LE GRILLON
Les foins sont coupés, et l'haleine Des vents enivre les bosquets ; Et je vais, cherchant la verveine,
La Ion laine.
Dont je veux faire des bouquets.
Sur un tapis de marjolaine, Voltige, fier, un papillon Qui, de son aile souveraine,
La Ion laine.
Fait ombre au tout petit grillon.
Tous les deux ont senti la haine Mordre leur cœur, tout comme nous.
L'un dit : " Toute fleur est ma reine. "
La Ion laine !
L'autre : " Je berce les blés roux. "
Soudain, une enfant inhumaine
Les poursuit, les prend tous les deux ;
Dans une cage qui les gêne,
La Ion laine.
Les enferme, les malheureux !
" Adieu, l'aimable prétentaine ! "
Dit le grillon à l'orgueilleux,
" Unissons nos cœurs dans la peine,
La Ion laine, Et nous regarderons les cieux ! "
Lors il rythma la cantilène Des grillons, amants de l'Eté ; Et la cigale, de son chêne,
La Ion laine, Leur dit l'hymne de liberté.
Le soleil d'or poudra l'antenne Du papillon coquet encor ; L'enfant que la bonté ramène,
La Ion laine.
Ouvrit la porte à leur essor.
Suivons l'exemple, et que la chaîne Des mensonges et des douleurs Se brise à l'aurore prochaine,
La Ion laine.
Où les hommes seront meilleurs !