‹ Sur le vieux clavier; poèmesChapitre 20 sur 63 · L'ADIEU · texte numérisé non relu

L'ADIEU

Comme Décembre est loin! Te Souviens-tu de notre Chère nuit où la Terre, amoureuse du Ciel, S'enivrait ? Nous étions étrangers l'un à l'autre ; Cependant notre chair s'unit en un réel Et tendre emportement, parce que nos détresses, Nos fatigues, nos deuils, nos nubiles jeunesses Etaient semblables.

Tu connaissais des chansons ; Ton rire rappelait le rire des pinsons. Ton sein ne mentait pas ; j'étais timide et probe... Tu pris mes baisers neufs. Et ta petite robe Te faisait — souviens-toi - comme un calice noir D'où jaillissait ta grâce, acquise à mon vouloir. Paris nous écrasait. Et pour nos allégresses Nous rêvions d'une mer aux fécondes caresses. Nous rêvions d'un beffroi - comme un aïeul penché

Sur le front d'un vieux bourg nimbé de solitude. Et cet âpre Noël nous semblait le prélude Du paisible bonheur que nous avions cherché.

Femme, sur les sommets que nous avons connus, Vide la coupe d'or des matins ingénus.

Je veux que mon adieu, clair comme une harmonie. Ne froisse point tes nerfs, ni ton désir obscur De posséder dans l'Homme un idéal plus pur. Oui, va vers ceux qu'un chant entraîne dans la Vie !.. Je te quitte et reprends un automnal chemin, Je laisse ton avril parfumé d'aubépines, Et je ne dirai plus à mon cœur : " C'est demain Que tu la verras, près de toi, des églantines Au corsage, descendre, en jouant, les sentiers Jusqu'à la halte douce, au pied des noisetiers. " Mais je garde en mon être encor brûlé de fièvres Le souvenir exquis de tes baisers secrets Et la molle langueur de tes gestes coquets... Que mon adieu fervent ait pour linceul tes lèvres !

Dit par Marcel Olin.

A M. et M"^^ Edmond PaiUot

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