Diderot : Supplément au voyage de Bougainville
de lui imposer*. » Qu'est-ce à dire, sinon que nous ne sommes mauvais que de ce que la civilisation a fait pour nous « moraliser » ? Renversons donc l'ordre accoutumé. Puisque ce sont les lois — toutes les lois, u politiques, civiles et religieuses » — qui nous ont fait ce que nous sommes, instituons d'autres lois, « qui ne seront que renonciation de la loi de nature ». Les moralistes sont les vrais corrupteurs de l'homme et de la société. Rétablissons contre eux l'homme naturel dans ses droits, lesquels n'ont de limite que dans les droits de la société. Il n'y a pas de questions morales, il n'y a que des questions sociales.
Tel est le résultat où aboutit la combinaison de l'idée de la bonté de la nature avec celle du pouvoir du législateur ; et ainsi, ce qui n'était qu'une théorie, je le répète, presque métaphysique, ou, dans la pensée de ceux qui l'ont professée les premiers, tout simplement antireligieuse, antichrétienne, renouvelée de l'antiquité pour faire échec à la doctrine du péché originel, aboutit, com^me le paradoxe de u la toute-puissance de l'éducation », à une refonte