‹ Sur le vieux clavier; poèmesChapitre 19 sur 63 · L'ENVIE · texte numérisé non relu

L'ENVIE

L'homme qui cherche, autour de lui, de la lumière

Et qui, devant ses pas, ne voit point de clairière,

Qui se sait à jamais de Chanaan banni,

L'Homme qui porte un cœur affamé d'Infini,

Qui s'acharne à bâtir sur une terre libre

Un asile oii ses fils pourraient s'aimer et vivre,

Cet Homme forge un fer terrible avec son mal.

Et, sachant que le diable est maître de la vie.

Il égorge, irrité, les dieux de l'idéal

Et, sur toute Fortune, il vomit son envie !

A Madame la Duchesse de Rohan

BALLADE

Noël à Gringoire et Villon...

Chants et flambeaux de Notre-Dame Mêlent leur douceur et leur flamme Au vol léger du carillon.

— Si j'étais cloche ou bien prière !

Je pourrais, vers le grand ciel bleu, M'envoler et goûter un peu

Au festin de Dieu, notre père.

Mais où sont vos Noëls d'antan Où l'espoir consolait le monde ?

Fantômes, faites votre ronde :

Il est mort le divin enfant...

— Si j'étais cloche ou bien prière !

J'entrerais dans votre Sion

Pour gagner la rédemption Qu'attend, depuis toujours, la terre.

Maîtresse fatale, ô Beauté, Viens briser le fer de mes chaînes, Jette tes roses sur mes haines Et m'enivre de pureté.

— ' Si j'était cloche ou bien prière ! Las des paradis dévorants, Vous viendriez, poètes errants, Enchanter à nouveau la terre.

Le monde a besoin de chansons.

De chansons douces et magiques.

Pour mener ses destins tragiques Jusqu'aux livides horizons.

— Si j'étais cloche ou bien prière !

M'entends-tu clamer, ô Villon, Par cette nuit de réveillon, L'éternel tourment de la Terre .?

— Envoi —

Duchesse, ce serait fini De l'envie et de la misère.

S'il n'était pas sourd l'Infini....

— Si j'étais cloche ou bien prière !

A Robert de la Vaissiere

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