‹ Sur les chemins de la croyance. Première étape: L'utilisation du positivismeChapitre 35 sur 87 · Diderot : Supplément au voyage de Bougainville · texte numérisé non relu

Diderot : Supplément au voyage de Bougainville

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entière de la morale par le moyen de la sociologie.

C'est d'une autre manière que l'idée se combine, dans l'esprit de Voltaire, avec sa théorie de r « universalité de la raison ». Il y a, en eflet, deux manières d'entendre l'universalité de la raison, dont la première consiste à croire, ou à feindre de croire, que l'étendue de la raison serait la même en tous les hommes, en tous les temps, sous toutes les latitudes ; et rien n'est moins conforme à l'observation la plus superficielle. Mais ce qui est vrai, c'est que les enseignements ouïes révélations de la raison, dans la mesure où chacun de nous s'en trouve être capable, sont les mêmes pour tous les hommes. Ou, en d'autres termes, la géométrie d'Euclide ne saurait différer d'un homme à un autre homme ; mais il y a des hommes qui n'entendent rien à la géométrie d'Euclide ; et il y en a bien plus encore qui n'en soupçonnent pas l'existence.

L'erreur de Voltaire, et du rationalisme, est de n'avoir pas voulu prendre parti entre ces deux interprétations. « La multitude des bêtes brutes appelées hommes, — lisons-nous dans l'article Homme du Dictionnaire philosophique, — comparée avec le petit nombre de ceux qui

pensent, est au moins dans la proportion de cent à un chez beaucoup de nations » ; et Voltaire en conclut qu'il faut répandre les lumières, mais il lui paraît « essentiel » qu'il y ait tout de même des « gueux ignorants* ». Il sait parfaitement que les hommes diffèrent ; et a il appert, dit-il, par la comparaison du premier code chinois et du code hébraïque, que les lois suivent assez les mœurs des gens qui les ont faites. Si les vautours et les pigeons avaient des lois, elles seraient sans doutes différentes ^ » Mais il n'en conclut pas moins « qu'il n'y a aucun bon code dans aucun pays » ; et, la cause en étant évidente, qui est « que les lois ont été faites à mesure, selon les temps, les lieux, les besoins », il propose donc d'en faire d'autres, qui ne tiendront compte, précisément, ni des besoins, ni

1 . La phrase est célèbre ; on la lit dans une lettre de Voltaire à Damilaville, en date du 1" avril 17CG ; et les commentateurs ont vainement essayé d'en affaiblir la portée. Voltaire dit ce qu'il veut dire, et il sait parfaitement ce qu'il dit quand il lui paraît « essentiel qu'il y ait des gueux ignorans ». C'est le résumé de sa philosophie sociale. Mais, précisément, l'expression même en est la condamnation, si l'idéal social, tel que le conçoit Voltaire, et tel qu'il essaye, pour sa part, de le réaliser, a pour condition l'existence d'une foule de « gueux ignorants ».

2 Dictionnaire philosophique.

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des temps, ni des lieux, ni des « mœurs », mais uniquement de la raison.

C'est qu'en effet la préoccupation sociale domine en lui toutes les autres : j'entends du moins quand il écrit. Si peu d'estime littéraire qu'il ait pour Helvétius, et quelque haine qu'il entretienne, le mot n'est pas trop fort, pour toutes les idées de Rousseau, parce qu'elles sont les idées de Rousseau, l'erreur commune est la plus forte; et son langage finit par devenir identique au leur. Les motifs ou les a considérants )) diffèrent : le « dispositif » des conclusions est le même. « On ne peut trop répéter que tous les dogmes sont différents et que la morale est la même chez tous les hommes qui font usage de leur raison'. » Quel est donc le problème, sinon de pénétrer de raison, pour ainsi dire, toutes les institutions politiques, civiles, religieuses ? et, encore une fois, puisque c'est l'affaire des lois, qui sont l'affaire du gouvernement, la question morale est donc une question sociale.

On remarquera, là-dessus, que, comme elle se retrouve au fond de toutes les autres, c'est encore et toujours cette erreur commune qui

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