LA FORET
Une futaie épaisse où percent les rayons
D'un soleil aussi clair qu'un rêve d'âme pure,
Une houle de fleurs, du vent dans la ramure.
Un murmure très doux de lointaines chansons,
Tel est le bois profond qu'habite ma chimère
Avide de silence. Et c'est dans ces bosquets
Que mon âme d'amour va faire ses bouquets
Dont les plus frais parfums iront vers vous, ma Mère.
Qu'il serait doux de vivre ici, loin de ce monde.
Loin des temples remplis de vermine et de sang.
De passer ici-bas sans avoir fait la ronde
Des vices accouplés au crime triomphant ;
Et comme l'on pourrait, écoutant la Sagesse,
Elever vers le ciel ce cœur chargé d'ennui^
Et, tel un lourd vaisseau sur le flot qui l'oppresse,
Atterrir sur la grève avant qu'il fasse nuit.
A la mémoire de "Jean Gounouilhou.