrent l'argent que le relevé des performances leur aurait fait perdre.

Je sais que les connaisseurs capables de tirer profit d'un semblable exameur sont excessivement peu nombreux.

Mais il suffit qu'il soit dans les habitudes de quelques spécialistes pour que l'exemple soit suivi par une foule de gens qui savent que les chevaux ont quatre «jambes » qu'ils appellent des «pattes », mais ignorent absolument l'influence que la construction de chacune d'elles peut avoir sur la vitesse ou l'endurance d'un animal; ils le regardent avec l'inutile obstination d'un rhétoricien qui cherche le sens d'un texte grec sans vouloir ouvrir sou dictionnaire et n'en comprend pas le premier mot.

De lous les mécanismes, le mécanisme animal est assurément le plus compliqué , et ceux qui eu saisissent à première vue l'harmonie sont infiniment rares. .

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si beaucoup, qui pratiquent religieusement cet examen préalable, se trompent dans leurs conclusions, s'enthousiasment à faux et décident leur choix sur des défauts de construction qui leur paraissent des qualités...

Les grauds jours de Longchamps : le Grand Prix, l'été, et le prix du Conseil municipal, à l'automne, les chemins qui conduisent à l'hippodrome disparaissent littéralement sous les flots de véhicules de toutes espèces qui y amènent, dans les conditions les plus varices, les oisifs de toute condition que renferme la capitale.

Tout ce qui est capable ou parait capable de rouler est mis en mouvement : des voilures qui ne sortent que ces jours-là sont bondées de voyageurs, et des

SUR LE Tl'RF

guimbardes qu'on n'oserait pas, en temps ordinaire, sortir de leurs remises trouvent plus de chalands qu'elles n'en peuvent raisonnablement contenir.

Toutes ne rentrent pas à domicile, et cette exhibition exceptionnelle constitue pour plusieurs le dernier voyage, la dernière course dans laquelle s'effectue la dislocation définitive et se produisent les avaries irrémédiables.

Dans ce défilé torrentiel , figure tout ce que l'imagination des carrossiers a produit depuis un demi-siècle.

Mails, landaus, chars à bancs, coupés, automobiles, voituretles, buggies, victorias, spyders, tricycles, hommes, femmes, enfants, vieillards, roulent vertigineusement emportés vers le même point : la fièvre de la vitesse sévit sur toute celte population.

C'est une contagion d'une espèce particulière qui frappe l'ensemble des automédons sous prétexte que c'est à des courses qu'ils conduisent leur chargement humain, ils lui donnent un avant-goùt des émotions de l'après-midi et se livrent à une lutte prolongée dans laquelle chaque voilure s'efforce de dépasser celle qui la précède. Rien ne les arrête!...

Les moyeux se heurtent, les garde-crotte s'arrachent, les timons pénètrent dans les capotes des victorias, crèvent le fond des coupés; on s'injurie, mais on ne ralentit même pas pour constater les avaries produites ou reçues.

Ou roule toujours, et quand même, on s'occupera plus tard des réclamations; pour l'instant, il s'agit seulement de marcher, et de marcher vite.

Pourquoi?

Dans quel but?

Il serait impossible de le dire : c'est l'habitude, il n'y a pas d'autre raison à donner.

On a marché du même train l'année dernière , on fera de même l'an prochain.

i tribune du Presideol de la République

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