LE CHAPITRE DES PARIS
Quel sérail le véritable conseil à donner en matière de paris? — Serait-il stiiii? — Du jeu en général. — Systèmes variés. — Tous sont bons! — ■ Tous sont mauvais !
Le vrai conseil serait de ne jamais parier; mais, comme il ne serait certainement suivi que par une infime minorité, je pense qu'il est plus qu'inutile de développer les raisons tendant à démontrer que c'est le meilleur parti auquel un homme à la fois avisé et prudent doive s'arrêter : le malheur est que l'amour du jeu est encore plus répandu qu'on ne croit, et beaucoup en sont possédés qui fulminent le plus énergiquement contre lui.
Combien de gens ne se croient pas joueurs qui succombent à la première tentation !
Les bonneleurs le savent bien, et ce n'est certes pas parmi les habitués des tripots qu'ils vont chercher leurs victimes : il leur faut des clients plus naïfs, et, comme leur expérience les a convaincus que le joueur existe à l'état latent chez la plupart des humains, il leur suffit de choisir de bonnes figures émergeant de vêtements assez cossus pour leur faire supposer qu'ils renferment des porte-monnaie et des portefeuilles abondamment approvisionnés.
SUR LE TLRF.
Que sont, au surplus, les souscripteurs des valeurs à lots, sinon des joueurs qui s'ignorent?
Qu'est l'appàl du jeu? L'espoir d'un gain facile, rapide et considérable! 11 faut avouer que c'est bien tentant, et ne pas s'étonner que tant de gens n'y résistent pas.
Puisque le jeu est un instinct à peu près général, il n'y a pas à tenter de le supprimer : on jouera toujours et partout, aux courses comme ailleurs, et, ce qu'on peut soubaiter à ses amis, est simplement de jouer le moins bêtement possible.
Pour obtenir ce résultat, il y a mille précautions à prendre, dont la plus
importante est à coup sûr de ne pas parier quand même, de ne pas se croire obligé d'avoir son représentant dans toutes les épreuves auxquelles on assiste.
Bien souvent on n'a de préférence marquée pour aucun des concurrents, dont plusieurs paraissent avoir des cbanccs égales : c'est bien le cas de s'abstenir.
Ce qu'il faut suuhaiter
Cependant un écart de cote, un iSi; point de plus donné par un book-
maker, un renseignement favorable que vous entendez au passage, vous décident tout à coup, et voilà une mise disparue, qui, ajoutée à celle que vous comptez mettre dans la course suivante sur un cbeval auquel vous croyez fermement, vous aurait donné un bénéûce double. Perte des deux côtés qu'il aurait été facile d'éviter, subie sans conviction, même sans grand espoir de réussite, simplement pour avoir un intérêt dans la course.
Sous le prétexte que chaque course fournit un gagnant, la plupart des joueurs ne veulent pas laisser échapper la chance de le prendre, et s'en rapportent au hasard plutôt que de renoncer à la possibilité d'un gain, même complètement problématique. C'est une tendance déplorable à laquelle obéissent surtout les petits joueurs, qui prennent un ticket comme un billet de loterie, et se figurent qu'en multipliant leurs mises ils multiplient en
même temps leurs chances de bénéfice. On ne devrait jouer que quand on croit à un cheval une chance exceptionnelle. Une croyance de celte nature est généralement le résultat d'observations personnelles : ou le cheval dans ses courses précédentes a eu contre lui tels incidents qui ont empêché sou succès, ou il a suivi une mauvaise tactique, à moins qu'il n'ait été monté de façon à paralyser ses moyens, toutes éventualités qui sont faciles à constater quand on suit avec quelque attention et une bonne lorgnette les péripéties d'une épreuve.
Avec de la mémoire et une appréciation à peu près exacte du mérite des animaux avec lesquels on l'a vu lutter, on peut prévoir que tel cheval, précédemment battu par des animaux de qualité supérieure, doit facilement triompher dans un lot moius relevé.
Tel autre animal dont l'entraînement s'est achevé sur les hippodromes, aura si bien progressé qu'il vous sera facile de voir h quel moment il atteindra l'apogée de sa forme; de temps à autre, moins souvent qu'on ne dit, plus souvent qu'on ne croit, vous aurez constaté qu'un cheval régulièrement battu rentre au pesage sans un poil mouillé; de toutes ces observations vous déduisez des conclusions dont l'application vous amène à profiter de cotes très
cent louis de mon cheval? rr . . , . .
sutusamment rémunératrices, qui vous permettent de vous tromper quelquefois sans que votre hourse en soit sérieusement éprouvée. En tout cas, vous limitez les occasions de perdre, puisque vous ne jouez que quand vous vous êtes fait une conviction qui, pour s'établir fermement, vous fait assister à un certain nombre de séances pendant lesquelles vous êtes obligatoirement réduit au rôle de spectateur aussi désiutéressé qu'attentif.
Celle façon de procéder a, en outre, l'avantage qu'en cas d'insuccès, on ne peut s'en prendre qu'à soi-même, ce qui n'est pas le cas quand on se livre à la chasse aux renseignements.
Il arrive fréquemment, en effet, que l'individu qui vous en approvisionne se borne à désigner successivement chacun des chevaux engagés à un nombre égal de parieurs comme étant le gagnant inévitable, procédé qui
équivaut au rétablissement de la poule à son unique bénéfice, puisque le gagnant inconnu, mais certain, ne manquera pas de le récompenser magnifiquement.
D'autres joueurs adoptent une écurie et ne jouent que ses chevaux; c'est une façon comme une autre de s'associer, sans son consentement, au propriétaire sympathique; le tout est de le choisir heureux, et c'est alors tout héuéfice; ou ne contribue pas aux frais, et l'on participe aux bénéfices.
Certains jo
ne risquent I< ont prépares.
rs ont leurs jockeys pt leurs entraîneurs préfères, e argent que sur les elievoul qu'ils montent ou qu'ils
D'autres suivent seulement la
monte d'un jockey préféré, mais ce
système exige une mise de fonds
assez importante. Les jockeys qui recrutent ce genre de clientèle sont, en
général, de fines cravaches auxquelles on confie les favoris.
S'ils gagnent, le bénéfice est limité, souvent inférieur à la somme risquée; aussi, pour peu qu'ils soient battus plusieurs fois de suite, la balance s'établit en perle, à moins qu'on n'ait suivi dans ses mises une martingale quelconque qui répare, le jour du succès, les perles antérieures.
Celle méthode présente un autre inconvénient.
Si votre jockey de prédilection prend une forte tape, vos opérations se trouvent interrompues jusqu'à son complet rétablissement et, s'il vient à disparaître et que vous soyez absolu dans vos convictions , définitivement arrêtées.
Pour obvier à cet inconvénient et ne pas mettre, comme on dit, tous les