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LA PATROUILLE

EN rade de Dunkerqne, quatre torpilleurs d'escadre sont mouillés. Mouillage forain, très dur à tenir par gros temps d'ouest. Aujourd'hui, le vent souffle du nord-est, en tempête s'il faut en croire le sémaphore, lequel a hissé les deux cônes, la pointe en haut. Les bancs Smal, Breedt et Hill abattent un peu la houle, permettant ainsi aux ancres de rester crochées dans le sable du fond.

Deux heures après-midi. Aux drisses d'un des torpilleurs monte le signal d'appareillage. En route. Ligne de file, cap à l'est. L'Oèwsier, le Tromblon^ VEtendard et le Carquois partent pour la patrouille habituelle le long de la côte belge grise et basse,

jusqu'à la frontière de Hollande qui marque l'extrémité du champ clos.

Dans la passe de Zuydcoote, les bateaux commencent de mettre le nez dans la plume. Salutations courtoises d'abord, puis courbettes de grand respect, profondes et saccadées, mêlées de roulis d'ivrognes. Les premiers embruns claquent sur les tôles et tambourinent comme une averse de gravier contre les vitres des passerelles.

La passe franchie, voici le West-Diep, dit aussi rade de Nieuport, fosse comprise entre les bancs Smal et de Nieuport et le talus sous-marin de sable gris qui épaule la côte comme pour l'empêcher de glisser dans la mer.

Par tribord défilent les derniers clochers de France : Zuydcoote, Ghyvelde, Bray-Dunes. Les deux tours inégales de Furnes, flèches dominant encore le petit lambeau de terre resté libre dans la Belgique envahie, jaillissent d'une houle de collines vertes où la dune du Frère fait une tache pelée et grisâtre. Tout près d'elle, on aperçoit le petit sémaphore de La Panne.

Par bâbord s'étale la mer du Nord, lugubre et verte.

Les tangages sont plus forts. A l'avant, sur leur petite plate-forme, les canonniers du 65 millimètres s'abritent comme ils peuvent derrière le blindage en

tôle d'acier... Avec un bruit de tonnerre et une secousse à tout casser, une lame coiffe le gaillard, le balaie à hauteur d'homme, rencontre et submerge l'affût, déferle contre le bas de la passerelle comme pour l'arracher, puis s'écoule en lourdes cascades tribord et bâbord. Impossible de tirer sur l'avant. Impossible d'armer le seul canon sérieux du bord. On n'a plus pour se battre que quatre 47 millimètres et les torpilles. Bah! S'il y a rencontre, on se débrouillera tout de même avec toutes les pièces... Par le travers bâbord, la mer furieusement déferle sur les bancs traîtres et bossus. A cinq cents mètres dans l'ouest de Nieuport, un fossé débouche sur la mer : l'extrémité de la dernière tranchée du front. Plus loin, la côte est farcie de canons enterrés, blindés, camouflés. Attention! Les Allemands tirent de loin, et leurs affûts, calés sur des plates-formes inébranlables, donnent à leurs obus toutes chances de faire mouche.

La mer du Nord, semée d'épaves, roule ses flots devant cette côte-là.

Les commandants des torpilleurs sont sur leurs passerelles. Ils y restent jour et nuit, parés à la manœuvre, aux signaux, aux évolutions, aux alertes, à l'imprévu de la mer et de la guerre. Sur une sangle ou sur un pliant, ils attrapent parfois une heure d'un

sommeil si léger qu'ils devinent les coups de barre au halètement saccadé du servo-moteur, les changements de vitesse à la vibration de la tôle sous leurs pieds, les embardées aux modifications dans le rythme du roulis et du tangage. Aussitôt, les voilà debout. En trois secondes ils ont vu, compris, manœuvré, évité, souvent d'un cheveu, la collision.

Dans le jour qui déjà décline, le pays devient étrangement monotone. Où sont les champs, les arbres, les villes? On ne voit que des dunes.

Des dunes basses, dont le sable est par endroits plaqué d'herbe pauvre et d'ajoncs. Les villes, les arbres et les champs doivent être cachés derrière. Ah! un créneau! Regardons vite. Durant quelques secondes se montre une tour à sommet plat. Que dit la carte? Lombartzyde.

Lombartzyde, Nieuport : noms qui sonnent la bataille. La Panne : dernier réduit de la résistance belge, où tient et tiendra jusqu'au bout Albert I^^, où tient et tiendra jusqu'au bout la reine Elisabeth au milieu de ses soldats blessés...

Au bord de la mer du Nord, sur quoi flottent les mines en dérive.

Elle se creuse de plus en plus, cette mer. — Un peu de temps ce soir, dit philosophiquement le lieutenant de vaisseau Guy, commandant le Trom-

blon. Bah! En revenant, nous aurons la houle dans le dos.

Parmi les rudes hommes qui commandent les torpilleurs français, Guv est le plus solide, le plus

calme, le meilleur marin. Les chefs de Dunkerque en sont fiers et, quatre années de guerre durant, refuseront de le laisser partir. Après le Tromblon^ on lui donnera une escadrille' qui se surpassera. Il est le chef d'avant-postes rêvé et le plus fin manœuvrier de la flottille'.

L'escadrille continue sa route. Par bâbord viennent de disparaître, au large, des destroyers anglais appareillés en même temps que les nôtres et qui vont monter la garde.

Dans la mer du Nord d'où viennent les neutres sans foi.

Des dunes, toujours des dunes à tribord de VObusier, du Carquois, de VEtendard et du Tromblon. Le coq du clocher de Mariakerke a l'air de sauter d'un sommet à l'autre comme pour surveiller la mer. Les monticules de sable poudroient, sous la brise, en nuages jaunes. On croirait côtoyer un désert sans soleil. Mais voici que surgissent les dômes multicolores d'un palais d'Orient. Sur sa droite, un grand yali pourpre, comme ceux qu'habitaient, sur le Bosphore, les princes grecs vassaux du Grand Seigneur. D'autres palais encore, des blancs, des roses. Illusion sans doute, que les rafales de nord-est vont dissiper...

Mais l'image de féerie persiste. C'est Ostende avec son kursaal, ses palais et ses palaces et, à l'arrièreplan, des cheminées d'usines qui, de loin, semblent

des minarets. Ostende, ville de plaisir devenue ville de souffrance. Ostende, dont la digue immense porte des batteries par dizaines, et dont les dunes sont creusées d'alvéoles bétonnés, abris de mitrailleuses et de canons allemands.

Par tribord arrière, bientôt l'apparition se cache

derrière la dune espagnole et la dune du Coq que dépasse la tour carrée de Wenduyne. L'escadrille vient sur la gauche, elle donne du tour aux bancs d'Ostende et de Middelkerke dont le brassiage change à chaque tempête d'hiver.

EUe appuie vers la mer du Nord receleuse de sousmarins.

Des dunes et des dunes encore en chapelets. Enfilant leurs vallées étroites, le regard accroche au passage les grandes croix des moulins à vent, immobiles sur la Belgique crucifiée.

Une brèche : voici Blankenberghe, joyau enchâssé dans les sables. Puis, projeté en mer comme le croissant d'une faucille, le grand môle de Zeebrugge.

Plus loin, la Hollande. La Hollande neutre a gardé à leur poste, sur les bancs de Meuse et d'Escaut, toutes les bouées lumineuses et tous les bateaux-feux. Autour de leurs lueurs se rencontrent d'étranges phalènes arrivant de la mer du Nord, mer de brumes et de traîtrises.

Un signal, et les torpilleurs virent de bord pour refaire la route en sens inverse. L'horizon s'atténue dans la nuit qui vient vite. Vers l'ouest, sur l'avant de l'escadrille, une ligne de plomb fondu frange encore, au bas du ciel, la place du couchant. Sur l'arrière, la voûte est d'encre. Et voici que, sur la gauche, la côte s'empourpre des feux qu'allume la canonnade du front. Des éclatements illuminent la nuit. Des maisons qui brûlent éclairent les nuages bas. L'échange éternel d'obus massacre davantage à chaque minute les malheureuses bourgades côtières qu'on reverra, un peu plus démolies, à l'aurore de demain. Les projecteurs des batteries allemandes dardent vers le large leurs faisceaux dont la lumière se brise sur le clapotis en rivières de diamants, tandis que les pinceaux matés des feux chercheurs d'avions fouillent le ciel d'oii descendent lentement, en vol bleuâtre, des fusées à parachutes lumineux. Parfois, un jet éblouissant s'abat sur l'escadriQe. Nul ne s'en soucie. Nos bateaux savent qu'ils sont

trop loin pour être vus et, en tout cas, hors de portée d'une batterie de 20 centimètres de marine, tellement vicieuse qu'elle a tué d'un seul obus, sur le destroyer anglais Falcon, le commandant et vingtquatre hommes d'équipage sur cinquante.

Trois heures de vent arrière, puis demi-tour, et la promenade recommence.

Debout à la houle, la bousculade s'aggrave. La brise dans toute sa force lutte maintenant contre le courant de flot. La mer est hachée, les bateaux sont balayés à chaque seconde.

On veiUe dur quand même. Si cette nuit de cirage amène une rencontre, l'affaire se réglera en dix minutes. Dans l'ombre, qui cogne le premier gagne. Nos hommes savent que l'Allemand tapera dans le tas, sans signal de reconnaissance, sans sommation. Mais, sûrs d'être meilleurs que ceux d'en face, ils n'en sont que plus ardents. Que diable, on ne fabrique pas les marins en grande série, comme les soldats! Et quand les marins se mêlent d'être soldats, c'est la brigade Ronarc'h. A bord, les Bretons, les Normands, les Boulonnais et les Dunkerquois, tous pêcheurs ou marins du commerce, ont le métier dans la peau. Ils sont fiers d'avoir, sous les pieds, six mille cinq cents chevaux, bourrés dans une coque pas plus épaisse que du verre à vitres. Avec ça, on a des jambes et du souffle.

Foin des cuirassés qu'on ne sent ni remuer ni vivre. Ici, le bateau vibre et obéit à la barre et aux hélices comme répond un cheval de sang à la moindre pression du cavalier. Seuls sont rétifs les navires mal manœuvres et, depuis qu'ils briquent les bancs de Flandre, nos commandants ont appris à prévoir et à mater la moindre incartade de leurs bêtes d'acier.

Pas commode, ce soir, la patrouille. Des grains qui passent vous collent l'horizon sur le nez et vous font subitement perdre les trois quarts de vos moyens, vous laissant comme un myope qui a égaré ses lunettes. Mangé par les tangages ou balayé par les embardées, le fanal-ratière à lumière discrète, qui seul indique à chaque navire de la ligne la présence de son matelot d'avant', disparaît sans cesse. Quand, par hasard, il consent à se montrer, c'est toujours à l'instant où ceux qui le cherchent sont forcés de ramasser leur tête à l'abri des toiles de passerelle pour éviter le coup de cravache aveuglant de l'embrun.

L'Oftusier, chef de file, finit par réduire à six nœuds pour voir clair. Les autres l'imitent aussitôt. Maintenant, ça va. On distingue les camarades et on pourra voir à temps l'ennemi.

Onze heures. — Ostende est par le travers. Toujours rien de suspect sur l'eau. Changement de quart ; les tribordais gagnent leurs postes aux pièces, à la barre, aux transmissions, aux chaufferies et dans les

machines. Les bâbordais se couchent tout habillés, prêts à bondir. Les hommes ont quelque peine à escalader les échelles. Tels les oignons prévoyants accumulant leurs peaux avant l'hiver, les matelots entassent tous leurs tricots sur tous leurs jerseys, les vareuses sur les tricots et le ciré par-dessus l'ensemble. Avec cet accoutrement, on coule à pic si, d'aventure, le bateau vous manque sous les pieds. Mais comme, cette nuit, on est sûr de se geler et pas sûr du tout de se battre, mieux vaut, n'est-ce pas, courir le risque du trou dans l'eau.

Enfin remplacé à minuit, l'enseigne de quart, exténué par quatre heures de veille nauséeuse, s'élance vers le repos, empoche deux coups de mer sur le pont et s'enfourne dans le panneau qui mène au réduit baptisé carré et sur lequel s'ouvrent les cabines des oflSciers. Horreur! En bas, tout est immondice et désolation. Dans l'office minuscule, le matelot maître d'hôtel, fraîchement extrait d'un cuirassé, gît sur le dos parmi les fragments de vaisselle, trop anéanti pour empêcher le pot de moutarde de se battre au roulis avec la théière, achevant d'écraser ce qui reste des tasses et des verres jaillis de leurs supports. Le long de la muraille, des déchets sans nom naviguent du seuil exhaussé à la tôle de carène et vice versa, butant parfois à mi-route contre l'homme étendu, lequel n'a même pas senti l'huilier éclater

sur son crâne, tel un obus. Pris à la gorge par l'odeur, l'enseigne n'a que le temps de se jeter sur sa couchette, les dents serrées.

Dans le carré, les chaises renversées font bélier, tribord et bâbord, contre les parois des cabines, cependant qu'un paquet de mer, descendu par l'échelle, suit le roulis en bondissant sur les obstacles. Des bottes, des livres, un encrier, une casquette galonnée jouent aux quatre coins avec le seau à charbon. Sur le divan exigu, l'officier mécanicien fume impitoyablement sa jpipe, épaississant encore l'atmosphère déjà opaque. Dans la cabine de l'officier qui vient de monter au quart, la porte d'un caisson s'ouvre et se ferme, suivant les secousses. Sans doute en proie, lui aussi, au mal de mer, le meuble vomit, à chaque coup de roulis, une partie de son contenu. Linge, vêtements et papiers flottent dans une flaque d'eau sale venue du carré. De temps en temps quelque objet, tombant du bureau ou des étagères, vient grossir le tas de débris que, dans quelques heures, le malheureux enseigne, brisé de fatigue, de sommeil et de froid, ne daignera pas ramasser.

Fuyons ce gâchis et regagnons la passerelle. Voici Zeebrugge, limite orientale de la patrouille. Nouveau retour vers Dunkerque.

De circuit en circuit, la nuit s'achève. La fatigue

s'est accrochée aux épaules transies. Avec l'aube

vient le désenchantement d'une nouvelle croisière achevée sans combat.

Déception et étonnement grandissent chaque jour... Qu'attendent donc les Allemands pour sortir de leurs trous? Dans les ports belges, ils ont une trentaine de bateaux tout neufs, filant trente-trois nœuds, armés de pièces de 10 centimètres, devant lesquels notre mince patrouille ne pèserait pas lourd. Parmi tous les torpilleurs de Dunkerque et les destroyers de Douvres il en est tout juste onze', sept anglais et quatre français, assez forts pour lutter contre ceux de l'ennemi. Onze contre trente... Cela risque de mal tourner, et l'on devrait bien embouteiller Ostende et Zeebrugge, mais l'amirauté britannique ne veut rien entendre. Togo, dit-elle, Togo, qui était un maître et n'avait affaire qu'à des Russes, a manqué son coup à Port- Arthur en 1904; donc, rien à faire.

Tout de même, si nos chefs étaient à la place des amiraux allemands, la poudre aurait déjà parlé. Ils iraient voir de tout près quelles sont les forces qui barrent le passage. Si un jour cette idée-là vient à l'ennemi, ce sera la sortie en masse, l'assaut à corps perdu contre notre rideau facile à crever.

Pour la dernière fois, notre escadrille arrive devant Zeebrugge. Le ciel blêmit vers l'est, et l'aurore glaciale rampe sur les eaux sans calmer

leur furie. Vers l'ouest roule la ligne des torpilleurs gris, toiles de passerelles fripées, cheminées blanchies de sel. Le petit jour éclaire des faces terreuses dont les traits s'accusent en rides d'escarbilles et d'embrun séché.

Dunkerque est en vue. Sur l'avant de la ligne, en deux points de l'horizon, la mer brise plus furieusement qu'ailleurs. On jurerait qu'il y a là deux récifs, chacun balisé par une bouée grise qui danse une sarabande désordonnée et que surmonte une perche mince et titubant. Regardons mieux. Il n'y a ni récifs ni bouées, mais seulement deux torpilleurs numérotés, deux torpilleurs de défense mobile, que la mer essaie d'engloutir. Et les perches sont leurs mâts grêles le long desquels montent, à l'adresse de l'escadrille, des signaux d'arraisonnement. Ces deux bateaux-là gardent l'entrée du port. Ils sont les sentinelles avancées de Dunkerque, où nul ne peut entrer sans leur avoir donné le mot de passe.

De jour comme de nuit, on en trouve deux là, comme devant Calais et devant Boulogne. Grâce à ces chiens de garde, les navires à l'ancre peuvent dormir d'un œil. Étemels corvéables de la patrouille, les « numérotés » font presque le même métier que leurs frères les torpilleurs d'escadre, lesquels sont d'un tonnage huit fois plus grand. Deux mètres de levée suffisent pour submerger les pauvres torpilleurs

de quatre-vingts tonnes. Vent debout, la mer fauche leur pont tout entier et engloutit incontinent quiconque s'expose en haut sans être amarré. Vent de travers, ils font cuiller tribord et bâbord à chaque coup de roulis, et on se demande souvent si la lame qui déferle ne va pas éteindre leurs feux en embarquant par les cheminées. Ces invisibles frisent chaque nuit la catastrophe. Songez que, seul officier à bord, le commandant s'appuie, sans relève et sans sommeil, vingt-quatre heures de quart sur vingtquatre, cramponné aux mains courantes d'un kiosque que qpielque ingénieur ironique a baptisé abri de navigation et qui n'est pas plus confortable qu'une roche de mi-marée. A ce poste de noyade, la tête de l'officier domine la mer de deux mètres à peine. Il est trop bas pour voir et son bateau est trop petit pour être vu. Il risque à chaque seconde de recevoir en plein travers l'étrave d'un ami ou d'un ennemi lancé à trente nœuds.

Malgré quoi, écoutez bien, sur vingt torpilleurs numérotés des Flandres, trois seulement, le 251, le 317 et le 319, ont péri durant la guerre par mine ou par abordage. Il y a des miracles...

Les torpilleurs de défense sont à la mer un jour sur deux et n'en crèvent pas... Certains chauffeurs ont fait les quatre ans de guerre sur ces bateaux-là. Quelques-uns y ont gagné une étoile de bronze sur

un ruban vert et rouge. Presque tous y ont perdu leurs poumons...

Tels sont les bateaux et les hommes qui, durant toute la première année de la guerre, ont attendu sur les bancs de Flandre la sortie des torpilleurs allemands.

Les torpilleurs allemands ne sortaient pas...

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