‹ Sur les chemins de la croyance. Première étape: L'utilisation du positivismeChapitre 42 sur 87 · L'Ami des hommes · texte numérisé non relu

L'Ami des hommes

On opposera très utilement, et même « démonstrativement » cette page aux prétendus historiens qui ne font dater V « idée de patrie » en France que delà Révolution française.

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des hommes a très bien vu que, si l'utilité sociale pouvait à la rigueur être considérée comme étant à soi-même sa fin, elle ne pouvait être en tout cas ni son principe, ni même la sanction de ses commandements. Il n'a pas moins bien vu que, si les lois ne sont assurément pas sans quelque action sur les mœurs, ce sont les mœurs qui cependant sont « mères, tutrices et protectrices des lois ». Et sans doute il a eu tort d'en conclure, à notre avis du moins, que « la superintendance des mœurs était donc le plus bel apanage, et le droit le plus sacré du gouvernement «, ce qui serait retomber à la confusion de la morale et de la politique. Mais il a éveillé l'attention publique sur le danger de la subordination du « moral » au u social », et, en partageant l'erreur commune, du moins n'en a-t-il pas fait le tout de sa philosophie.

On doit autre chose encore aux économistes, si, les premiers, ils ont bien compris que l'arbitraire ou le caprice du législateur ne saurait aller à rencontre des lois qui gouvernent l'évolution des sociétés. L'humanité n'est pas une argile dont la plasticité puisse docilement revêtir toutes les formes qu'un faiseur d'utopies essayera

de lui imposer, et nous sommes soumis à des nécessités dont nous ne pouvons éluder l'autorité contraignante qu'à la condition de commencer par nous y soumettre.

C'est à Montesquieu que l'on fait généralement honneur d'avoir posé, si je puis ainsi dire, ce déterminisme historique. La vérité est qu'il n'a guère fait que l'entrevoir, et la conclusion dernière à tirer de son Esprit des lois serait tout aussi bien, si l'on le voulait, que les hommes sont les maîtres des lois qui les régissent. Les lois du passé, celles du Latium ou du Malabar, de la Grèce ou de Bornéo, sont l'œuvre des circonstances, mais les lois de l'avenir, celles de la cité future, étant l'œuvre du calcul et de la raison, le seront donc aussi de notre liberté : voilà proprement ce qu'enseigne Montesquieu \

En réalité, ce sont les physiocrates, ce même Mirabeau, dont nous citions les paroles, c'est le chef de l'école, c'est Quesnay, qui ont introduit cette idée de « Loi naturelle » dans la philoso-

1. Voyez sur Montesquieu, dans l'Essai sur Machiavel de Macaulay, une page non moins dédaigneuse que curieuse, et qu'on ne saurait négliger quand on veut parler de Montesquieu.

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phie politique du dix-huitième siècle ; et on entend bien que la « loi naturelle » des physiocrates est tout autre chose que la « loi de nature » des Diderot et des Rousseau. Elle est même autre chose que la u loi naturelle» de Voltaire.

u Les lois naturelles de l'ordre des sociétés sont les lois physiques mêmes de la reproduction perpétuelle des biens nécessaires à la subsistance, à la conservation et à la commodité des hommes... Or, l'homme nest pas Vinstitateur de ces lois, qui fixent Tordre des opérations de la nature et du travail des hommes... Il n'y a donc point à disputer sur la puissance législative quant aux premières lois constitutives des sociétés, car elle n'appartient qu'au Tout-Puissant, qui a tout réglé et tout prévu dans l'ordre général de l'univers : les hommes ne peuvent y ajouter que du désordre, et le désordre qu'ils ont à éviter ne peut être exclu que par l'observation exacte des lois naturelles \ » C'est ici, comme on le voit, la méthode d'observation se substituant à l'absence de méthode qui caractérisait les déductions des « philosophes ».

1. F. Quesnay: Despotisme de la Chine, chap. viii. Œuvres de Quesnay, édition A. Oncken, Francfort et Paris, Baër et Peelman, 1888.

Dans la théorie des économistes, « Tutilité sociale » se détermine par des considérations qui lui sont extérieures, qui ne dépendent pas de notre fantaisie, mais de notre connaissance des lois de la nature, et auxquelles, quand nous les connaissons, nous ne pouvons donc que nous conformer. Ou, en d'autres termes encore, il y a subordination du point de vue social à un autre, et cet autre est le point de vue moral.

« Les lois constitutives de la société ne sont pas d'institution humaine... La législation positive n'institue pas les motifs ou les raisons sur lesquelles elle établit ses lois... Les lois fondamentales des sociétés sont prises immédiatement dans la règle souveraine et décisive du juste et de l'injuste absolu, du bien et du mal moral ; elles s'impriment dans le cœur des hommes, elles sont la lumière qui éclaire et maîtrise leur conscience . cette lumière n'est affaiblie ou obscurcie que par leurs passions déréglées K »

Ce langage ne ressemble plus à celui de nos encyclopédistes, et on pourrait même dire que,

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