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LA HARPE

(légende celtique)

C'est un roi - poète d'Armer Qui, de sa flûte aux tuyaux d'or, Enchante la Vie et la Mort.

La forêt, le ciel et la grève, Les échos, le vent qui se lève.

Ecoutent la flûte et son rêve.

Et les sirènes, tour à tour.

En vain, lui disent leur amour.

A leur appel, il reste sourd.

- Homme divin qui nous redoutes Prends nos baisers, quitte ta route, Notre étreinte étouffe le doute.

Par nous, tu sauras la beauté

De l'éternelle volupté...

Mais le roi craint leur fausseté.

Il reprend sa chanson si douce Et, marchant dans la lande rousse.

Il songe au Destin qui nous pousse.

Mais, il entendit, un beau soir.

Une voix qui sut l'émouvoir.

Elle disait : "Je veux t'avoir.

Viens dans ma couche de lumière ;

Je ne puis vivre sur la terre

Plus de trois jours ^ 6 roi, mon frère.

Mais qu'importe ! Sois mon amant, Apprends moi le divin tourment De l'amour, o barde clément. "

Alors la princesse de l'Onde Vint se donner au fils du Monde, L'enivra de sa beauté blonde.

L'extase dévora leurs yeux, Ils ne virent pas que les cieux.

Trois fois ^ s'assombrissaient sur eux

Au quatrième jour d'ivresse, Mourut l'imprudente princesse...

L'Océan clama sa détresse.

Le roi d'Armor pleure, éperdu, Il contemple le corps tordu Comme un bel arc qu'on a tendu.

Ah ! qu'elle est sombre sa misère.

Or, les Puissances de la terre Lui font dévoiler tout mystère.

Il réfléchit... ferme les yeux De la morte, prend ses cheveux.

Tresse cinq cordes de son mieux,

Les noue aux pieds de la princesse,

Fait une harpe de tristesse

Pour bercer son cœur en détresse.

Le roi pose ses doigts... Soudain Vibre le souple corps humain Sous les caresses de sa main.

Émerveillé, le roi s'enchante

Car c'est l'âme de son amante

Qui, sous ses doigts, gémit et chante.

Et le poète de l'Armor Ayant fait son œuvre, la Mort Le couche sur la harpe d'or !

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