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SUR LV, TURF. — LA CAMPAGNE NORMANDE

En route pour le travail du malin.

DEAUllLLE

LA GRAXDE SEMAIXE.

Trouville ne paraît pas se rendre compte de tout ce qu'il doit à Deauville.

Sans la création delà nouvelle colonie et la fondation du champ de courses, il y aurait longtemps que la vieille ville aurait dû renoncer à l'exploitation du voyageur ou se décider à une reconstruction générale appropriée aux exigences de la vie moderne.

C'est le succès des courses et l'attrait irrésistible que le pari mutuel exerce

même dans ses déplacements qui lui permet d'utiliser ses maisons délabrées et de voir s'animer encore pendant une courte saison les ruelles ridicules qui y usurpent le nom de rues.

La chance de cette cité grotesquement conformée et plus qu'insuffisamment nettoyée fut que l'avant-garde des tripoteurs, dont nous payons depuis de trop longues années les bénéfices exorbitants, eut l'idée d'acquérir à bas

Le travail du malin sur le cliamp de <

prix les prairies de la rive gauche de la Toueques, de les lotir et d'y installer un hippodrome que leur instinct de spéculateurs habiles les fit placer sous le patronage du duc de Morny.

C'était alors le roi de la mode, le Sagan du second empire, toujours prêt à s'intéresser aux affaires qui pouvaient procurer quelques bénéfices à leurs protagonistes, un mot qu'à cette époque on avait encore le bonheur d'ignorer.

Dans quelle mesure la spéculation a-t-elle réussi, je n'en sais rien; ce qui

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est certain, c'est que la Société des courses a prospéré, et que c'est sa prospérité qui, pendant la durée de ses réunions, maintient la foule dans les environs de son hippodrome.

L'origine de Deauville fait qu'on retrouve dans l'enceinte de son pesage toute la vieille garde des hommes qui ont fait la fêle sous le règne de Napoléon III.

Les conteinporaios du doc ont élé éprouvés par le temps

Ils ont pour la plupart l'aspect un peu croulant, mais ce théâtre des ébats de leur jeunesse donne à quelques-uns l'illusion qu'elle n'est pas terminée, et cela suffit pour leur faire accomplir religieusement chaque année ce pèlerinage aux lieux où ils brillaient naguère.

Les membres de la jeune génération se les désiguent à titre de curiosités, et ceux qui se rappellent les récits de leurs oncles fêtards racontent à leurs compagnons les aventures qui ont mérité jadis à ces épaves leur notoriété mondaine.

3(34 S lll LE TURF.

Bon nombre de ces invalides de la noce n'ont pas su se résigner à vieillir.

Ils s'obstinent à des costumes juvéniles, à des cravates priutanières , à des chapeaux enfantins qui accentuent d'une façon déplorable les ravages accumulés par les années.

On voit émerger de cols rabattus, noués de rubans de nuances attendrissantes, des gésiers lamentablement ridés dont la vue fait penser forcément à la mort prochaine de ces vieillards irréfléchis qui n'auront vraisemblablement pas le temps de penser à leur salut et seront bientôt emportés en pleine crise de coquetterie sénile... Que de raccords laborieux, que d'étayages minutieux, que de rassortiments essayés, pour remplacer ce qui a disparu,

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Dernières tiges de la précédente génération.

atténuer ce qui s'est produit ou dissimuler ce qui s'est exagérément développé sur ces silhouettes jadis élégantes 1

Que d'efforts inutiles, et comme, en croyant conserver ce qui n'est plus, on arrive souvent à empêcher de voir qu'il y a eu réellement autrefois quelque chose!

Combien de gens dont on aurait dit : « 11 a dû être rudement bien! » qui parviennent à faire crier : «D'où vient ce grotesque?" L'exhibition des com-

pagnons du duc avec leurs corsets, leurs râteliers, leur eau des fées et leur collection de postiches, est le côte douloureux du spectacle : il s'atténue tous les jours et disparaîtra par une élimination toute naturelle.

Le pesage de Deauvilie sera alors un spécimen complet d'élégance moderne, — l'île de Puteaux transportée sur les bords de l'Océan avec son personnel au grand complet et son merveilleux effectif féminin.

Ajoutez à ce lot nombreux de beautés aristocratiques la collection des demi-mondaines dont plusieurs méritent un examen attentif, et vous avouerez que l'amateur a dans l'intervalle des épreuves tout ce qu'il faut, non pour écrire comme il est dit daus l'ancien répertoire, mais pour se rincer l'œil fort agréablement. Joignez à ces séductions le charme d'un paysage normand de tout premier ordre, agrémenté de constructions pour la plupart suffisamment agréables à voir, avec la perspective de la mer et l'apparition eu bordure du champ de courses de voiles qui à marée haute émergent de la Toucques...

Toutes les constructions du pesage sont excessivement élégantes, d'un

genre normand éminemment parisien, mais c'est dans la profusion de barrières blanches des modèles les plus variés, formant clôture, avec portes, sans portes, enfermant des enceintes, en séparant d'autres, que réside le luxe spécial de l'installation de Deauville.

Ce blanc dans son immobilité ajoute au chatoiement des toilettes claires qui circulent en plein soleil, quand soleil il y a; car on cite des années où la pluie, la pluie normande, la pluie persévérante, n'a pas cessé une seule journée de la quinzaine pendant laquelle se prolonge la « Grande Semaine » .

Somme toute, le décor est digne du public.

Si l'on voulait citer des noms, il faudrait copier la moitié du Livre d'or, uu tiers du Tout-Paris et donner un quart des numéros du Téléphone.

Du reste, bien que la plupart des gens qu'on y rencontre soient des habitués de tous les champs de courses des environs de Paris et que leurs silhoueties soient universellement connues , la substitution des costumes ruraux à leurs toilettes citadines métamorphose complètement le plus grand nombre.

A Longchamps et sur les autres hippodromes voisins des fortifications, la tenue masculine est à peu près uniforme; ici, la fantaisie a plus de marge et

SIR LE TUKF.

l'on peut librement exhiber la combinaison de vêlements qui semble le mieux faire valoir les avantages naturels qu'on croit posséder.

Pour les chapeaux, par exemple, le choix à faire est très limité quand il s'agit de se présenter dans l'un des pesages parisiens; à Deauville, au contraire, tous les couvre-chefs peuvent se risquer et chacun a le droit d'y produire librement la coiffure qui lui parait la mieux appropriée à son type.

Celle liberté dans le choix amène parfois d'étranges combinaisons et donne souvent la preuve que le sentiment des proportions n'appartient pas à tous... il y a de si grands chapeaux sur la tète de si petits personnages que ces derniers disparaissent et que les premiers ont l'air de marcher tout seuls; quand un certain nombre de ces chapeaux automobiles se trouvent groupés au pied d'un arbre, on croit assister à l'éclosiou d'une famille de champignons...

Il y a d'ailleurs encore plus laid que ces feutres disproportionnés : l'hor-

rible casquette plate! sans laquelle il serait, parait-il, impossible de conduire une voiture automobile.

Elles pullulent maintenant, ces épouvantables coiffures, et l'on ne me fera jamais croire que tous leurs propriétaires soient également possesseurs même d'un simple tricycle à pétrole.

J'ai dit, n'est-ce pas, combien l'aménagement matériel était soigné dans tous ses détails.

C'est aux commissaires de la Société que sont dues les améliorations successives de l'installation.

I, 'horrible < asquette plate, sans laquelle il est, parait-il, impossible de conduire un automobile en France ou d'être domestique en Allemagne. Le président, le comte Florian de Kergorlay,

a la grande expérience de toutes les questions de sport, et la direction de la Société, malgré l'activité qu'il y dépense, n'est pour lui qu'un poste de retraite par comparaison à ses précédentes fonctions.

Qui a pu le plus peut le moins.

11 est secondé par le comte Art. de Gonlaut et M. Henry Ridguay. Tous trois portent invariablement le cbapeau gris, mais combien différents par la forme !

Quand il n'y a pas courses à Deauville, c'est à Bernay ou à Cabourg que

fonctionne le pari mutuel, et les parieurs le suivent, mais le public n'est pas, quoi qu'on en dise, exclusivement composé de joueurs passionnés.

Ceux qui ne sacrifient à ce vice que de façon intermittente ont la ressource du polo, sinon comme acteurs, ce qui n'est pas à la portée de tout le monde, du moins comme spectateurs.

Même dans ce rôle effacé n'est pas admis qui veut dans l'enceinte réservée.

Les membres du club ont cependant la faculté d'y introduire des invités, mais ils n'usent de leur droit qu'avec la plus grande circonspection.

Cette réserve conserve aux réunions le caractère intime qui leur est propre et assure aux membres de l'association les délicates attentions des gens qui n'en font pas partie, mais sont tourmentés par le désir de figurer en aussi sélect compagnie.

Ce côté limited fait que le tableau est charmant, aussi joli qu'à Bagatelle.

Je sais bien que beaucoup qui, dans les comptes rendus, sont qualifiées de « belles madames » jouissent d'une laideur absolue et de tournures orthopédiques, mais tout cela est si bien orné, arrangé, dissimulé, redressé, équilibré, qu'elles n'arrivent pas à détruire l'harmonie de l'ensemble.

On ne voit à première vue qu'un groupe parfaitement élégant, et si, dans un examen plus attentif, votre œil est choqué par d'épouvantables masques maladroitement coloriés, il trouve à chaque instant d'heureuses compensa-

Quelqoes > l.ellcs midames . des compte» rendu

tions dans la découverte de charmantes et jeunes figures qu'on distingue moins facilement dans des agglomérations plus nombreuses...

Le rôle actif réservé à l'élément masculin présente un spectacle qui n'est

pas à dédaigner; les multiples évolutions nécessitées par le jeu font valoir l'habileté des cavaliers, l'élégance de leurs silhouettes, leur adresse, qui égale celle de leurs chevaux, et la simplicité de leur costume permet aux connais-

SLR LE TUIU".

seuses de recueillir sur les qualités de conformation des brillants champions une série de renseignements qui sont parfois utilisés.

Ou découvre des musculatures qu'on ne soupçonnait .même pas sous le frac et l'on s'aperçoit que des hommes auxquels on reconnaissait seulement

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WËÈÊmà

une jolie tournure sont de véritables modèles de force svelte et nerveuse, tels des chevaux qui sous les couvertures paraissent un peu ficelles et montrent, une fois découverts, des paquets de muscles de nature à rassurer les plus exigeants.

Pour les grands sporlsmen, ceux qui ont une écurie, voire même une

portion d'écurie, Deauville possède uue dernière attraction : les ventes de yearlings organisées et monopolisées par feu Chéri.

C'est maintenant son gendre, M. Mal Bronn, qui préside à ces solennités qui ont lieu dans l'enceinte même du pesage.

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Un nombre considérable de boxes, construits en arrière du pavillon des balances, hospitalise les convois amenés par les éleveurs, ce qui permet aux connaisseurs de se livrer, avant l'ouverture des enchères, à un examen approfondi des animaux qui leur sont offerts.

Scrupuleu

Cet examen a son importance, car il serait fâcheux de payer d'un prix considérable un produit du sang le plus fashionable qui serait possesseur de remarquables jardons ou posséderait un rein absolument défectueux ; mais cette importance n'est que relative, il peut empècber un achat, par la conslalation d'un défaut capital; par contre, il est rare qu'il le détermine; ce qui décide d'aussi importantes acquisitions, c'est bien plutôt le pedigree que l'aspect d'animaux dont le modèle se formule à peine et dont les qualités se devinent plus qu'elles ne se constatent.

Le moindre indice se confirme selon l'origine, et l'on escompte le déve-

SUIt LE TUItK.

loppement vraisemblable chez les enfants d'ime conformation qui a fait le mérite des parents.

Malheureusement, de même que parfois les fils des gens les plus estimables se montrent fripouilles incomparables il arrive que le fils d'un excellent étalon et d'une jument hors ligne devient une rosse exceptionnelle.

Ce sont, disait Bossuet, les secrets de la Providence, lesquels, par essence, étant impénétrables, sont particulièrement difficiles à deviner.

C'est pour ce motif que tant de craks au moins vraisemblables finissent en chevaux de prix à réclamer.

Malgré les déboires qui résultent de pareilles méprises, les ventes de Deau-

8! Irtno

Vente de yearlings, d»n« la cour de l'établissement Cliéi

ville offrent aux éleveurs un sérieux débouché, et aux propriétaires un moyen de remonte qui a donné à plusieurs d'excellents résultats.

Les noms des grands vainqueurs achetés aux ventes publiques sont dans

SLR LE TIR F.

la mémoire de tous les sportsmen : Plaisanterie, Nubienne, Maxico, Ruylilas, ont été payés, clans ces conditions, des prix dérisoires, ce qui ne les a pas empêchés de gagner la forte somme pour le compte de leurs heureux acquéreurs.

C'est ce qui explique la quantité et l'élévation des enchères croissantes à chaque nouvelle vente, pour la plus grande joie et le « betit pénéfice » de leurs organisateurs.

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Retour des courses. — Le dépari : 1 de la Brcautr

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