LE BEAU VOYAGE
- Vierge, j'ai fait un beau voyage Très loin, au pays du Bonheur, Où jamais ne passe un nuage, Où jamais n'agonise un cœur.
J'ai fait ma moisson d'allégresse Dans les sillons de l'Irréel Et, guidé par une Déesse, J'ai forcé les portes du Ciel.
Douce Antigone ! O sensitive !
Je n'osais l'effleurer des doigts ; Plus belle que l'aube craintive, J'adorais son geste et sa voix ;
Et le rayon de ses yeux calmes Enveloppait mon cœur d'enfant Et, près des sources, sous les palmes, Elle m'enlaçait doucement.
— Sois poète, me disait-elle, Méprise les calculs humains, A l'amour ne sois plus rebelle, Et crois en de pur& lendemains.
Qu'importe l'erreur de ton rêve
S'il berce et rend l'Homme meilleur,
S'il lui tait déserter la grève
Que battent les flots du Malheur !
— Vierge, j'ai fait un beau voyage Là-bas, sur les rivages bleus !
L'enchantement de ce mirage.
Je l'ai puisé dans tes grands yeux.
Et s'il est vrai que le Poète De la Vie est toujours vainqueur, Vite, mets ta robe de fête.
Partons, au pays du Bonheur !