‹ Sur le vieux clavier; poèmesChapitre 6 sur 63 · LE BONHEUR · texte numérisé non relu

LE BONHEUR

De l'aube jusqu'au soir, par la ville ou la plaine Et par tous les chemins de sa vie incertaine, L'Homme-enfant a toujours poursuivi le Bonheur; Ce cygne qu'il rêvait d'enfermer dans son cœur.

Ainsi, - vers le Bonheur, je suis allé — pauvre être ! Ma jeunesse et l'espoir l'avaient choisi pour Maître, Docile, j'écoutais les pharisiens menteurs Qui me montraient l'Oiseau planant sur les hauteurs.

— " Marche sur le sentier que la Vertu te trace Disaient-ils — Crois au Dieu qui protège ta race, Les lys du sacrifice et de la pureté Attireront vers toi l'oiseau qui t'a tenté. "

Mes prières, mon frère, étaient lourdes, sans ailes. Elles n'ont pas atteint les sphères immortelles ; En vain, aux champs de vie, ai-je fait mes labours. Mes grains n'ont pas germé, les dieux sont restés sourds.

La Nature, à son tour, m'a dit : " Change de route, Il n'y a que l'Amour que le Bonheur écoute, Sois celui qu'un baiser enivre et fait souffrir, Car l'amour au bonheur saura toujours s'unir.

Ce bel oiseau, vois-tu, n'est pas que dans la nue. Il est tout près de toi, sur une épaule nue. Dans un rayon, dans un regard, une chanson. L'être qui sait aimer le tient dans sa maison."

Mon frère, comme toi, le rêve des Poètes M'a fait songer et croire à d'impossibles fêtes Où le Bonheur ferait à l'Homme bon accueil ; Les grands vents de la Vie ont brisé cet orgueil.

Notre égoîsme est vain et notre toi stérile... Rechercher l'absolu, frère, c'est inutile. Nous sommes sous le joug de Dominations Sourdes à nos pleurs, à nos malédictions.

Le Bonheur qui nous tente est un oiseau qui passe Dans le ciel de l'Enfance et dans toute douleur, Nul ne pourra jamais le garder dans son cœur, La cage est trop étroite et l'oiseau vit d'espace.

Poème dit par Henri Valbel de VOdèon.

A "Jean Richepin

LES TOMBELIERS

Passants, ce sont les tombeliers Dont les torses sont des piliers Soutenant leur cœur à l'ouvrage ; Sombres, ils vont, fumant, crachant, Battant dru leur cheval puissant, Travailleurs des nuits sans mirage.

Passants, pareils au noir corbeau,

Ils se remplissent le cerveau

Des parfums lourds de la charogne ;

Bourreaux de l'immondicité.

Ils débarrassent la cité

De tout bourrier. - C'est leur besogne.

Passants, peut-être ont-ils l'ennui, Ces lourds hercules de la nuit, Et rêvent-ils une autre scène ?

La rue et les ruisseaux salis N'ont pas creusé ces larges plis Qui sont le blason de leur peine...

Passants, leurs cœurs sont dégoûtés Des hommes, de leurs lâchetés, Et la nuit jette sa grande ombre.

Il existe des saletés Anciennes dans les sociétés.

Ils rêvent la lessive sombre...

Passants, alors les tombereaux

Seraient lourds comme des tombeaux

Pleins de têtes, sanglantes, pâles ;

Dans le charnier des entités

Ils jetteraient, décapités,

Les vieux débris de nos morales !

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