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LES COUPS DE MASSUE

L'Allemagne n'a plus espoir qu'en ses sousmarins.

Or, en 1918, ses sous-marins sont construits trop vite : coques en acier médiocre, moteurs et torpilles mal réglés. Sitôt prêts, on les pousse dehors avec l'ordre de gagner l'Atlantique ou la Manche, pour y couler tout ce qui flotte.

Ceux qu'on oblige à passer par le Pas de Calais sont condamnés à mort, sans sursis. Les autres font le grand tour par la Baltique, le Sund et le Skager-Rack pour éviter les abords d'Héligoland truffés de mines. Ils doivent ensuite longer la côte de Norvège à la toucher, car toute la mer du Nord

est gardée dessus et dessous. Ils sont à bout de forces avant d'aborder les « lieux de pêche ».

Et les équipages en ont assez... Plus de volontaires. La forte solde ne tente plus personne. C'était bon à l'époque où nul ne savait se défendre contre l'invisible. Mais, en 1918, les quarante sous-marins ennemis qui tiennent la croisière sont guettés sur toutes les mers par quatre mille patrouilleurs.

L'audace allemande est morte. Songez aux innombrables transports de troupes et de matériel qui sillonnent la Manche en 1918, année de l'offensive désespérée des armées germaniques, année de la riposte foudroyante du maréchal Foch. Eh bien, pas un de ces transports n'est attaqué.

Quarante sous-marins à la mer, ai-je dit. Ils forment la fraction disponible des cent quarante bateaux que possède encore l'Allemagne. Cent navires sont donc en avaries ou au repos, en attendant leur envoi à la mort.

Car, maintenant, nous détruisons plus de sousmarins que l'ennemi n'en peut construire. Voici des chiffres. Dans les cinq premiers mois de 1918, l'Allemagne met en service vingt-trois bateaux, et les Alliés en anéantissent cinquante-trois, dont dix sur les bancs de Flandre et dans le Pas de Calais.

Les bancs de Flandre et le Pas de Calais sont devenus le cauchemar des sous-mariniers. On compte,

gisant éventrés sur leurs sables et sur leurs boues, autant d'L. d'UB et d'LC que dans toutes les autres mers réunies. Insatiable, le barrage Folketone-Gris-Nez dévore tous ceux qui osent tenter le passage. Les beuveries de la maison Catulle ont, je vous jure, perdu leur gaîté, et les parois de la cave sont trop petites pour qu'on v puisse accrocher les portraits de tous les commandants disparus... Ceuxlà sont des braves. Malgré leurs bateaux de ferraille et leurs équipages de rebut, ils continuent de prendre la mer...

Jusqu'au jour oii Bruges, leur base, de^'ient leur prison de par le plus beau fait d'armes naval de tous les temps et de tous les pays.

Je parle ici des embouteillages de Zeebrugge et d'Ostende, gloire immortelle de la marine anglaise'. Certes, nous, les Français, v pensions depuis longtemps. Dès le 31 décembre 1914, notre capitaine de vaisseau Xoël avait soumis à ses chefs un plan complet de ces attaques. Or, à cette époque, le môle de Zeebrugge, le môle infernal, était sans défense... Peu à peu, canon lourd après canon lourd, mine après mine, blindage après blindage, le port de Zeebrugge et le port d'Ostende sont devenus in\-iolables, et les admirables marins d'Angleterre les ont violés.

Les coups de la massue britannique, assenés à Zeebrugge le 22 a\TLl et à Ostende le 10 mai 1918,

dépassent de très haut comme importance la fermeture de deux chenaux, même quand ces chenaux mènent au plus dangereux repaire. Ces victoires ont sonné le glas de toute la marine allemande qui a recommencé de trembler devant les vainqueurs. Elles ont enlevé aux marins d'Allemagne ce qui leur restait de confiance en leurs chefs. Zeebrugge et Ostende ont préparé les mutineries de Kiel et la honteuse i-eddition de la flotte de haute mer, tache ineflfaçable dans le paviQon naval germanique.

Les noms de Zeebrugge et d'Ostende chantent justement la gloire des marins d'Angleterre dans le monde entier. Mais le monde entier oublie, ou ignore, que, sur les bancs de Flandre, des navires et des marins français ont, eux aussi, quatre années durant, combattu, souffert et péri.

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