‹ Sur le vieux clavier; poèmesChapitre 21 sur 63 · LA PLUIE · texte numérisé non relu

LA PLUIE

La pluie a des accents et des plaintes sans nombre... Lorsque, telle une source, elle jaillit du ciel, On dirait que l'azur, sur l'épaule de l'ombre, Sanglote, fatigué de gloire et de soleil.

Elle est la voix multiple et douce qu'on écoute. Par les soirs lourds d'Eté qu'embaument les jasmins; Avec qui notre esprit, dans les heures de doute, Peut converser, en attendant de clairs matins.

Toute âme porte en soi comme un ciel éphémère Où l'ombre se mélange à des enchantements. Mais ce ciel crève aussi dans les nuits de misère Et tout être a connu ces sourds déchirements.

Quand notre cœur malade étouffe et que la pluie Mouille le chaume sombre ou l'ardoise qui luit, Il semble que l'Espoir sur lequel il s'appuie Soit plus sûr, soit plus fort et soit plus près de lui.

Le chemineau retient cette plainte infinie De la pluie habillant de brume le hameau, Et l'averse l'apaise, et sa course finie, Le gueux ne saura plus menacer du couteau.

L'homme n'est pas cruel quand s'émeuvent les choses. Le toit qu'il aperçoit, au loin, lui dit bonsoir Et, malgré sa fatigue, il cueillera des roses Pour en fleurir le seuil qu'il va franchir ce soir...

Quand la harpe des bois vibre aux vents de l'automne. Quand je vais inquiet cherchant ma vérité. Mon cœur se donne à la rafale monotone. Car le chant de la pluie est un chant de bonté.

A Monsieur André Bénac

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