PREFACE XVII
Montesquieu, c'est un passage de Bossuet que je leur rappellerai, a Nous lisons dans rhistoire sainte que le roi de Samarie ayant voulu bâtir une forteresse qui tenait en crainte et en alarme toutes les places du roi de Juda, ce prince assembla son peuple, et fit un tel effort contre Tennemi, que non seulement il ruina cette forteresse, mais qu'il en fit servir les matériaux pour construire deux citadelles par lesquelles il fortifia sa frontière. » Le positivisme est cette (( forteresse » ; et, de l'utiliser à la défense de ce qu'il avait prétendu renverser, seraitce une victoire méprisable ?
On nous dit, il est vrai, que nous n'y réussirons pas ; et la grande raison qu'on en donne, c'est que, d'une philosophie de la (( relativité», on ne saurait tirer une religion de r (( absolu d. Mais ce n'est là qu'une antithèse ; et les antithèses ne sont pas des raisons ; et le grand avantage du positivisme est d'en avoir fini avec cette matière pure-
XVin PREFACE
ment verbale de poser et d'agiter les questions. Je ne veux point examiner aujourd'hui si l'on prouve dçmonstrativement ■ — je veux dire par des raisons métaphysiques — les vérités de la religion ; et je me borne à constater que l'existence de la religion, ou des religions, est un fait, et un fait historique, dont la reconnaissance n'implique aucune théorie sur la nature de nos facultés, non plus qu'aucune spéculation préalable ou sous-entendue sur ce qu'on appelle dans les écoles l'existence de « la chose en soi ». Pensons ce que nous voudrons, ou ce que nous pourrons du phénomène et du noumène, le bouddhisme, le christianisme ou l'islamisme n'en seront ni plus ni moins ce qu'ils sont dans l'histoire ; et, précisément, ce qu'il s'agit d'expliquer ou de justifier, c'est l'œuvre historique de Mahomet, de Jésus ou de Gakya-Mouni. Ainsi l'a compris le positivisme, et ainsi, pour notre part, le comprenons-nous. Le problème